CHAP. I. — LE RÔLE DE LA MONNAIE
tous les points de leur parcours, mais ils ont le mérite d’en créer de nouveaux ; nous en avons tous les jours la preuve sous les yeux. Un chemin de fer est établi dans une contrée qui en manquait et qui n’avait pas de moyens de communication faciles ; la première année les transports sont très-limités, la deuxième année ils augmentent, et au bout de trèspeu de temps Je matériel devient insulfisant, toutes les prévisions sont dépassées. Que s’est-il passé pour opérer un tel résultat? Il y a eu tout simplement ce fait, que de nouvelles industries se sont créées sur le parcours du chemin de fer, que celles qui existaient ont développé leurs produits, et cela parce qu’on a eu à sa disposition un moyen de transport plus commode, plus rapide et à bon marché. Il en est de même pour les métaux précieux. Une découverte comme celle des placers de la Californie et de l’Australie, en fournissant au monde en plus grande quantité l’instrument d’échange, devait agir nécessairement sur le mouvement des affaires et le développer davantage, c’est là ce qui renverse le raisonnement des auteurs qui prétendent que l’exploitation des mines est un travail stérile, parce qu’il ne tend ' qu’à augmenter le poids de la monnaie, et c’est aussi
ce qui rend insufiisaute l’explication de M. Newmarch, qui ne voit de source de richesse dans les mines nouvelles que par le travail qu’elles ont procuré. M. Hume a dit, en parlant de la monnaie, qu’elle n’était pas un des rouages du commerce, qu’elle en était seulement l’huile qui rend le mouvement plus facile et plus doux. Nous croyons qu’il se trompe, et que la monnaie est précisément un de ces rouages du commerce, et un des plus essentiels ; mais, en s’en tenant à son explication, on trouverait encore que plus l’huile est abondante, plus on ale moyen de rendre les rouages actifs, et plus même on peut en créer de nouveaux. Les mines d’or ont donc aidé elles-mêmes au mouvement commercial qui était destiné à les absorber. Maintenant dans quelle mesure l’ont-elles fait? Les produits qu’elles ont fournis ont-ils été seulement proportionnels au mouvement d’affaires qu’elles ont fait naître ? ont-ils été plus considérables? En un mot, y a-t-il dépréciation dans la valeur monétaire parce que l’offre aurait dépassé la demande, c’est la question que nous voulons examiner.