Revue mensuelle, t. II, p
4. Zeitschrift f. Klinisch. med. t. II, p. 233, cités par M. Lépine, note additionnelle VII, Loc. cit.
Corniz et BRAULT. — Rein. : 19
vessie. L'urine des femmes est toujours souillée, lorsqu'on la recueille ainsi, par les microbes qui se trouvent à la vulve; aussi convient-il de s’en tenir aux examens faits chez l'homme. L'urine étendue sur une ou plusieurs lamelles est desséchée puis colorée par les procédés que nous avons indiqués plus haut, par la liqueur d’Ebrlich ou par le violet B.
M. le professeur Bouchard a développé, dans plusieurs communications ?, cette idée générale que, dans toutes les maladies infectieuses, rougeole, érysipèle, ostéomyélite, amygdalite, pseudo-rhumatismes, angine diphthéritique, fièvre typhoïde, ete., l'urine contenait les microbes spéciaux de ces maladies en même temps qu'une variété particulière d’albumine, de l’albumine non rétractile; au contraire, dans l’albuminurie des néphrites chroniques, l’albumine est rétractile après qu’elle a été coagulée par la chaleur et qu’on la laisse reposer dans le tube à expérience. M. Bouchard avait observé, sur 65 dothiénentériques, 21 malades qui présentaient dans les urines de l’albumine, rétractile et chez tous il y avait des bactéries bacillaires pendant la durée de l’albuminurie. Sur ces 21 typhiques 9 ont succombé, et l’autopsie, toutes les fois qu'elle a pu être faite, a révélé la présence de bactéries bacillaires dans le tissu rénal et démontré les lésions épithéliales particulières aux néphrites transitoires. Malheureusement les autopsies se font, en France, à un moment trop éloigné de la mort pour que les examens post mortem aient toute la rigueur désirable.
Kannenberg ?, qui poursuivait en même temps des recherches analogues, a rencontré quelquefois, dans les urines fraîches, des micro-organismes de forme sphéroïde ou en courts bâtonnets ; mais dans toutes les maladies aiguës le nombre des bactéries est augmenté d’après cet auteur, principalement dans les maladies infectieuses. Il ÿ avait en particulier beaucoup de ces organismes dans la fièvre récurrente. Mais le microbe spécial de la fièvre récurrente, le spirille découvert par Obermaier dans cette maladie, ne se montrait généralement pas dans l’urine ; il
1. BoucuArD, Bulletin de la Société clinique de Paris, 25 juin 4880; Société de
Biologie, 6 nov. 1880, et Transactions du Congrès médical international de Londres, vol. I, 1881, p. 346 : Des néphrites infectieuses.
2. Sur la néphrite dans les maladies infectieuses, Zeitschrift für klin. Med. von Frerichs u. Leyden, Fascic. 3.
n'y passait que lorsque l’urine contenait du sang (Lépine, Note additionnelle VII, p. 640). M. Kannenberg pense, il est vrai, que les micrococci contenus dans l’urine des malades atteints de fièvre récurrente proviennent des spirilles; mais rien ne le démontre.
M. Lépine ajoute en guise de conclusion :
« En somme, la présence de microbes dans le rein, surtout st l'autopsie est faile au moment de la mort, témoigne en faveur de l'origine infectieuse de la néphrite ; en l'absence du corps de délit dans le rein, l'existence des microbes, dans l’urine recueillie avec les précautions voulues, n’est démonstrative que si l’on peut démontrer que ces microbes sont identiques au microbe que l’on sait ou que l’on croit être l’agent de la maladie. La preuve serait absolue si, en cultivant le microbe contenu dans l'urine et en inoculant le produit de cette culture à des animaux, on reproduisait la maladie générale. »
Ces conclusions sont parfaitement sages et justes, mais il n'est pas possible de prétendre réaliser toutes ces conditions probatoires pour plusieurs maladies infectieuses comme la scarlatine, le typhus, la fièvre typhoïde, la fièvre intermittente, car, jusqu'ici, il est douteux qu’elles se reproduisent avec des caractères indéniables chez les animaux. On ne peut avoir en ce moment de données complètes que pour le charbon et pour les maladies expérimentales, en particulier celles qui succèdent au jéquirity ‘. Provisoirement on recherche le premier élément du problème posé à savoir la détermination de l'espèce et des caractères morphologiques des microbes observés sur les reins frais, de leur siège, de leur disposition et des lésions du parenchyme qui sont liées à leur présence.
Dans cette voie nous pouvons enregistrer une série d’observations intéressantes publiées récemment et qui serviront de complément aux descriptions que nous avons déjà données des lésions à propos des néphrites aiguës et subaiguës.
Fièvre jaune. — La fièvre jaune est une des maladies géné-
4. M. Markwaup a fait sous la direction de Leypen des injections de liquides putrides, renfermant des bactéries ; il a ainsi déterminé des néphrites, de l’albuminurie et les cylindres examinés dans l'urine étaient couverts de bactéries; M. Lurren arrive à des conclusions analogues (Zeitschrift für kl. Medicin., t. IT, p. 452, cités par M. Lépine, note add. VII, p. 6317).
rales dont la localisation sur le rein est la plus intense et la plus constante. Il semble, d’après la marche et les symptômes de la maladie, que les troubles des sécrétions biliaire et urinaire dominent àun moment donné la scène pathologique, et il résulte aussi de l'anatomie pathologique que le foie et le rein, ainsi que l'estomac sont atteints très profondément. La recherche des microbes tentée par MM. Carmone Villa, Domingo Freire etde Lacerda n’a abouti à aucun résultat sérieux faute de méthodes réellement scientifiques. M. de Lacerda a eu l’obligeance de nous envoyer au laboratoire d'anatomie pathologique, au milieu de l’année 1883, des morceaux du rein et du foie recueillis peu de temps après la mort et qui étaient très bien conservés. M. Babes ‘ en a fait l'examen. Il a trouvé par places, dans les vaisseaux du rein et du foie, des filaments courbés du diamètre de 0,6 à Ou,8, de longueur variable, composés par des grains elliptiques, presque cylindriques, disposés deux à deux, formant de petits groupes dans lesquels ils sont unis par une substance intermédiaire pâle. Les filaments sont composés ainsi de deux à six diplococeus. Ils tapissent la paroi des vaisseaux ou bien ils forment des pelotons plus ou moins denses dans leur intérieur. (Voyez pl. XVI, fig. 2 c’.) Lorsque ces bactéries intravasculaires sont disposées en amas volumineux, les filaments se colorent moins bien que lorsqu'ils sont plus isolés ; cependant on en voï oujours quelques-uns qui sont plus colorés que les autres. Les vaisseaux, remplis de bactéries, ne contiennent plus de globules sanguins. Pour mettre en évidence les bactéries, on colore les coupes du rein avec le violet de méthyl B de la fabrique de Bâle.
Ces bactéries sont en relation avec des lésions inflammatoires assez intenses du parenchyme rénal qu’elles dominent.
La capsule fibreuse du rein est épaissie et embryonnaire à sa partie profonde. Ce tissu enflammé se continue par places dans l'écorce rénale sous forme de cônes dont la base confine à la capsule, et dont le sommet profond répond d'habitude à des vaisseaux artériels remplis des microbes précédents. Il existe aussi dans la profondeur de petits foyers inflammatoires où l’on
1. Comptes rendus de l’Acad. des sc., 17 sept. 1883, et Contribution à l'étude
des lésions aiguës du rein, liées à la présence des microbes ; le rein et le foie dans la fièvre jaune. (Archives de physiologie, 3e série, t. I, 1883, p. 442).
trouve des vaisseaux contenant les mêmes bactéries. Le tissu conjonctif est œdémateux et en partie embryonnaire dans tous ces foyers superficiels ou profonds. Quelques glomérules sont enflammés, homogènes; les vaisseaux capillaires sont remptis de sang. Les cellules épithéliales des tubuli contorti sont tuméfiées, granuleuses, parfois vésiculeuses. Lalumière des tubes est remplie par une masse granuleuse avec des vacuoles à sa limite. Les cylindres qui occupent souvent la lumière des tubes, sont formés les uns de gouttelettes hyalines à double contour, volumineuses, comme framboisées, très fortement colorées par le violet de méthyl, les autres de petites gouttes égales, pâles, : isolées ou réunies. |
Les figures 1 et 2 de la planche XVI représentent, la première, les lésions d'un glomérule, la seconde celle des tubes contournés.
Dans la figure 1 on voit l’artériole afférente d’un glomérule et quelques-uns des vaisseaux glomérulaires qui lui font suite remplis en partie de filaments allongés composés de spores. Les vaisseaux du glomérule sont dilatés et remplis de sang.
Dans la figure 2 on apprécie les lésions des cellules épithéliales des tubuli contorti qui sont tuméfiées, granuleuses, vacuolaires comme dans une néphrite aiguë parenchymateuse. Au centre de plusieurs tubes, il existe un vaisseau capillaire dilaté c’contenantune grande quantité de filaments composés de grains qui sont très faciles à voir parce que la figure est dessinée à un très fort grossissement.
La coexistence des mêmes microbes et d’inflammations parenchymateuses du foie et du rein, fait supposer qu'il s'agit bien, dans ce fait, des micro-organismes de la fièvre jaune, mais il faudrait assurément que leur constance et que les lésions rénales fussent affirmées par d’autres examens ; il serait utile de savoir aussi si les bactéries passent dans les urines. En un mot, l'excellente description anatomo-pathologique de M. Babes constitue simplement un jalon, une pierre d'attente.
Variole. — Les microbes ronds ou micrococei de la variole, ont été étudiés et décrits par M. Weigert, dans la peau d’abord en 18741; dans une seconde publication sur le même sujet,
1. W&Icerr, Anatomische Beitrage zur Lehre von den Pocken. Breslau, 1874.
Explication de la planche XVI.
LÉSIONS DU FOIE ET DU REIN DANS LA FIÈVRE JAUNE. — LÉSIONS DU REIN CONSÉCUTIVES A UNE OSTÉOMYÉLITE
FiG. 1. — Elle représente une partie d'un glomérule dans la fièvre jaune; l'artériole afférente v du glomérule est presque entièrement remplie par des bactéries en filaments, composées de petits grains. Quelques bactéries de même nature se trouvent dans quelques-uns des vaisseaux qui font suite à l'artériole. Le glomérule occupe la gauche de la figure. A droite et en haut on voit une section d’un tube urinifère.
fic. 2. — Coupe de la substance corticale représentant en £ une section d'un tube urinifère dont les cellules sont tuméfiées, granuleuses et possèdent un protoplasma vacuolaire à leur bord libre. En # une partie de la section d’un tube altéré de la mème façon dans la lumière duquel on voit des boules claires entourées de fines granulations. Le vaisseau capillaire sanguin c', est dilaté et contient une quantité de filaments composés de spores. Grossissement objectif n° 40 à imm. homog. de Vérick, oc. 3.
Entre les deux figures 1 et 2 se trouve une petite figure qui représente un capillaire », rempli de filaments bactériens, entouré de cellules hépatiques cA. Ces cellules hépatiques sont percées de vacuoles g. Grossissement de 250 diamètres.
Fic. 3. — Un glomérule de Malpighi dans [une néphrite consécutive à l’ostéomyélite. Le glomérule g présente plusieurs anses vasculaires c remplies de micrococci et formant par leur agglomération une masse grenue; v, capillaire péricapsulaire; v’ section de l’artériole afférente du glomérule qui est remplie de microbes.
Ces trois figures ont été dessinées par M. Babes d’après ses préparations.
: sa Het LA | | P PR DA UL D ee Horn) ct PL. XVI.
Félix Alcan, Éditeur
Ancienne Librairie Germer Baillière et C!®