‹ Études sur la maladie des vers à soieChapitre 88 sur 97 · CHAPITRE [V · texte numérisé non relu

CHAPITRE [V

DU RENDEMENT MOYEN DES ÉDUCATIONS DE VERS A SOIE AVANT L'ÉPOQUE DE LA MALADIE. — POSSIBILITÉ DE L'ACCROITRE.

Le rendement industriel des chambrées de vers à soie a toujours été fort au-dessous de ce qu'il aurait pu être théoriquement. Chacune des phases de la vie du ver a ses causes de mortalité, les unes inséparables de l'éducation en grand telle qu'on est tenu de la pratiquer, les autres au contraire plus où moins à la merci du savoir de léleveur. Qu'au moment de l’éclosion, sur un total de trente-cinq à quarante mille œufs qui composent une once de 25 grammes de graine, 1l naïsse dans les premiers jours et à diverses reprises quelques douzaines de vers, le mieux est de les abandonner errants sur les toiles ou sur les cartons. L'affaiblissement dû à linanition trop prolongée fera bientôt succomber ces premiers vers, mais cette perte est préférable aux embarras de leur égalisation avec ceux des éclosions abondantes qui doivent former le gros de l’éducation. À Ia fin de la sorlie une autre perte du mème ordre se renouvelle, Aux diverses mues, à l’époque des délitages, on est contraint de sacrifier les retardaires; enfin dans une grande famille de vers à soie il y a nécessairement des avortons, des vers blessés, écrasés, ete., etc. Ce sont là autant de circonstances qui diminuent la récolte. Les soins et l'intelligence des éleveurs peuvent bien en atténuer les eflets, mais non les supprimer entièrement. Dans une certaine mesure elles sont inévitables. Foutefois il ne faut pas en exagérer l'importance; aussi n'est-ce pas à leur sujet que je désire appeler l'attention.

I y a une mortalité, bien autrement désastreuse, qui depuis

APPENDICE. 307 les temps les plus reculés de lélève des vers à soie a frappé indistinctement la grande majorité des éducations. Cette mortalité, quoique considérable, est presque ignorée du plus grand nombre des magnaniers, où du moins elle est restée en dehors de leurs préoccupations; c’est que les éducations dans leur rendement habituel étaient rémunératrices; peu de cultures mème passaient pour plus lucratives que celle du mürier; de là une insouciance naturelle pour le progrès, qui s'explique d'autant mieux que la production de la soie est entre les mains de fermiers ou de petits propriétaires en général peu éclairés.

Trouvant profit à pratiquer lélève des vers à soie d’après les méthodes séculaires en usage dans la contrée qu’ils habitent, ils n'ont jamais attaché beaucoup d’intérèt aux améliorations dont elle est susceptible.

Qu'on interroge, dans nos départements séricicoles, les hommes Îles plus compétents ; que l’on consulte les statistiques ou les Auteurs qui ont écrit sur les vers à soie, voici les chifires auxquels on arrive.

Dans les chambrées les mieux réussies, dès que l'éducation portait sur quelques onces de graine, on retirait au maximum 20 à 25 kilogrammes de cocons par once de 25 grammes. Le succes d’une chambrée était remarqué quand on obtenait 1 Kilogramme de cocons par gramme de graine pour une éducation de 10 onces (1).

Dans ses Recherches sur les maladies des vers à soie, publiées en 1808, Nysten blämant le peu de soins que prennent de leurs éducations les agriculteurs du Piémont, qui ne retiraient souvent que 30 livres de cocons par once de graine, et jamais au delà de 35 à 40 (2), Nysten, dis-je, s'exprime ainsi :

(1) Dans les MEILLEURES RÉUSSITES, dit M. Guérin-Méneville, on n’obtient ordinairement que 20 à 25 kilogrammes de cocons pour 25 grammes de graine. (Comptes rendus de l’Académie des Sciences, t. XXVII, p. 416, année 1848.)

(2) M. Darbousse, maire de Cruviès (Gard), m’a assuré de la façon la plus positive et la plus réitérée que, dans sa commune, avant l’époque de la maladie, quand on avait 25 à 30 livres petit poids par once de 25 grammes en grande chambrée de 10 à 20 onces, la chambrée était une chambrée réussie. Cela ne fait que 12 à 15 kilogrammes au plus par once. M. Darhousse m'a exprimé ce résultat sous cette

« On doublerait les récoltes, si, à l'avantage des petites éducations, on réunissait celui des soins qu’exigent continuellement les vers à soie, car dans ceux des grands établissements du département de Ja Drôme où les vers à soie sont bien gouvernés, on retire généralement 60 livres de cocons par once de graine, et les propriétaires de ce département entendent si bien leurs intérêts, qu'ils multiplient tous les ans leurs plantations de müriers. »

C'est bien le chiffre des bonnes réussites dont je parlais tout à l'heure : 6o livres de 400 grammes, c’est 24 kilogrammes de cocons par once de 25 grammes (1); qu’on le remarque bien, il s’agitici des réussites dans les établissements les mieux gouvernés. La moyenne du rendement d’un grand nombre de chambrées, prises au hasard, était très-sensiblement moindre. En d’autres termes, si l’on eût divisé le poids total des cocons recueillis, par exemple dans une centaine de chambrées, prises tout venant, par le nombre de grammes de graines mises en éducation, le quotient obtenu, ou la moyenne dont je parle, n'aurait pas atteint, à beaucoup près, 20 kilogrammes. On citait dans les contrées séricicoles, comme exceptionnelles, les éducations d’une once qui avaient rendu 40 Kilogrammes de cocons.

Voici des renseignements statistiques qui font connaitre approximativement cette moyenne du rendement des chambrées avant la maladie pour la France entière.

Dans le Rapport présenté à l’Académie des Sciences (séance du 16 février 1857), par M. Dumas, au sujet d’un Mémoire de M. André Jean, il est dit que la moyenne de la production

autre forme : Quand une once faisait 4 tables (une table est une surface de {4 mètres carrés, 2 mètres sur 2 mètres), c'était beaucoup. Pour les chambrées d’une once, on avait 5 tables au plus.

J'ai écrit ces nombres sous la dictée de M. Darbousse.

On voit que, du moins dans cette localité du Gard, le rendement moyen, avant

l’époque de la maladie, était le même que celui dont parle Nysten pour le Piémont.

(1) Dans les départements séricicoles on se servait de la petite livre de {00 grammes, comprenant 16 onces de 25 grammes. Les rapports des nombres que je cite restent les mêmes, si l’on entend que Nysten parle de la livre de 4895",51 et de l’once de 308f,50.

totale en cocons pour toute la France, pour huit des années les plus productives du siècle, de 1846 à 1853, a été de 24254050 kilogrammes de cocons. D'autre part, M. Dumas évalue à 33 000 kilogrammes, soit à 33000 X 40 ou 1320000 le nombre d’onces mises à l’incubation; en divisant le premier nombre par le second, on trouve 18,4 pour le rendement moyen des chambrées par once de 25 grammes dans les huit années les plus productives de ce siècle. Je ferai remarquer en outre que le nombre de 33000 kilogrammes de graines dont la France aurait besoin, d’après M. Dumas, est établi dans son Rapport sur une donnée qui rend peut-être ce nombre plutôt trop faible que trop élevé.

Le rendement moyen de 184,4 serait done un maximum.

Persuadé que l’adoption des procédés de grainage que jindique dans cet Ouvrage accroitra, dans une proportion considérable, le poids total de cocons qu'on pourrait retirer d'une once de graine (1), je dois faire connaitre exactement Îles rendements théoriques possibles comparés à ceux de la pratique industrielle. J'ai réuni, dans le tableau suivant, les nombres d'œufs contenus dans 1 gramme de graine de diverses races de vers à soie et les nombres de cocons nécessaires pour former le poids de r kilooramme. De ces données, on déduit facilement les nombres d'œufs par once de 25 grammes, et les nombres de cocons que l’on pourrait récolter si chaque œuf donnait un ver, chaque ver, à son tour, un cocon, par suite le poids limite de la production possible. La dernière colonne du tableau fait connaitre ces rendements maximum. Ils sont considérables et bien éloignés des résultats de

la pratique au plus beau temps de la sériciculture.

(1) J’estime que cet accroissement peut aller aux trois demi et au double.

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