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Puisque la méthémoglobine se produit par l’action de substances réductrices sur l’oxyhémoglobine, disent les partisans de cette opinion, c’est bien une preuve qu'elle est moins oxygénée que cette dernière.
D'après Gamgee, l’action des nitrites sur le sang serait une action réductrice, et le produit de décomposition obtenu dans de pareilles conditions serait par conséquent un oxyde inférieur à l’oxyhémoglobine. J’objecterai à Gamgee que, suivant la plupart des auteurs, les nitrites agissent dans le sang comme oxydants et non comme réducteurs. Toutefois on ne peut nier la production de méthémoglobine sous l'influence de certains agents réducteurs.
C'est ainsi que l’hydrogène occlus sur une lame de palladium peut faire apparaître de la méthémoglobine dans une solution d’oxyhémoglobine. Si l’on remplit complétement un flacon d’une solution étendue d’oxyhémoglobine et qu'on y porte ensuite une lame de palladium chargée d'hydrogène, il se forme très rapidement de la méthémoglobine, et toute l’oxyhémoglobine peut même se transformer en cette substance avant qu'il se produise une trace d’hémoglobine, si la quantité d’oxyhémoglobine contenue dans le flacon n’est pas trop grande par rapport à la lame de palladium employée. C'est Hoppe-Seyler qui a réalisé cette expérience et qui l'explique de la façon suivante : l'hydrogène actif agit sur la molécule d'oxygène qui, dans l’oxyhémoglobine, est faiblement combinée à l’hémoglobine; il dédouble cette molécule, s'empare d’un atome pour former de l’eau, tandis que l’autre atome d’oxygène devient actif et forme avec l’hémoglobine une combinaison stable, moins oxygénée que l’oxyhémoglobine, la méthémoglobine.--Mais est-1l bien certain que toute l’oxyhémoglobine soit transformée en méthémoglobine par l’action de l’hydrogène occlus sur le palladium, et ne peut-on admettre qu'il se forme simultanément de l’hémoglobine réduite (ce que l’on peut obser-
D'E (oyrns ver du reste en prolongeant suffisamment l’action de la lame de palladium)? L’explication de Hoppe-Seyler deviendrait alors une pure hypothèse, car, hypothèse pour hypothèse, l’on pourrait aussi bien supposer que l’atome d'oxygène rendu libre par la formation d’eau se porte sur une molécule d'oxyhémoglobine non décomposée et en forme un peroxyde d’hémoglobine. Une seconde objection que je ferai à Hoppe-Seyler, c’est qu'il a le plus souvent négligé, dans son expérience avec le palladium chargé d'hydrogène, de chasser l'oxygène contenu à l’état de dissolution dans la solution d’oxyhémoglobine ; il se borne en effet à signaler la possibilité de déplacer la majeure partie de
cet oxygène et n'indique pas s’il a pris cette précaution.
La transformation de l’oxyhémoglobine en méthémoglobine par la putréfaction, s’expliquerait aussi d’une façon analogue à l’action de l'hydrogène occlus sur le palladium, et permettrait par suite d'affirmer encore que la méthémoglobine est moins oxydée que l’oxyhémoglobine. Toutefois ce phénomène est moins probant que le précédent, puisqu'on doit ici livrer accès à l'air et qu’on ne peut savoir si une partie de l'oxygène de l'air n’est pas employée à ramener à l’état d’oxyhémoglobine l’hémoglobine formée par la soustraction de l’oxygène, dont une portion se serait fixée sur l’oxyhémoglobine pour la faire passer à l’état de méthémoglobine.
La même objection peut être faite au mode d'action des autres agents de réduction: pyrocatéchine, acide pyrogallique, etc., et j'estime que la transformation de l’oxyhémoglobine en méthémoglobine sous l'influence de ces agents ne permet pas de conclure d’une façon certaine que la deuxième de ces substances est moins oxygénée que la première ; elle pourrait l'être davantage, à plus forte raison l'être autant.
Mais les partisans de l'opinion que je suis en train d'exposer ont avancé d’autres faits à l'appui de leur manière de voir.
Si l’on porte sous la cloche d’une machine pneumatique
une solution d’oxyhémoglobine fraichement préparée, qu'on fasse le vide et qu’on abandonne ensuite la solution à la température de la salle d'expérience, on peut constater, au bout de peu de temps, qu'il s’est produit de la méthémoglobine ainsi que de l’hémoglobine (Hoppe-Seyler). Je ferai à la conclusion que l’auteur à tirée de cette expérience l’objection que j'ai faite à propos de l’action du palladium et des substances réductrices. Hoppe-Seyler reconnaît du reste qu'il serait à la rigueur possible, quoique très invraisemblable, que l'oxygène enlevé à une molécule d’oxyhémoglobine se soit porté sur une molécule de cette substance pour la transformer en hyperoxyde; il est aussi permis d'admettre que sous l'influence du vide le groupement seul a été modifié et que la quantité d'oxygène contenue dans les deux corps, oxyhémoglobine et méthémoglobine, est identiquement la même.
Une autre preuve apportée à l'appui de l'hypothèse de Hoppe- Seyler est que, si l’on transforme de Fhémoglobine en méthémoglobine, ou vice-versa, de la méthémoglobme en hémoglobine, il ne se produit jamais de l’oxyhémoglobine. Cette raison est insuffisante, et je ne vois pas pourquoi il serait nécessaire, pour transformer le produit d’oxydation le plus élevé en hémoglobine, de passer par le produit intermédiaire. Du reste, s’il en était ainsi, et en admettant que la méthémoglobine fût l’intermédiaire, pourquoi, en agitant l'hémoglobine à l’air, obtient-on directement de loxyhémoglobine? pourquoi ne se forme-t-il pas d’abord de la méthémoglobine? Toutefois les expériences dirigées dans ce sens ont été si nombreuses et si variées que je vais exposer les principales.
Marchand faisait traverser par un courant d'acide carbonique une solution d’oxyhémoglobine : quand le liquide présentait la bande de Stockes, il le traitait par quelques gouttes d'une solution d'iode, tout en continuant à faire passer le courant d'acide carbonique, afin d'éviter l’accès de l'air; on