‹ Études sur la philosophie morale, au XIXe siècleChapitre 14 sur 72 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

MORALE POSITIVISTE ET CONSCIENCE CONTEMPORAINE 3n

qui doit sans doute être exercée individuellement1 (on sait l'hostilité de Comte à l'égard du socialisme, où il ne voit qu'un communisme), mais dont le fondement exclut d'avance toute prétention de l'individu à mettre son droit en travers de l'intérêt économique de la collectivité. Aussi le dilettantisme et les abus de la cupidité ou de l'avarice sont vices de même sorte qui relèvent de l'égoïsme au sens profond du mot. Politiquement, l'individu reste libre, et nous avons vu le souci constant, chez Comte, de lui éviter la contrainte et l'oppression. Mais enfin, moralement, il ne s'appartient pas : il se doit au corps social, et c'est sa fonction dans ce corps qui fait sa dignité. Il y a même ici d'heureuses compensations. Les fonctions les plus humbles étant en même temps les plus immédiatement nécessaires et conditionnant l'exercice des plus élevées, le plus modeste travailleur en reçoit une dignité comparable à celle des plus éminenls. C'est ainsi qu'à sa manière, toute concrète et toute sociale, en partant de la collectivité, et non de l'individu, Comte retrouve le principe, si fondamental dans la morale de la Révolution ou du kantisme, de l'égalité des personnes morales comme telles, et du respect qui leur est dû.

Si, objectivement, la société fournit à l'individu sa règle, subjectivement le motif social ou altruiste doit sans cesse être présent à la conscience et rectifier ou sanctifier jusqu'aux, impulsions naturelles et légitimes de l'instinct ou de l'intérêt personnel. C'est en partie pour y aider que Comte croit nécessaire l'institution de sa religion. Ainsi de même que, suivant Comte, c'est

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le « bon sens universel o retrouvé et dégagé par 1 histoire de l'humanité qui constitue en quelque sorte La raison où chacun reconnaîtra sa propre raison, de même, c'est la société (l'Humanité) qui devienl coin nu- la conscience extérieure «le L'individu. Pour cela il esl nécessaire que son contrôle puisse s'exercer d'une manière permanente. De là cette maxime, vraimenl belle dans sa simplicité, et à laquelle ( iomte attache tant de prix : « Vivre au grand jour'. » Elle esl comme le complément uaturel <le la maxime Fondamentale: « Vivre pour autrui», puisque quiconque refuse de vivre au grand jour scia Légitimement soupçonné de ne pas vouloir vivre pour autrui, cl que Le seul fait de se cacher de la société esl connue L'aveu de motifs ou d'actes égoïstes et antisociaux. C'est au nom de cette maxime qu'il a dénoncé avec tant d'énergie comme immorale la législation de i83i sur la diffamation3, incompatible, suivant lui, avec La nécessité de la formation d'une opinion publique, et uniquement destinée à protéger contre ses jugements la vie privée des gouvernants ; comme si. pense-t-il, l'homme dont la vie privée manque de dignité pouvait mériter aucune confiance comme homme public.

\u--i non seulement le principe de la morale n'est pas individuel, mais il n'y a pas de séparation possible entre la moralité individuelle et la moralité sociale. Comte esl ici placé aux antipodes, il faut l'avouer, de la plupart des systèmes de morale contemporains. Mais en cela, il est. croyons-nous, beaucoup plus près de la

i. Voir en particulier Pot. j>os.. I\ . '1Ô9. u. Ibid., II, 230.

réalité que ces derniers, s'il est vrai que scientifiquement c'est le devoir social qui fonde le devoir individuel, et qu'en effet, déplus en plus, dans la conscience contemporaine, il contribue à le déterminer et à le développer.

Notre intention n'est pas de passer en revue les divers éléments de la morale pratique de Comte. Ce n'est pas qu'on n'y trouve nombre d'idées attachantes et même quelques belles inspirations. Nous trouverions sans doute quelque intérêt dans l'examen des thèses de Comte sur les devoirs de l'homme envers la femme (l'homme doit nourrir la femme) ' et la fonction purement morale, non économique ni politique, de celle-ci dans la société : sur la perpétuité du mariage et même du veuvage ; et surtout sur 1 extension de la liberté d'adopter et de tester 2. Notre attention pourrait être retenue par ce principe si avancé, sous sa forme paradoxale et peu moderne, de la « gratuité du travail humain ' », selon lequel le salaire ne peut payer le travail, mais seulement l'entretien du travailleur et des inslru ments ; et nous verrions par là de nouveau quelle haute idée se faisait Comte de la dignité delà personne humaine.

Mais tous ces détails sont suffisamment connus et un simple travail d'analyse, à la portée de tout lecteur,

i. Poî. pos., II, 99.

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