‹ Études Sur La MéthémoglobineChapitre 13 sur 33 · LUE RS · texte numérisé non relu

LUE RS

(La raie D correspondait à la division 100 de son micromètre, C à 85,5).

Preyer considère également le spectre de la méthémoglobine acide comme formé de quatre bandes. Mais, d’après la description que donne Preyer de ce spectre, il n’est pas bien certain qu'il ait eu devant les yeux, au moment où il l’a dépeint, de la méthémoglobine pure.

Pour Jæderholm la méthémoglobine acide a un spectre constitué par quatre bandes d'absorption ; ce spectre est assez analogue à celui de l’hématine acide et ne s’en distingue que faiblement par la position de la bande dans le rouge, position variable, du reste, pour les solutions d’hématine avec le degré d’acidité. Jæderholm a examiné au microspectroscope des cristaux de méthémoglobine, et a constaté la présence des quatre bandes dans le spectre qu'ils fournissaient ; il a aussi déterminé la position de ces bandes avec des solutions de ces cristaux. Voici, d’après cet auteur, les longueurs d’onde correspondant aux milieux de chacune d’elles:

Bande I dans le rouge, 631 millionièmes de millim. ne dans le vert 0 Le

Bande III 7 539 —

Bande 1V dans le bleu, 500 — environ.

La position de cette dernière bande n’a pu être déterminée d’une façon tout à fait exacte. La première de ces bandes est la plus foncée, la seconde est la plus pâle, la deuxième est plus large que la première, la troisième l’est plus que la deuxième et la quatrième que la troisième.

La seule objection que l’on pourrait faire à Jæderholm, c’est qu'il n'est pas certain que ses cristaux de méthémoglobine fussent absolument purs d’oxyhémoglobine, puisque les deux substances sont isomorphes et cristallisent dans des conditions identiques ; sans doute Jæderholm recommande pour préparer

les cristaux de méthémoglobine d'ajouter à la solution d'oxyhémoglobine assez de ferricyanure pour opérer la transformation. complète, et d'examiner au spectroscope s’il en est réellement ainsi; mais à quoi reconnait-il qu'il ne reste plus d’oxyhémoglobine dans sa solution, puisqu'il admet que le spectre de la méthémoglobine présente les deux bandes entre D et E?

Etudions maintenant le spectre de la modification alcaline de la méthémoglobine ; ce spectre est caractéristique et diffère notablement de celui de l’hématine en solution alcaline.

Le spectre de l’hématine alcaline est constitué par une large bande qui ne possède pas une position tout à fait invariable ; elle se déplacerait en effet, d’après Jæderholm, un peu vers le vert, à mesure que l’alcalinité de la solution augmenterait ; cette bande à cheval sur la raie D présente toutefois sa partie la plus étendue et la plus sombre avant D, je veux dire du côté du rouge par rapport à D.

D'après la plupart des auteurs, le spectre de la méthémoglobine est constitué par trois bandes, l’une dans l’oranger, entre Cet D près de D, les deux autres entre D et E, occupant presque complètement la position des bandes & et GB de l’oxyhémoglobine. Le milieu de la première bande correspond, d’après Jæderholm, à une longueur d'onde de 602 millionièmes de millimètre, le milieu de la deuxième à 578 et celui de la troisième à 539. Marchand donne de ce spectre une description peu différente ; le spectre de la méthémoglobine alcaline, dit-il, est constitué par deux bandes : la première située entre les divisions 94 et 105 du micromètre-de son spectroscope (D—100), la deuxième entre 110 et 120, la première bien délimitée du côté 94 se dégrade insensiblement du côté 105; elle présente une sorte de dédoublement et peut être considérée comme constituée par deux bandes juxtaposées. La partie entre 94 et 100 est, en effet, plus pâle que celle entre 100 et 105; cette seconde partie présente un maximum d’obseurité à 102.

PS Dur

Quelques auteurs, et Preyer entre autres, prétendent que le spectre que nous venons de décrire est dû à un mélange d'hématine alcaline et d’oxyhémoglobine. Marchand fait remarquer qu’il ne peut en être ainsi ; car, si l’on traite une solution de méthémoglobine alcaline par un courant d'acide carbonique ou par un peu d’acide acétique ou d'acide chlorhydrique dilué, on obtient au bout d’un certain temps, dans le rouge, la bande caractéristique de la méthémoglobine acide et non celle de l'hématine acide ; celle-ci apparaît au contraire par l'addition d'acide chlorhydrique plus concentré et est plus rapprochée de C que la précédente.

J'ajouterai que la première et la seconde bande du spectre de la méthémoglobine alcaline ne peuvent pas être considérées comme la superposition de la bande de l’hématine alcaline et de la première bande de l’oxyhémoglobine. En effet, dans le cas de la méthémoglobine alcaline on aperçoit tout près de D, mais un peu avant, une plage assez lumineuse très étroite qui sépare les deux bandes juxtaposées, plage lumineuse qui correspond justement à une partie des plus obscures de la bande de l’hématine alcaline; de plus, cette dernière s’étend plus loin du côté de Cet est bien plus foncée entre C et D que celle de la méthémoglobine alcaline.

On ne peut pas, ce me semble, davantage admettre que le spectre de la méthémoglobine alcaline soit constitué par une seule bande entre C et D et que les deux bandes D et E soient dues à de l’oxyhémoglobine produite par l'addition d’alcali. Les trois bandes d'absorption font bien partie du spectre de la méthémoglobine. Telle est du reste la manière de voir de la plupart des auteurs et de Jæderholm, qui donne à l'appui de son opinion les raisons suivantes : |

Dans le spectre de la méthémoglobine alcaline, la deuxième des bandes entre D et E est plus forte que la première. C’est exactement l'inverse dans le spectre de l’oxyhémoglobine.

ASE, VERS

Ces deux bandes existent dans une solution de méthémoglobine alcaline préparée au moyen d’hémoglobine oxycarbonée, et devraient dans ce cas occuper la position des deux bandes correspondantes de l’hémoglobine oxycarbonée, si elles étaient dues à un reste d'hémoglobine non décomposée; or il n’en est nullement ainsi : les deux bandes de la méthémoglobine comprises entre D et E occupent la même position, que cette méthémoglobine ait été oblenue en partant, soit de l’hémoglobine oxycarbonée, soit de l’oxyhémoglobine. De plus, si l’on réduit de la méthémoglobine obtenue à l’aide d'hémoglobine oxycarbonée, il se reforme de l’hémoglobine oxycarbonée et l’on peut constater alors le déplacement des deux bandes entre D et E; toutes deux se rapprochent de E, ce qui prouve d’une façon évidente qu’elles ne peuvent être attribuées à l’hémoglobine oxycarbonée non transformée en méthémoglobine.

J'ai du reste fait, relativement aux spectres de la méthémoglobine acide et alcaline, quelques expériences et quelques vérifications que j’exposerai dans le dernier chapitre de cet ouvrage.

Si, d’après les travaux publiés jusqu'ici, on ne peut rien conclure de certain sur le nombre de bandes du spectre de la méthémoglobine acide, on peut toutefois admettre comme très probable que celui de la méthémoglobine alcaline est constitué par trois bandes, dont la première est située entre C et D, tout près de D, tandis que les deux autres sont comprises entre Det E.

Composés de la méthémogiobine.— Comme je l’ai déjà précédemment indiqué, Hoppe-Seyler a remarqué que lorsqu'on fait agir de l'hydrogène sulfuré sur de l’oxyhémoglobine, il se produit un composé rouge sale en solution concentrée, vert olive en solution étendue. Les solutions de ce corps, qu'il désigne dans ses derniers travaux sur ce sujet

Me he sous le nom de sulfure de méthémoglobine, absorbent fortement le violet et le bleu et pour un degré de concentration convenable présentent dans Île rouge une bande d'absorption plus éloignée de l'extrémité la moins réfrangible du spectre que celle de la méthémoglobine.

Nous avons déjà vu comment cette substance se distinguait de la méthémoglobine par la persistance de la bande dans le rouge, malgré l'addition d’ammoniaque et de sulfure ammonique à ses solutions. |

Le sulfure de méthémoglobine, en se putréfiant en tube scellé, ne se transforme pas en hémoglobine, comme le ferait la méthémoglobine. Sa constitution est inconnue ; il n’a pu être obtenu à l’état cristallin. [1 se forme chez les animaux à sang froid quand on leur fait inspirer un mélange d’air et d'hydrogène -sulfuré ; les animaux à sang chaud dans les mêmes conditions meurent par arrêt du cœur, avant la production du sulfure de méthémoglobine (Hoppe-Seyler).

Ce composé s’obtiendrait en ajoutant à 1 centimètre cube de sang dissous dans 50 centimètres cubes d’eau, 25 à 40 centimètres cubes d’eau saturée d'hydrogène sulfuré. Du sang oxycarboné traité de la même façon resterait inaltéré (Salkowski).

Se produit-il réellement dans ces circonstances du sulfure de méthémoglobine? Le fait ne paraît pas bien établi et a besoin pour être affirmé d’être appuyé sur de nouvelles expériences. Hoppe-Seyler, lui-même, dans ses premières recherches sur l'action de l'hydrogène sulfuré sur l’hémoglobine, avait d’abord simplement indiqué que si l’on faisait traverser par un courant d'hydrogène sulfuré des solutions d’oxyhémoglobine, ces solutions présentaient au bout de quelque temps, dans le rouge, une bande d'absorption qui paraissait occuper la même position que celle de la méthémoglobine, et il avait considéré plus tard la nouvelle substance formée comme un sulfure d’hémoglobine

LR

ou d'hématine. L'existence de ce composé n’est point douteuse, pas plus que sa distinction de la méthémoglobine ; mais l’on ne peut encore rien avancer de certain sur sa constitution et sa nature.

D'après Th. Weil et B. von Anrep, il existerait trois sortes de méthémoglobine : la méthémoglobine simple, la méthémoglobine oxygénée, la méthémoglobine oxycarbonée ; les auteurs sont moins affirmatifs sur l'existence de la première que sur celle des deux secondes. Voici les expériences sur lesquelles ils se fondent : si l'on traite des solutions d’oxyhémoglobine ou d'hémoglobine oxycarbonée par du permanganate de potassium par exemple, la solution d’oxyhémoglobine prend une teinte jaunâtre, tandis que celle de l’hémoglobine oxycarbonée reste d’abord rouge, laisse déposer un abondant précipité et ne devient jaune qu'après l'addition d’une grande quanté de réactif; dans les deux cas, ces solutions présentent le spectre de la méthémoglobine ; mais la quantité de permanganate nécessaire pour opérer la transformation complète est plus grande dans le second cas que dans le premier. Si l’on prend maintenant deux solutions de méthémoglobine ainsi obtenues, qui ne présentent plus que la bande dans le rouge à une place identique il est vrai (les bandes de l’oxyhémoglobine ou celles de l’hémoglobine oxycarbonée s'étant complétement effacées), et qu’on les traite par un agent de réduction tel que : sulfure ammonique .ou solution de Stockes, la solution de méthémoglobine obtenue par transformation de l’oxyhémoglobine présentera de nouveau le spectre de l’oxyhémoglobine, tandis que celle obtenue par transformation de l’hémoglobine oxycarbonée présentera le spectre de cette hémoglobine, alors même que l’on ait eu soin de chasser par un courant d'hydrogène l’oxyde de carbone dissous dans cette seconde solution de méthémoglobine.

Il faudrait, d’après cela, admettre l'existence de la O°-mé-

NPD AE thémoglobine et de la CO - méthémoglobine, tandis qu'il existerait peut-être aussi une méthémoglobine privée des groupements CO et 0’, qui s’obtiendrait en traitant une solution d'hémoglobine réduite par une solution d’iode. — Ces faits ne sont toutefois rien moins que certains et nécessitent, pour être admis, la confirmation de nouvelles expériences.

Constitution de la méthémoglobine. — Nous venons de voir combien sont nombreuses et variées les opinions émises à propos de l’aspect des spectres des différentes modifications de laméthémoglobine (alcaline et acide), combien sont grandes les divergences à ce sujet ; nous avons vu également quelle réserve il faut garder relativement à l'existence des composés de la méthémoglobine. Il me reste maintenant à passer en revue les diverses hypothèses faites sur la constitution de la substance qui fait l’objet de mon étude. Nous trouverons ici les idées les plus contradictoires ; chaque auteur apporte la sienne, et il est assez difficile de se faire une conviction. Nous aurons d’abord à réfuter la manière de voir de Hoppe-Seyler, depuis longtemps déjà abandonnée par celui qui l’avait émise et récemment relevée de l’oubli dans lequel elle était tombée : la méthémoglobine n’est qu'un mélange. Pour M. Krückenberg, elle est un mélange d'hématine, d'hémoglobine réduite et d’oxyhémoglobine ; toutefois, les caractères si tranchés des spectres de la méthémoglobine, les réactions si nettes et si caractéristiques qu'elle présente vis-à-vis de l’ammoniaque et du sulfure ammonique, enfin, etsurtout le fait qu’on a pu l’obtenir à l’état cristallin et la soumettre, pour la purifier, à plusieurs cristallisations successives, me paraissent des considérations suffisantes pour réfuter vietorieusement l’opinion de M. Krückenberg, pour démontrer que la méthémoglobine est une substance ayant une existence propre, et qu’il est

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