‹ Études Sur La MéthémoglobineChapitre 21 sur 33 · ENS CARS · texte numérisé non relu

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La méthémoglobine se forme encore dans l'organisme sous l'action de plusieurs autres substances, telles que :

Ferricyanures (potassium, sodium), permanganate de potassium, thalline, hydroquinone, pyrocatéchine, acide osmique, térébenthine, brome, iode. Mais cette énumération est très incomplète, et ilreste, ce me semble, encore de fort intéressantes recherches à faire dans cette voie.

Il faut remarquer, à propos de l’action des différents agents que je viens d'étudier ou d’énumérer, qu'ils ne se comportent pas de la même façon vis-à-vis de l’hémoglobine dissoute ou de l’hémoglobine globulaire ; celle-ci se laisse plus facilement transformer en méthémoglobine que celle-là; de plus la transformation de la première est permanente ; celle de la seconde n’est que passagère.

Si l’on ajoute à du sang frais défibriné, une solution concentrée de ferricyanure de potassium, le mélange ne prend pas, comme sous l’action des solutions étendues, une couleur brune : il reste rouge, et l’on ne peut distinguer à l'examen spectroscopique, que les deux bandes de l’oxyhémoglobine. Si au contraire on étend une portion du mélange avec de l’eau, il se colore aussitôt en brun, car il se forme immédiatement de la méthémoglobine ; en revanche, si on étend une autre portion de ce mélange de sang défibriné et de solution concentrée de ferricyanure avec une solution de chlorure de sodium ou de sulfate de soude, la couleur ne change pas; elle reste rouge vif, et l’on ne peut révéler la présence de la méthémoglobine. Si au lieu de sulfate de soude ou de chlorure de sodium on - emploie du chlorate de potasse, le sang reste d’abord rouge ; mais au bout d’un certain temps, l’hémoglobine se décompose ; la couleur passe au brun ; il s’est formé de la méthémoglobine (von Mering).

Si l’on abandonne au repos du sang défibriné après lui avoir ajouté du ferricyanure de potassium, il se divise en deux cou-

ches : la supérieure est constituée par une couche de sérum coloré par de la méthémoglobine ; tandis que la couche inférieure globulaire ne contient que de l’oxyhémoglobine. Si l’on injecte sur le vivant une solution concentrée de ferricyanure de potassium ou de sodium, on n’observe pas, à l'examen du sang pur, les bandes de la méthémoglobine, tandis qu’on les voit bientôt apparaître si l’on ajoute de l’eau au sang (Hayem).

Du sang agité à plusieurs reprises avec de l’alcool et de l’éther, du sang à plusieurs reprises congelé et dégelé, du sang qui commence à se putréfier, une solution récente de cristaux d'oxyhémoglobine, prennent, par l’addition de solutions concentrées de ferricyanure de potassium, une couleur noir brun et présentent le spectre caractéristique de la méthémoglobine. (Von Mering.) ;

Il résulte de ces expériences qu'il ne se forme de la méthémoglobine, par l’action du ferricyanure sur le sang, que lorsque les globules rouges ont été détruits par un procédé quelconque : addition d’eau, d’éther, de chloroforme, congélation et dégélation, c’est-à-dire lorsque l'hémoglobine des globules s’est dissoute dans le sérum.

En solution concentrée, au contraire, le ferricyanure conserve les globules sanguins et ne peut agir sur leur matière colorante, car elle s’y trouve, non pas à l’état de simple dissolution, mais bien de combinaison chimique; «il est probable que l’on ne connaît pas encore la matière colorante génuine du globule ; elle semble être plus complexe encore que l’hémoglobine. » (Henninger.)

Le chlorate de potasse exerce, pendant quelque temps, une action conservatrice sur les globules sanguins ; ce n’est qu'après une action suffisamment prolongée que se produit la transformation de l’hémoglobine en méthémoglobine.

Nous avons vu que le nitrite de sodium, au contraire, qu'il soit injecté dans le sang sur le vivant ou qu'il soit ajouté

DE NI) in vitro à des solutions sanguines, provoque rapidement la transformation de l’hémoglobine en méthémoglobine ; mais que, si l’on n’emploie pas des doses trop fortes, la méthémoglobine disparaît peu à peu sur le vivant et le sang reprend bientôt ses propriétés normales; toutefois, même administré à petites doses, le nitrite de sodium entraine la destruction d’un certain nombre de globules sanguins et, par suite, la formation d'un peu de méthémoglobine dissoute. In vitro, et dans des solutions sanguines, la production de méthémoglobine est au contraire persistante.

Le nitrite d'amyle, employé en inhalations, provoque dans le sang l’apparition du spectre de la méthémoglobine, lorsqu'il a été absorbé en quantité suffisante ; j'ai déjà indiqué, à propos de l’action des nitrites, que la capacité respiratoire du sang était considérablement diminuée ; mais cette diminution ne peut être observée que lorsque le sang présente les bandes de la méthémoglobine. Si, avant que ces bandes puissent se distinguer dans le sang pur, on ajoute au sang une certaine quantité d’eau, on les voit apparaître très nettes au bout de quelques heures, grâce à la transformation par le nitrite de l’hémoglobine dissoute par l’eau.

Si, comme nous l'avons déjà vu, lorsque le spectre du sang des animaux auxquels on fait respirer le nitrite d’emyle, présente les caractères de la méthémoglobine, on vient à suspendre les inhalations, la méthémoglobine disparait graduellement et le sang reprend ses propriétés normales, pourvu que l'action du poison n'ait pas été assez énergique ou assez prolongée pour détruire une notable quantité de globules. Le sang exhale encore dans ces conditions l’odeur du nitrite d’amyle, et si l’on vient alors à le diluer avec de l’eau, une partie de l’hémoglobine des globules se dissout et est de nouveau transformée en méthémoglobine quine subira plus la transformation mverse,

Peut" TDR

La méthémoglobine produite sous l'influence du nitrite d’amyle dans l'organisme est persistante quand les globules rouges ont été détruits par l'absorption de trop fortes doses de poison. Toutefois, l’action du nitrite d'amyle serait, à ce point de vue, bien moins énergique et bien moins rapide que celle du nitrite de sodium.

Il est bien établi par ces expériences, comme je l’ai déjà annoncé, que l’hémoglobine dissoute résiste moins à l’action des agents qui produisent de la méthémoglobine que l’hémoglobine renfermée dans les globules ; la transformation de l’hémoglobine dissoute est définitive, tandis que celle de l’hémoglobine des globules rouges est temporaire. La méthémoglobine formée dans l’intérieur de ces globules serait réduite en hémoglobine par l’hémoglobine globulaire et pourrait, par suite, repasser à l’état d’oxyhémoglobine et recouvrer, par conséquent, ses propriétés normales. La méthémoglobine formée dans l'organisme aux dépens de l’hémoglobine dissoute, ne pouvant au contraire subir cette modification, se détruirait en donnant naissance aux mêmes produits d’oxydation que l’hémoglobine, en particulier à de l’urobiline qui se retrouverait dans les urines ; ou bien elle pourraitencore s’éliminer ennature par les reins. (Hayem.)

La combinaison de l’oxygène dans la méthémoglobine étant plus stable que dans l’oxyhémoglobine, il en résulte que la méthémoglobine est impropre à l’hématose, et que les substances qui provoquent son apparition dans le sang d’une façon définitive par la destruction des hématies et la décom- . position de leur matière colorante dissoute, diminuent par cela même la capacité d'absorption pour l'oxygène du liquide sanguin et déterminent, par suite, une anémie grave ; tandis que les substances qui ne détruisent pas les globules ne provoquent pas, du moins si on les administre à dose modérée, d'anémie

sensible, à cause de la résistance de hémoglobine des cor-

PR RE puscules sanguins et de la facile transformation de laméthémoglobine globulaire en hémoglobine.

L’abaissement de température constaté dans l'organisme sous l’influence des agents producteurs de méthémoglobine, qui sont pour la plupart des antithermiques, ne serait pas, d'après Hayem, la conséquence de cette transformation de l’hémoglobine.

Se basant sur les données précédentes, Hayem a proposé de diviser les agents producteurs de méthémoglobine en deux classes, d’après leur mode d’action sur le sang.

Dans la première classe il range ceux qui n’altèrent pas les hématies ou ne les altèrent que s'ils sont employés à doses très élevées et qui transforment l’hémoglobine en méthémoglobine à l’intérieur des globules rouges. La mort peut survenir sous l'influence de pareils agents, si, par suite de la dose employée, la quantité de méthémoglobine produite est suffisante pour empêcher l’hématose. À cette classe appartiendrait le nitrite d’amyle (inhalations), le chlorhydrate de kairine.

La deuxième classe renferme au contraire les substances qui exercent sur le globule rouge une action destructive et provoquent dans le sang l'apparition de méthémoglobine dissoute.

Cette classe peut se subdiviser en trois groupes. Le premier groupe comprend les substances qui, comme le nitrite de sodium, l'acide pyrogallique, le permanganate de potassium, l'acide osmique, exercent une action rapide sur les globules sanguins dès qu'elles arrivent en contact avec eux, en détruisent un certain nombre et transforment alors en méthémoglobine l’hémoglobine dissoute, aussi bien que celle qui se trouve dans les hématies non encore attaquées.

Les chlorates (potassium, sodium) formeraient, à cause de leur mode d'action, un deuxième groupe à part. Ils agissent en effet sur le sang avec une certaine lenteur ; administrés à haute dose,

CSS = ils produisent la transformation de l’hémoglobine globulaire ; à doses moins fortes et au bout d’un certain temps, ils provoquent, comme les substances du premier groupe, la destruction des globules et l'apparition de la méthémoglobine dans le sérum.

Les médicaments du troisième groupe au contraire ne peuvent causer l'apparition de méthémoglobine globulaire ; ils ne peuvent détruiré les globules ; mais ceux-ci une fois altérés et l'hémoglobine une fois dissoute dans le plasma, ils peuvent la transformer en méthémoglobine. Le type des substances de cette classe est le ferricyanure (de sodium au de potassium).

Il me reste à examiner maintenant ce que devient la méthémoglobine une fois qu’elle a été formée dans le sang sous l’action des causes qui provoquent son apparition définitive, c’està-dire son apparition dans le sérum.

Hoppe-Seyler, Mac Munn et autres ont démontré que l’urine contient de la méthémoglobine dans beaucoup de cas d’hémoglobinurie. D’après Hoppe-Seyler même, dans tous les cas d’hémoglobinuries artificielles ou accidentelles, il n’y aurait dans les urines que de la méthémoglobine. Chez des malades atteints d’hématurie dite périodique ou d’hémoglobinurie, chez les 6œufs hématuriques, chez des animaux dans le sang desquels on avait injecté des acides biliaires ou de l’eau en grande quantité, chez des animaux sur lesquels on avait opéré une transfusion de sang avec le sang d’une espèce très éloignée dans la série animale, chez des animaux empoisonnés par l’hydrogène arsénié, dans des cas de brülures étendues, Hoppe- Seyler a constaté la dissolution dans le sérum de la matière colorante du sang, l’hémoglobinhémie, et la présence constante de méthémoglobine et non d’oxyhémoglobine dans les urines. Si l’on trouve souvent de l’oxyhémoglobine, c’est que l’on examine des urines qui se sont corrompues dans la vessie ou ont longtemps séjourné dans des verres, et, par la putréfaction, la méthémoglobine s’est transformée en hémoglobine qui, en

MN re présence de l’oxygène de l'air, passe à l’état d’oxyhémoglobine. Les reins n’éliminent que de la méthémoglobine ; le nom d'hémoglobinurie doit être désormais rejeté et remplacé par celui de méthémoglobinurie. Hoppe-Seyler n’a jamais rencontré d'hématine dans les urines ; mais il a très fréquemment trouvé de la matière colorante biliaire. | :

D'autres auteurs admettent au contraire que l’hémoglobine se transforme facilement en méthémoglobine dans l'urine et que c’est grâce à cette transformation que l’on à pu constater dans certaines urines, à l'examen spectroscopique, la présence des bandes de la méthémoglobine ; il n’y aurait pas, d’après eux, de méthémoglobinubie proprement dite.

Dans plusieurs cas d'hémoglobinurie paroxystique, Hayem a pu démontrer la présence de méthémoglobine dans les .urines immédiatement après leur émission, tandis qu'il n’a pu trouver que de l’oxyhémoglobine dans le sérum du sang des malades.

D'autre part, Hénocque, chez un individu atteint d’hémoglobinurie paroxystique, a pu, dans un accès provoqué, en faisant l'examen de l’urine à 30 minutes d'intervalle, constater l’apparition de la méthémoglobine au sixième examen, et il admet que la transformation s’est faite dans les reins.

Il faut remarquer en outre que l’on peut souvent trouver, comme je l’ai constaté moi-même, de l’oxyhémoglobine dans les urines d’hémoglobinuriques, alors même que ces urines sont examinées immédiatement après la miction et ne présentent aucun signe de putréfaction. Hoppe-Seyler est donc trop absolu quand il prétend que les reins n’éliminent que de la méthémoglobine ; de plus, il a bien constaté de l’hémoglobinhémie dans les cas où les urines présentaient le spectre de

la méthémoglobine, mais il n’a pas, dans les mêmes circons-

tances, constaté de la méthémoglobinhémie, c’est-à-dire la présence de méthémoglobine dans le sérum du sang. Ce serait là cependant une vérification d’une grande importance pour

dé

trancher la question de savoir si la méthémoglobine peut être éliminée en nature par les reins ou si elle se forme dans l'urine ; on à sans doute expérimenté plusieurs substances qui produisent la méthémoglobinhémie; mais on n’a pas examiné alors les urines d’une façon bien précise au point de vue de la méthémoglobinurie. Il faut observer cependant que Hoppe-Seyler signale l'existence de la méthémoglobine dans les urines, dans les cas d’empoisonnement par l'hydrogène arsénié et que l’on sait d'autre part qu'il pourrait bien se produire dans ces cas de la méthémoglobine dans le sang.

Il me paraït rationnel d'admettre que la méthémoglobine peut dans certaines circonstances être éliminée en nature par les reins, puisqu'il est établi qu’elle peut prendre naissance dans le sang et que d’ailleurs on l’a trouvée fréquemment dans les urines hémoglobinuriques, sans nier pour cela que la méthémoglobine puisse se former dans les urines aux dépens de l'oxyhémoglobine. Cette manière de voir concorde, du reste, avec celle de Hayem qui, comme je l’ai déjà indiqué, pense que la méthémoglobine dissoute dans le sérum sanguin se détruit d’abord pour donner les mêmes produits d’oxydation que l’hémoglobine, entre autres de l’urobiline qui apparaît dans les urines. Si la proportion de méthémoglobine devient plus forte, la méthémoglobine peut s’éliminer par les reins et 1l se produit alors de la méthémoglobinurie.

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