‹ Études sur la maladie des vers à soieChapitre 87 sur 97 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

LA RÉCOLTE DES COCONS A TOUJOURS ÉTÉ FORT DÉPENDANTE DES CONDITIONS CLIMATÉRIQUES.

On se plait aujourd'hui à aflirmer la régularité et l'abondance de la récolte de la soie avant l'apparition de la maladie actuelle, c’est-à-dire avant 1849. La nature humaine est ainsi faite qu'elle est injuste envers le sort dans la prospérité comme dans linfortune. Heureux, nous souffrons des moindres peines; malheureux, nous aimons à exagérer nos misères en exaltant le bonheur perdu. Écoutez les plaintes des sériciculteurs. A les entendre, de toutes les récoltes, celle de la soie était la plus sûre. Leurs échecs d'à présent sont le fait de la maladie régnante. Ils n'accusent jamais les circonstances atmosphériques ou les fautes qu'ils ont pu commettre. Cet optimisme rétrospectif est fort exagéré. Comme toutes les récoltes agricoles, celle de la soie avait ses bons et ses mauvais jours. On peut assurer même qu'elle était moins favorisée que toutes les autres, car elle avait à compter, non-seulement avec les intempéries des saisons, les gelées tardives, Îles pluies prolongées, les chaleurs excessives ou les froids inaccoutumés, mais encore avec le défaut de soins ou l'inintelligence des éleveurs. À l'appui de cette opinion, je vais reproduire quelques comptes rendus séricicoles, extraits d’une publication dont l’impartialité ne saurait être contestée, car elle date d'une époque où il n’était pas encore question de la maladie des vers à soie : je veux parler des Annales de la Sociélé séricicole, Société fondée en 1837 pour la propagation et l'amélioration de l’industrie de la soie en France.

« Les nouvelles que nous pouvons vous donner sur les récoltes de cocons de 1841 ne sont pas aussi satisfaisantes que celles des années

précédentes ; l’industrie de la soie est, comme toutes les industries agricoles, soumise à des chances que ne peut conjurer la sagesse de l’homme.....; les éducations de vers à soie ont généralement manqué en Provence, il y a eu de grands désastres...…. Dans les Basses-Alpes les vicissitudes de l’atmosphère ont été extraordinaires. La pluie, le froid et fa chaleur se sont succédé d’une manière incroyable..... Nos vers sont restés faibles, petits et paresseux pendant toute l'éducation ; à la montée ils ont été aflligés par toutes les maladies connues, et ceux qui sont sortis victorieux de ces épreuves sans cesse renaissantes ont manqué de force à la fin de leur tache et n’ont filé que d’une manière imparfaite. ..... » (Annales de la Société séricicole, t. V, année 1841.)

« Une circonstance facheuse a exercé son influence sur les éducations de cette année. Je veux parler de la gelée du mois d'avril, qui a été si funeste, non-seulement aux muüriers et à la vigne, mais à la plupart des arbres fruitiers... Presque partout dans le Midi on a perdu la moitié et mème les deux tiers des feuilles... Les gelées ont été suivies de pluies continuelles, de srèle et de brouillard... Dans le département de l'Isère beaucoup de propriétaires ont renoncé à faire des éducations. Le département de la Drôme à été particulièrement maltraité. Les vers n'ayant été nourris qu'avec de mauvaises feuilles ont trainé une existence languissante et n’ont donné que des cocons très-légers et en très-petite quantité. La perte que ce département a éprouvée est au moins des deux tiers d’une récolte ordinaire, c’est-à-dire d'environ dix à douze millions... » (Annales de la Société séricicole, t. VIT, annéc 1843.)

« Vous savez que la récolte de cette année a été aussi bonne que celle de l’année dernière avait été peu satisfaisante. Dans presque tout le Midi une température douce, progressivement chaude et plus égale que de coutume a favorisé le développement de la feuille de muürier, et presque partout aussi les éducations de vers à soie ont donné les meilleurs résultats. » (Annales de la Société séricicole, t. VII, année 1844.)

RIRES L'état de la température de 1845, si contraire à lélève

des vers et si fâcheux pour la plupart de nos produits agricoles, a fait ressortir avec plus d'éclat encore la supériorité des magnaneries bien ventilées et des bonnes méthodes d'éducation. Les départements de lArdèche, de la Drôme ont été les plus maltraités par l'influence de Ia saison. Ils ont eu à peine une moitié de récolte. Le Var et les Bouches-du-Rhône estiment a leur aux trois quarts. Dans le Gard la récolte peut être classée dans les moyennes, et elle aurait été bonne si les éducateurs eflrayés par le froid qui se manifesta au commencement de lPéducation et arrèta la végétation des müriers n'avaient pas jeté beaucoup de vers... » (Annales de la Société séricicole, 1. IX, année 1849.)

« La récolte séricicole de cette année a été en général médiocre, on doit l’attribuer en grande partie à lélévation extrème de la température. Il est à remarquer que les grandes chaleurs sont presque aussi nuisibles à l'éducation des vers et au rendement des cocons que les pluies et Phumidité. Dans tout le Midi les cocons se sont payés très-chers et ont très-peu fourni à la bassie » (Annales de la Société séricicole, t. X, année 1846.)

Ainsi, sur cinq années consécutives, de 1841 à 1846, une seule, celle de 1844, a été très-satisfaisante.

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