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CHAPITRE VI

ESTIMATION DE LA PRÉDISPOSITION DE DIVERS LOTS DE GRAINES A LA FLACHERIE PAR LA RAPIDITÉ DE LA CONTAGION DE LA PÉBRINE.

Dans l'essai de contagion de la première expérience du { H, Chapitre IT, p. 113 et suivantes, des vers sains ont été contagionnés par un seul repas corpusculeux, au sortir de la première mue. La maladie s’est communiquée à tous, sans exception, et tous sont morts de la pébrine avant d’avoir pu faire leurs COCONS.

Les choses se passent-elles constamment de la même manière ? En d'autres termes, la contagion ayant lieu par le canal intestinal, tout de suite après la première mue, peut-on être assuré que les vers n’atteindront pas la bruyère et périront avant de filer leur soie ?

J'ai fait à ce sujet des expériences assez nombreuses, d'où il résulte qu'on observe certaines différences dans les effets de la contagion, suivant la nature des races soumises aux essais, ou dans une mème race, suivant l’origine de la graine et l’état des éducations qui l'ont fournie. Il semble, en outre, qu'il faille attribuer ces différences à la vigueur plus ou moins grande des vers, c'està-dire que la contagion aurait d'autant moiïns de prise et de rapidité dans ses effets que les vers seraient plus robustes.

On comprend sans peine qu'il y aurait un intérêt majeur à pouvoir comparer, avant toute éducation, la vigueur relative des diverses races de vers à soie, ou mieux, des divers lots de graines qui peuvent être à la disposition des éleveurs. J'entends parler ici de graines saines, toutes exemptes, sous Le rapport d'hérédité, des deux maladies les plus redoutables aujourd’hui, la pébrine et la flacherie. Une graine, même très-saine, sans prédisposition

originelle à telle ou telle maladie pouvant affecter les vers à soie, donne des vers plus ou moins vigoureux, plus ou moins propres à résister à de mauvaises influences d'éducation ou de climat. On sait, par exemple, que les graines japonaises (principalement celles qui furent importées en 1865, 1866 et 1867) ont montré une résistance aux maladies qu'on trouve rarément au même degré dans nos races indigènes. Chez ces dernières également, on rencontre de temps à autre divers lots d’une vigueur exceptionnelle, garantie assurée des plus abondantes récoltes.

Par des essais comparatifs de contagion portant sur diverses graines, et en s'appuyant sur les observations que je vais faire connaitre, on peut estimer leur force relative.

Par ces mots, vigueur des vers, | entends la résistance plus ou moins grande qu'ils offrent aux maladies accidentelles. Qu'une graine saine, élevée dans vingt chambrées différentes, donne lieu à deux ou trois échecs seulement par la flacherie; qu'une autre graine saine, élevée également en vingt chambrées, donne lieu à dix, douze et quinze échecs’, il est palpable que la première graine devra être considérée, toutes choses égales d’ailleurs, comme étant plus robuste que la seconde, Par exemple, la graine qui a fourni les vers de l'expérience que j'ai rappelée au commencement de ce Chapitre, était certainement une graine faible, quoique très-saine, car les grandes éducations auxquelles elle a donné lieu dans le département du Gard, en 1868, ont, à côté de belles réussites, présenté des échecs assez nombreux par la maladie des morts-flats, moitié environ du nombre total des chambrées. Cela posé, reproduisons rigoureusement Île même essai dont il s'agit sur une autre race indigène, mais évidemment plus forte, car, sur trente-cinq éducations qui ont eu lieu également dans le département du Gard, elle n’a offert que trois exemples de flacherie, qu'il faut même attribuer à des fautes commises par les éducateurs. Nous allons reconnaitre dans notre nouvel essai une rapidité beaucoup moins accusée dans les effets de la contagion.

Le 16 avril 1868, à midi, je prélève, dans une de mes éducations expérimentales, trente vers, race jaune de pays, issue de

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papillons sains et vigoureux. Les vers sont sortis la veille de la première mue. C’est donc une expérience rigoureusement parallèle à celle de la page 113.

Sur la feuille je dépose, avec un pinceau, des corpuscules provenant du mème papillon corpusculeux qui a servi également à la contagion de ce dernier essai.

Premier repas après la deuxième mue, le 23 avril, à 3 heures du matin. Les vers vont bien.

Le 25 avril, examen microscopique détaillé de deux vers. On ne découvre pas encore des corpuscules. Il doit y en avoir, mais on ne les rencontre pas. La contagion paraît donc plus lente à s’accuser visiblement que dans l'essai précité.

Le 27, nouvel examen de deux vers. Dans le premier, on ne réussit à rencontrer que deux ou trois corpuscules dans la tunique interne de l'intestin; rien dans la tunique externe, rien dans les cellules de la glande de la soie.

Dans le second, foule de corpuscules pyriformes dans les tuniques. La glande de la soie, divers muscles sont également envahis. Partout un grand nombre de corpuscules pyriformes.

Le 28, des taches sont visibles à la loupe, à la surface de la peau de la plupart des vers. Quelques-uns n’en ont pas du tout.

Le 30, à midi, pas un seul n’est endormi pour la quatrième mue.

Le 2 mai, tous sont endormis, à l'exception de deux, et deux autres sont déjà sortis de mue.

Le 4 mai, tous sont sortis de mue, à l'exception de deux qui ne sont pas encore endormis.

Le 11 mai, il reste dix-huit vers de belle apparence mangeant bien et paraissant devoir faire des cocons. On dirait vraiment qu'ils se sont remis de la maladie qui leur a été communiquée. Toutefois 1ls sont fort en retard, car dans le lot témoin tous les vers sont déjà montés à la bruyère.

Je prends le plus beau de ces dix-huit vers et je l’examine attentivement à la loupe. Je ne puis découvrir sur tout son corps que deux petites taches, mais à auréoles très-distinctes. Je suis surpris de trouver ce ver très-corpusculeux. La glande de la soie

est porcelainée en une foule de points sur toute sa longueur. Ce ver aurait fait un cocon, mais un cocon très-faible, une peau, suivant l'expression des magnaniers.

La montée à la bruyère a commencé seulement le 12 mai. Le 17, in y a plus de vers sur la litière. On ne compte pas moins de quinze cocons, mais tous très-faibles(r).

Je les ouvre et examine les chrysalides. L'aspect extérieur de toutes est très-mauvais et trois d'entre elles sont encore en partie mal dégagées de la peau du ver: Quatre ont la place des ailes des papillons très-noire, ce qui est toujours un mauvais indice. À l'examen microscopique je les trouve toutes tellement chargées de corpuscules qu'on en compterait deux et trois mille dans chaque champ du microscope. Quoi qu'il en soit, leur marche a été généralement meilleure que celle des vers de l'expérience qui nous sert de terme de comparaison. Cela résulte des détails des observations notées Jour par jour et surtout de ce fait qu'il y a eu quinze cocons, tandis que dans le premier cas les vers sont tous morts avant de monter à la bruyère.

(1) Je ne doute pas que le lecteur ne soit édifié déjà, sans que j'aie eu besoin d’y insister, sur les faits contradictoires, les uns favorables, les autres défavorables à l’existence de la contagion, auxquels j'ai fait allusion au commencement du Chapitre IT, p.106. Quoi de plus facile, par exemple, que de nous rendre compte du fait indiqué par M. Guérin-Méneville et signalé en 1858 par la Commission d’Agriculture de la Société des arts et métiers de Milan, comme contraire à l’existence de la contagion : « Un ver parfaitement sain a été mélangé à l’époque de la première » mue, à des vers d’une autre race atteints de gattine; le ver sain est resté sain, » en apparence du moins, au milieu des autres vers mourant peu à peu, et il a » fait un beau cocon. »

Rien de plus naturel, puisque nous venons de reconnaitre, qu’alors même que ce ver eût mangé tout de suite une feuille souillée de corpuscules, dès l’instant où il est tombé dans le milieu infecté, il eût pu néanmoins arriver jusqu’à la bruyère et faire son cocon. Mais pour le ver dont il s’agit, la contagion a dû avoir lieu plus lentement et par un moindre nombre de germes de maladie. Enfin, si la Commission lombarde, au lieu de se borner à constater que le ver avait donné un beau cocon, eût examiné la chrysalide de ce ver au microscope, quelques jours après sa formation, elle eût reconnu que ce ver prétendu sain s’était réellement infecté au plus haut degré et qu’il était devenu, par ce fait, impropre à la reproduction.

C’est par des raisons de mème nature qu’on peut s'expliquer le résultat communiqué par M. de Ginestous, en 1865, à la Commission impériale de sériciculture.

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L’essai suivant a porté sur une graine tellement prédisposée à la flacherie, que sur vingt chambrées, environ, élevées dans le département du Gard, une seule, de trois onces, a réussi.

Le 22 avril on a contagionné cinquante vers au premier repas après la première mue.

Le premier repas après la deuxième mue a eu lieu le 28; le 20, on a examiné les tuniques de l'intestin dans quatre vers. On n'a pu y découvrir des corpuscules, mais il y avait des cristaux leur ressemblant à tel point qu'il fallut recourir à la dissolution par un acide pour s'assurer de leur nature.

Le 30 avril, nouvel examen du canal intestinal de deux vers; on ne trouve pas encore des corpuscules visibles.

Le 2 mai, nouvel examen des tuniques intestinales de trois vers. Cette fois on trouve des corpuscules pyriformes, mais en petit nombre et à quelques places seulement.

Le 4 mai et les jours suivants, la mortalité commence à se déclarer.

Le 11 mai, tous les vers sans exception sont morts : aucun d'eux n’a pu arriver jusqu'à la quatrième mue. Tous étaient remplis de corpuscules.

La contagion est donc extrèmement rapide et amène une prompte mortalité chez les vers faibles, prédisposés à la flacherie (1).

Je terminerai par un exemple exceptionnel dont le résultat n'est probablement que l’exagération du fait de La résistance à la contagion, ou, mieux, de la plus grande dificulté de son action chez les races robustes.

Le 24 avril 1868, j'ai contagionné vingt vers japonais trèssains et très-vigoureux arrivés à la veille de la quatrième mue. Le 3 mai, les vers montent à la bruyère.

(1) J'ai sous les yeux d'autres expériences dans lesquelles les effets de la contagion, s’exerçant sur deux races saines, ont été, pour la plus vigoureuse, de dix jours en retard, relativement à la seconde. Tous les organes des vers se trouvaient déjà envahis dans celle-ci par les corpuscules, alors que dans la première ils n’étaient encore développés que dans les tuniques du canal intestinal, et qu'ils commencçaient à peine en quelques points dans les glandes de la soie et les tubes de Malpighi.

Le 19 mai, les vingt papillons étaient sortis des cocons. Or il y en eut moitié exempts de corpuscules, et les autres en contenaient un peêtit nombre par champ. Il paraît donc que dans cet essai, les corpuscules ont pu être, soit digérés, soit expulsés du canal intestinal sans s’y ètre reproduits. C’est peut-être le seul exemple de cette nature que je puisse citer. J'ai fait beaucoup d’autres expériences de contagion sur des vers japonais à divers âges ; toutes ont entièrement réussi, bien que dans cette race le mal se développe ordinairement avec une intensité moindre que dans nos races indigènes. L'infection des chrysalides y est moins rapide, et, toutes choses égales, elle passe plus diflicilement dans les œufs. Les graines japonaises de première reproduction sont en général bien moins corpusculeuses que celles de pays, alors même qu'elles sont issues de papillons corpusculeux. J'attribue ce fait à la vigueur plus grande des vers japonais et à la moindre durée de leur vie.

En résumé, nous avons contagionné, aussitôt après la première mue, les vers de trois lots de graines pouvant être caractérisés par les circonstances suivantes. Sur vingt éducations la première a donné dix insuccès par la flacherie; la deuxième trois sur trente-Ccinq; la troisième dix-neuf environ sur vingt, et les résultats de la contagion ont été : pour la première, pas de cocons, mortalité après la quatrième mue; pour la deuxième, quinze cocons ; pour la troisième, pas de cocons, mortalité avant la quatrième mue.

On peut exprimer ces faits en disant que plus une graine a de vigueur {la vigueur étant estimée par le nombre relatif des succès et des échecs en chambrées industrielles), moins la contagion a d'influence sur les vers qui en naissent. Dès lors, qu’un éducateur ait à sa disposition divers lots de graines exemptes de pébrine, s’il veut reconnaitre celles de ces graines qu'il est préférable d'élever, ou mieux celles qui auront besoin d’être entourées de plus de soins, ou d’être confiées à des magnaniers plus habiles ; il pourra avant les éducations industrielles faire éclore toutes ces graines, amener les vers par une égalisation convenable à être autant que possible du même âge au sortir de la première mue.

Alors il contagionnera cinquante vers de chaque lot, le même jour, avec une mème préparation corpusculeuse, puis il les élèévera comparativement et rigoureusement dans les mêmes conditions. La vigueur relative des graines sera en sens inverse des mauvais eflets de la contagion, c'est-à-dire qu'il devra juger que les plus fortes sont celles qui auront fourni le plus de cocons, et les plus faibles, celles qui auront offert la mortalité la plus grande et la plus prompte (1).

Lorsque j'ai fait les expériences exposées dans ce Chapitre, en vue de reconnaitre le plus ou moins de vigueur des vers, j’ignorais encore que la flacherie fût une maladie contagieuse et aussi facile à communiquer que la pébrine. Peut-être vaudrait-il mieux, pour étudier la vigueur des divers lots, les contagionner comparativement à l'aide d'un repas de feuilles à vibrions. Je ne l'ai pas recherché.

Si J'étais amené, par des circonstances imprévues, à de nouvelles études sur les vers à soie, c'est des conditions propres à accroitre leur vigueur que j'aimerais à m'occuper.

Il ne faut pas se dissimuler qu'on ignore absolument les principes scientifiques sur lesquels devrait reposer l’art d'élever le précieux insecte. C’est une industrie de tradition et de routine; personne ne connait la raison des usages généralement suivis. J'ai la conviction qu il serait possible de découvrir des moyens propres à donner aux vers un surcroit de vigueur qui les mettrait davantage à l'abri des maladies accidentelles. Prenez une graine trèsprédisposée à la flacherie et faites-la élever dans vingt chambrées diflérentes d'une même localité : vous serez surpris d'apprendre qu'une, deux, trois,... de ces éducations ont réussi, quand toutes les autres périssaient de la maladie des morts-flats. N’en faut-il pas conclure, ainsi que j'en ai fait la remarque précédemment, que, dans les cas de réussites, il y a eu une circonstance, ou mieux, un concours de circonstances qui ont raffermi la santé

(1) J'ai communiqué ces résultats à l’Académie des Sciences, dans sa séance du 26 octobre 1868 (voir t. II, p. 283).

des vers originairement affaiblis. Ce sont ces conditions propres à rendre les vers plus forts qu'il importerait extrêmement de déterminer par l'expérience.

Le développement de la flacherie accidentelle est le seul danger qu'aient à courir les graines faites sur les indications que j'expose dans cet Ouvrage. On peut mème ajouter que ce qui a lieu de surprendre, c’est bien plus la rareté que la fréquence de cette maladie. Les germes de vibrions, l’un des ferments qui la déterminent, se trouvent partout disséminés, portés par l'air et par les vents sur tous les objets. C’est pourquoi il est impossible de conserver de la feuille de muürier broyée dans un peu d’eau sans y voir naître des vibrions dans lintervalle d’un ou deux jours au plus. Heureusement le propre de la vie chez tous les êtres est de résister aux causes de destruction dont ils sont naturellement entourés. Quoi qu'il en soit, il faut s’eflorcer d'aider à cette résistance contre les causes de mortalité, et, dans l'espèce, on doit chercher à augmenter, par tous les moyens possibles, Ia vigueur des vers : l’espace donné aux vers doit être beaucoup plus considérable qu'il n’est aujourd'hui, particulièrement dans les premiers âges; il faut éviter en outre avec le plus grand soin une élévation de température au moment des mues.

Diverses observations, encore incomplètes, il est vrai, me portent à croire que par des modifications dans l’hivernage des craines, peut-être par des variations de température répétées, mais dont il faudrait déterminer avec soin les périodes et les limites, on donnerait aux vers, à leur naissance, une vigueur inconnue aujourd'hui.

Le lecteur pourra consulter à ce propos le fait, quoique mal étudié encore, que j'ai relaté en terminant ma Communication du 1% juin 1868 au Comice d'Alais (1), et surtout la très-intéressante Note de M. Duclaux sur l'influence du froid dans le dé-

veloppement ultérieur de l'embryon (a

(1) Voir t 11, p7245.

(2) Voir t. il, p: 315.

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Les observations de M. Duclaux, rapprochées de faits déjà connus, me paraissent exiger impérieusement qu'on se rende enfin un compte très-exact des diverses circonstances naturelles ou artificielles concernant l’hibernation de la graine. Cette étude, faite avec la rigueur scientifique qu'elle comporte, conduirait probablement à des pratiques de conservation des graines qui fortifieraient nos races et donneraient aux vers à soie une vigueur propre à les mettre, dans une large mesure, à l'abri des maladies accidentelles.

Tous les bons observateurs soupçonnent depuis longtemps ce que M. Duclaux vient de démontrer définitivement, à savoir : qu'une température basse est nécessaire à la graine. On trouve sur ce sujet des détails curieux dans un Rapport qui a été présenté à l’Académie des Sciences, en 1842, par M. le comte de Gasparin.

Le Ministre de la Marine avait consulté l’Académie sur la possibilité de faire prospérer la culture des vers à soie aux Antilles, à l’occasion d’une lettre que lui avait adressée M. Perrotet. Ce botaniste rapporte que les graines de vers à soie transportées d'Europe aux Antilles, à une température uniforme de 22 à 23 degrés centigrades, éclosent très-mal ou pas du tout, et qu’au contraire, d’après une remarque des colons, leur éclosion devient complète et régulière quand on les a placées, pendant quatre à cinq mois, dans une glacière. Il ajoute que quelques personnes à la Martinique présument que l'effet de la glacière est de fortifier la larve.

« Ces faits, dit M. de Gasparin, viennent étayer un soupçon que nous avons depuis longtemps, de la nécessité d’une basse température pour faciliter l’organisation fœtale des vers. »

Les citations suivantes montrent que les Japonais et les Chinois partagent l'opinion rapportée par M. Perrotet sur l’influence que le froid peut avoir pour fortifier la graine.

« Au cœur de l'hiver, on plonge les cartons revèêtus de leur graine dans l’eau glacée pendant une nuit, et le lendemain matin on les retire pour les faire sécher. » (Rivista di bachicoltura di

Milano, n° du 1° novembre 1869.) F 18

Cette phrase est empruntée à un Rapport récent d'un sériciculteur japonais sur les pratiques suivies dans son pays. Il ajoute que cet usage s'appelle saraski, mot qui signifie faire pâlir, et que son but est de séparer les vers (œufs) destinés à périr des vers robustes, ces derniers résistant au froid et se fortifiant, tandis que les premiers meurent. Enfin comme preuve de cette explication, que les premiers œufs (l’auteur dit les vingt premiers) pondus sont supérieurs à tous les autres, l’auteur ajoute que les cartons des premiers œufs déposés, soumis à la pratique du saraski, ne perdent pas un seul œuf.

Au sujet de cette pratique, et même d'un séjour dans l’eau froide prolongé pendant douze jours, on peut lire également divers passages du Traité chinois traduit par M. Stanislas Julien en 1837. On lit dans ce Livre, p. 105 : « Puis on suspend les graines, devant le vestibule, au haut d’une perche élevée, afin qu'elles recoivent le froid qui se fait sentir dans les derniers jours de l’année (1). »

Je le répète, cette circonstance d’un accroissement possible de la vigueur des vers à soie par une exposition plus ou moins prolongée de la graine au froid de l'hiver ou à un froid artificiel a une importance capitale. Il serait urgent d'en donner des preuves péremptoires, si tant est qu'elle existe réellement.

La stagnation de l'air est une des circonstances qui affai-

(1) Le froid le plus intense ne paraît pas nuire à la graine, du moins à sa facile éclosion. Voici une expérience de M. Mathieu Bonafous, bien connu par ses Ouvrages en sériciculture. Je l’extrais des Comptes rendus de l’Académie des Sciences pour l’année 1838.

« Au mois de novembre 1837, j'introduisis une once de graine de vers à soie (race piémontaise) dans un bocal de verre, garni à l’ouverture d’une toile à jour, et j'exposai cette graine à toutes les variations de température, en fixant le bocal contre la paroi externe d’un édifice situé sur le plateau du Mont Cenis, à 1066 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ces œufs, en butte à l’action d’un hiver des plus rigoureux, subirent un froid prolongé de plus de 25 degrés centigrades. Retirés au mois d'avril 1838, leur éclosion fut aussi égale, aussi complète que celle des œufs que j'avais tenus constamment à une température au-dessus de zéro. »

Il est regrettable que les vers nés dans ces conditions n'aient pas été élevés par comparaison avec ceux qui seraient nés de la mème graine, hivernée à la manière

ordinaire.

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blissent le plus les vers à soie, et, par contre, toutes les dispositions qui facilitent un renouvellement continuel de Fair dans les magnaneries ajoutent à la vigueur des vers. La nourriture du ver à soie est extrèmement aqueuse, et ses déjections sont presque sèches : c’est un animal qui n’urine pas, tandis qu'il ingère constamment dans son corps une quantité d’eau considérable. Rien n'est donc plus fatal à sa santé, au jeu régulier de toutes ses fonctions, qu'un air humide et stagnant. C’est pourquoi l'usage des cuisines à larges cheminées convient si bien dans les premiers âges de l’insecte. Quant aux magnaneries proprement dites, je trouve très-savante la disposition de celles des Cévennes, lorsqu'elles réunissent les conditions suivantes : peu de largeur, beaucoup d'élévation, la toiture à claire-voie, des trappes au niveau du plancher, communiquant avec un rez-de-chaussée ou un cellier frais. Enfin chaque magnanerie doit être d'une dimension totale relativement restreinte. J'ai ouï dire, dans le Gard, qu'il y à cinquante ans environ le nom de T... l'animal avait été donné à un individu d’Alais, qui avait eu l’audace de porter à 11 onces la quantité de graine élevée dans une même magnanerie, Le surnom est resté dans la famille.

Les Bulletins des séances du Comice agricole du Vigan portent pour épigraphe : Petite magnanerie, grande filature.

Aujourd'hui, il n'est pas rare de voir des magnaneries de 30 onces. Ce serait demi-mal, si l’on n'élevait à l'ordinaire dans un local donné le double ou le triple de la quantité des vers que comporte sa surface. Chose étrange, cette faute si grave de l’entassement des vers est commise, par la plupart des éducateurs, principalement depuis l’origine de l’épizootie. C’est que le haut prix des cocons excite outre mesure la convoitise de tous les éleveurs.

L'observation suivante, si elle était confirmée, serait une des meilleures preuves de la nécessité de recherches expérimentales rigoureuses sur les principes de l’art d'élever les vers à soie.

En 1869, je formai le projet d'appuyer sur des expériences directes une opinion que j'avais émise conjecturalement l’année précédente dans ces termes :

« L'éclosion ne s’effectue-t-elle pas souvent par des vents trèssecs, sans qu'on ait le soin de donner à l’air une humidité suffisante ?.. Que l’on se représente ces malheureux insectes sortant tout humides de leurs coques et exposés tout à coup à l’atmosphère la plus desséchante. » Cette circonstance, concluais-je, n’affaiblitelle pas les vers, et cet affaiblissement ne peut-il pas se traduire, de la quatrième mue à la montée, par des embarras de digestion capables d'amener Îa maladie des morts-flats accidentelle (1)?

Eh bien! les premières expériences faites ont donné tort à ces hypothèses, assurément les mieux fondées en apparence.

On a partagé en trois lots distincts des vers qui venaient d'éclore. Le premier lot a été traité à la manière ordinaire; le second a été placé pendant six heures dans un vase rempli à moitié de chaux vive; le troisième dans de l'air saturé d'humidité. Le premier et le troisième lot ont péri de la flacherie, le second a donné quatre-vingt-huit cocons pour cent vers comptés à l’éclosion. L'expérience a été reproduite dans les mêmes conditions sur des vers d'une autre race, et le lot desséché pendant six heures eut encore un immense avantage sur les deux autres sous le rapport de la flacherie ; de telle sorte que présentement, et jusqu'à nouvelles expériences décisives, le séjour des vers, au moment de l'éclosion, dans une atmosphère sèche, parait être plus utile que nuisible pour les fortifier et leur donner de la résistance contre les maladies accidentelles, notamment contre la flacherie.

Dans le but d'empêcher l’éclosion des germes de vibrions ou pour tenter d’accroitre la vigueur des vers, on a essayé l'addition, sur la feuille destinée à leur nourriture, d'un grand nombre de substances. Aucune d’entre elles ne nous a satisfait.

Le nitrate d'argent, le sulfate de cuivre, le chlorure de mercure employés à des doses inoffensives pour les vers, ont retardé les eflets de la contagion. Le chlore, ainsi que je l’ai exposé,

(1) Voir mon Rapport au Ministre de l'Agriculture en date du 5 août 1868; t. IT, p.270 et 277.

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p. 256, a été eflicace pour retarder l'apparition des vibrions dans une infusion de poussières chargées des germes de ces infusoires

et provenant d'une magnanerie infectée (1).

(1) M. Gueyraud, éducateur de vers à soie dans les Basses- Alpes, dit avoir obtenu en 1869 de bons résultats, contre la flacherie, d’une dissolution de sulfate de magnésie répandue sur les feuilles avant le repas.

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