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Nous avons dit que l'on retrouvait dans les grammes byzantines les sept octaves diatoniques de l'antiquité. En effet, le troisième mode plagalj avec si pour base ou mode grave, n'est autre chose que le mixolydien antique, non altéré, (au moins dans son ambitus strict) :
Au point de vue de la composition des intervalles, le quatrième plagai est semblable au lydien antique, sauf l'intervalle de cinq quarts de ton qui existe entre le premier et le second degré de son échelle. Mais nous devons faire cette restriction que, d'après les exemples que nous avons cités, il en diffère au point de vue de la coupe de l'octave.
La gramme phrygienne se retrouve dans la variété du quatrième mode qui a pour finale ré et dans un certain nombre de mélodies du premier mode plagal.
Toutes les mélodies de ce dernier mode ne sont pas phrygiennes ; nous avons vu qu'il faut faire une distinction. — Les unes, celles qui ont pour finale ré et pour dominante la, sont des mélodies hypodorienncs transposées à la quinte inférieure (ce qui explique la présence du si bémol), — Les autres, celles qui ont pour finale sol, sont des mélodies phrygiennes transposées à la quinte inférieure ou à la quarte supérieure, ce qui justifie aussi la présence du si bémol. Dans ces mélodies, la fondamentale harmonique est ut, et la finale 50/ est une dominante. Quelquefois, comme dans le chant 'Haaia, yopeue, la transposition a lieu à la qnarte inférieure; dans ce cas le si est naturel, mais le fa est dièse.
La plupart des mélodies phrygiennes appartenant au premier mode plagal sont transposées : au contraire, nous trouvons la gamme phrygienne non transposée dans les mélodies appartenant à cette variété du quatrième mode qui a pour finale ré.
Le mode dorien, comme nous l'avons dit, a une analogie évidente avec le >.eyeToç. Vambitus de cette variété du quatrième mode qui a mi pour finale, réduit à son étendue stricte, ne diffère en rien du dorien qui était le mode hellénique, par excellence. Le fa, il est vrai, est quelquefois demi-dièse, et le ré Test constamment. Mais le ré n'est pas compris dans ïambitus du mode, et le fa ne devient demi-dièse que par attraction.
L'espèce de prédilection que les maîtres byzantins semblent avoir eue pour le XeyeToç et le bonheur mélodique dont ils ont fait preuve, presque toutes les fois qu'ils ont composé dans ce mode, ne contribuent-ils pas à rendre plus vraisemblable l'origine grecque que nous lui attribuons?
Le mode hypolydien se reconnaît dans toutes les mélodies du troisième
mode et du troisième plagal avec fa pour base. Dans la gamme antique, il est vrai, le si est naturel, et, dans le mode byzantin, il est bémoL Mais
nous retrouvons cette même transformation du mode antique dans les mélodies du cinquième ton de notre chant grég^orien, dont la filiation avec l'ancienne musique grecque n'a jamais été contestée.
« La substitution fréquente du si bémol au si naturel, motivée par la dureté de Tintonation de triton, a eu de bonne heure pour effet d'entamer rintég'rité du mode hypolydien. L'échelle de fa s'est ainsi transformée en une échelle à' ut transposée, entièrement semblable à l'octave lydienne, quant au placement des tons et des demi-tons, mais distincte de celle-ci par la façon dont elle se divise en quinte et en qvarte. De cette nouvelle octave à'iit est né notre majeur moderne {Vionims de Glaréan) qui, peu à peu, a supplanté l'antique hypolydien (1). »
Qui sait du reste si la gramme majeure n'a pas été appliquée chez les Grecs eux-mêmes? La faculté qu'ils avaient d'employer tour à tour les deux systèmes conjoint ou disjoint (réunis dans le système immuable) leur permettait de faire entendre dans la même mélodie le si nature ou le si bémol. Or, de l'emploi du système conjoint (c'est-à-dire du si bémol) dans le mode hypolydien, naît une gamme semblable à la nôtre.
L'octave hypophrygienne se rencontre dans cette variété du quatrième mode, appelée ayia, qui a pour finale sol{2)j (et peut-être dans le second mode).
Enfin l'octave hypodorienne se retrouve dans le premier mode et dans les mélodies du premier mode plaçai qui ont pour tonique ré et pour dominante la, avec le si bémol. Les unes et les autres se trouvent généralement transposées à la quinte inférieure.
Le second mode de la musique ecclésiastique ne saurait être ramené d'une manière certaine à aucun mode diatonique proprement dit. C'est là un type original et propre à la musique byzantine. Mais notons un fait qui n'est pas sans intérêt : chez les Serbes, qui ont la même liturgie que les Grecs, le second mode de la musique ecclésias-
(i) Gevaert, Histoire et théorie de la musique de V antiquité, p. 138.
(2) Avec cette restriction que, d'après les mélodies que nous avons citées, l'octave sol-sol semble devoir être partagée en quarte et quinte, et non en quinte et quarte.
— Gotique est diatonique, et, par conséquent, reproduit tous les intervalles de Toctave hypophrygienne.
Quant au second plagal, la prédominance de sa gramme dans les mélodies turques lui assîg^ne une provenance asiatique. Toutefois, on trouve dans le chromatique antique les éléments constitutifs de cette gamme (1). Il ne serait donc pas impossible que le second mode plagal dérivât lui aussi de Tantiquité.
(i) Voir Gevaert, EisU et théorie de la musique de V antiquité, p. 292.