Kiener et KeLscu, loc. cit
Conniz et BRAuLT. — Rein. 12
entre la néphrite diffuse et les néphrites systématiques, que dans celles-ci le développement du tissu conjonctif se fera toujours d’une façon beaucoup plus régulière : les granulations seront plus petites et égales entre elles parce que la sclérose est soumise dans ces conditions à certaines règles, et qu’elle se développe à la périphérie des systèmes tubulaires dans toute leur longueur.
Bien des faits de néphrite diffuse chronique terminée par atrophie granuleuse de l'organe ont été confondus avec la néphrite interstitielle classique, parce que leur aspect à l'œil nu est sensiblement le même. Mais l'examen microscopique a établi des différences caractéristiques en montrant que la cirrhose de la néphrite interstitielle proprement dite était une cirrhose systématique d’origine vasculaire accompagnée de lésions considérables du système artériel. La cirrhose rénale des néphrites diffuses, essentiellement irrégulière, a son point de départ dans le tissu conjonctif de l’organe ou bien elle est consécutive aux lésions des tubes, mais elle n'est nullement subordonnée à celles du système vasculaire qui Le plus souvent sont minimes.
Nous en avons fini avec les néphrites diffuses aiguës, subaiguës ou chroniques. Il nous semble utile de terminer ce chapitre qui leur est consacré par quelques considérations générales destinées à mettre en lumièreleurs principaux caractèresdistinctifs.
Elles appartiennent, ainsi que nous l’avons dit à maintes reprises, à un très grand nombre de maladies; dans leurs formes aiguës elles sont presque toujours une manifestation des maladies générales ou infectieuses dont elles ne constituent à vrai dire qu'un épiphénomène. Dans quelques-unes de ces maladies on voit quelquefois (assez rarement d'ailleurs) la néphrite persister, bien que les malades soient entrés en pleine convalescence, et dès lors les lésions prédominent dans telle ou telle partie du rein : d’où certaines variétés que nous avons étudiées l’une après l’autre. Chacune de ces variétés n'a rien de spécifique. Si les glomérules sont fortement intéressés, la durée de la néphrite est très courte, sinon elle peut être beaucoup plus longue; enfin les granulations avec ou sans atrophie, et l'atrophie avec ou sans granulations n'apparaissent que si les lésions du tissu conjonctif sont assez accusées et dirigées dans un certain sens.
NÉPHRITES DIFFUSES CHRONIQUES 179
Nous tenons à conserver l'expression de néphrite diffuse, beaucoup plus compréhensive que celles qui ont été proposées pour désigner ce groupe de néphrites. Elle correspond aux anciennes dénominations de néphrites parenchymateuses et de néphrites épithéliales, mais puisqu'il est démontré que les épithéliums ne sont pas seuls atteints, pourquoi conserver ces expressions inexactes ? L'expression de néphrite mixte est-elle plus avantageuse ? Nous ne le croyons pas. Dans l'esprit des auteurs qui l’ont employée, néphrite mixte signifie néphrite à la fois parenchymateuse et interstitielle. Il est facile de démontrer que cette appellation est défectueuse et qu’elle ne correspond à rien de réel. La néphrite parenchymateuse renferme en effet la néphrite glomérulaire, la néphrite terminée par dégénérescence graisseuse ou compliquée d’altérations amyloïdes, certaines néphrites infectieuses et la dégénérescence graisseuse elle-même. La néphrite interstitielle correspond aussi à des processus très dissemblables dont le point de départ est tantôt le tissu conjonctif, tantôt les épithéliums, tantôt le système vasculaire !.
Or, il ne faut pas oublier que l'étude anatomo-pathologique des organes ne peut donner de notions utiles que si l’on essaie d'en reconstituer l’évolution. La seule classification rationnelle des néphrites doit donc avoir pour base l’évolution des lésions : c'est pour ce motif que nous avons préféré à toutes les dénominations celle de néphrite diffuse, parce que, dans ce groupe de néphrites, les altérations sont essentiellement diffuses dès le début. Tous les éléments du rein sont d’abord touchés à la fois; la prédominance des lésions sur tel ou tel point ne s’accentue que par la suite.
Si l’on cherche à établir des divisions et des subdivisions dans le groupe des néphrites sans tenir compte de l’évolution, on arrive rapidement à tout confondre ; la comparaison des caractères macroscopiques de lésions arrivées à leur terme ultime ne fournit que des analogies grossières.
Tous les auteurs qui ont tenté, dans ces derniers temps, une classification des néphrites se sont vus obligés de prendre pour base de classement des caractères d'évolution et ces caractères
1. Le développement du tissu conjonctif dans les néphrites diffuses (atrophie secondaire de Bartels) se fait tout autrement que dans les cirrhoses primitives dont l’origine est dans la glande et les vaisseaux (atrophie primitive de Bartels).
se retrouvent avec leur plus grande netteté dans les premières périodes des néphrites. Aussi peut-on constater qu’en variant un peu dans le détail, Weigert, Kelsch et Kiener et Rosenstein sont arrivés, comme nous, à des vues d'ensemble assez comparables entre elles.
Ainsi Weigert montre que si les reins diffèrent les uns des autres par le volume, la coloration etl’aspect général, ces variétés dépendent de la durée de l’affection, de l'intensité del’hypérémie, et de la plus ou moins grande étendue de la dégénérescence graisseuse. La conclusion qu'il en tire, c’est que les différents aspects macroscopiques, présentés par le rein, sont en rapport avec l'évolution et le mode de répartition des lésions, mais ne correspondent pas à un stade particulier d’un processus dont les premiers degrés seraient représentés par le gros rein blanc, et les derniers par le rein atrophique. Toutefois, nous verrons plus tard que Weigert n’admet pas, comme nous, que les types anatomiques soient distincts dès le début; il explique les diverses variétés de néphrites par des lésions en plus ou en moins.
Kelsch et Kiener divisent les néphrites en deux grands groupes : les néphrites diffuses ouglomérulaires, et les néphrites à granulations de Bright. Nous devons faire remarquer que les néphrites à granulations de Bright sont également des néphrites diffuses, et qu’elles ne constituent qu'une des variétés de ces néphrites : les glomérules ne sont pas indemnes dans cette variété, mais ils sont moins lésés que dans l’autre.
Il est un groupe de néphrites sur lequel les auteurs précédents n'ont pas insisté d’une manière assez précise, c’est celui auquel nous proposons de donner le nom de néphrites systématiques et dont nous allons nous occuper maintenant.