‹ Études sur la philosophie morale, au XIXe siècleChapitre 16 sur 72 · LA MORALE DE RENOUVIER · texte numérisé non relu

LA MORALE DE RENOUVIER

Par A. Darlu,

Inspecteur général de l'Instruction publique.

La Science de la morale1 est un ouvrage d'une lecture difficile qui le défend contre toute curiosité frivole et qui a nui même sans doute à l'espèce de popularité qu'il méritait d'obtenir dans le monde philosophique. Ce n'est pas que les idées soient obscures. Au contraire, la philosophie de Renouvier répond bien aux besoins etaux habitudes de l'entendement français. Mais l'exposition est pénible, embarrassée. Il faut souvent revenir sur ses pas, il faut rapprocher des chapitres que l'auteur a séparés. La pensée est trop dense et déborde sans cesse l'expression, en même temps que le développement est souvent traînant. Je puis répéter une confidence que me fit un jour le regretté Marion, car elle donnera une idée favorable du caractère modeste de notre philosophe. Il avait proposé à Marion de récrire son livre. C était chose impossible : la griffe du maître y est empreinte ; les pages fortes et d'une beauté massive n'y sont pas rares ; chaque phrase a son poids ; chaque développement est un anneau de la chaîne... Après tout, dans un ouvrage de ce genre, les défauts de l'ex-

i. 2 vol. in-8, 608 p., 592 p., chez Ladrange.

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pression son! chose secondaire. Peut-être même est-il bon, en définitive, que l'abord n'en -<>il pas trop facile.

/." Science de I" morale a été publiée en !*<><). il 3 ;i .'! 'i ans. après les Essais de critique générale <|ui on! paru successivement en isV|. 1859, i864 el <|ui contenaient la philosophie générale de l'auteur. L'ouvrage a vieilli sur certains points, comme il esl inévitable. Des formules que le temps imposait, telles que le droit au travail, ont disparu «le nos discussions. De grands événements se sont produits, dans l'ordre de la politique extérieure notamment, qui ont changé la face <lc l'Europe ou plutôt de la terre : des idées nouvelles ont apparu, des éléments nouveaux se sont formés, qu'il faudrait introduire dans la doctrine et chercher à n intégrer. Cependant l'ouvrage reste debout, comme un monument imposant, et domine de liant les œuvres, moins solides, qui ont paru depuis. Telle est, d'ailleurs, la lenteur de l'évolution c\c^ mœurs, qu'il a gardé sur beaucoup de questions un caractère d'actualité très frappant. Et pour la solution des problèmes en partie nouveaux il nous propos,, mie idée directrice qui me paraît être d'accord avec la marche des idées démocratiques dans tous les pays et avec la plus pure tradition de la France.

Car il est inspiré par l'esprit de la Révolution française. Renouvier esl comme Quinet, cou mie Proudhon, comme Michelet, un fils delà Révolution, lise réclame de kanl el il se présente modestement comme un disciple de la philosophie critique. Mais Kanl lui-même avail subi profondément l'influence de notre Révolution, et on peut dire «pic sa doctrine morale et surtout .sa doctrine du droit en réflètenl l'esprit. D'ailleurs

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