‹ Études sur la philosophie morale, au XIXe siècleChapitre 21 sur 72 · T. II, p · texte numérisé non relu

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salariés sonl placés dans une condition non seulement à n'avoir pas de propriété à eux, mais à ne pouvoir en acquérir aucune, à se trouver réduits aux stricts moyens de vivre au jour Le jour, à s'interdire toutes fins plus éloignées ou d'une nature intellectuelle et morale, à dépendre par conséquent des propriétaires et des créanciers presque aussi matériellement, si ce n'est moralement, que s ils faisaient partie <lu capital de ceux-ci, à la seule charge des frais d'entretien qui ne sont pas même garantis au delà du temps où le travailleur a la force nécessaire pour employer l'instrument qu'on lui prête, ni calculés pour y suffire... Il y aurait sans doute à tenir compte des exceptions nombreuses et croissantes qui se produisent à mesure que la classe des non propriétaires est plus capable de connaître le droit et de débattre ses intérêts: et la manière dont s'introduit ce. progrès est intéressante, mais ne va pas au fond de la question... L'étendue du mal n'est pas ce qui moralement importe: n y eùl-il que peu de personnes, une classe extrêmement réduite à qui le régime du salarial ferait celle situation, un usage de la propriété qui y conduirait nécessairement devrait être condamné en droit l. »

Plus généralement encore, la valeur économique doit, de même, être conçue rationnellement sous la loi de justice, an lieu de résulter empiriquement de la lutte, lutte pour le cou liât des salaires. In Ile sur le prix des produits. Rationnellement, la valeur du travail ne devrait dépendre que de deux facteurs, la durée du travail et l'effort déployé pour l'accomplir. Il est contre

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la loi morale d'assigner plus de valeur à un travail <^ui m' réclame pus plus de temps ni plus d'efforts. La quantité de travail, seule, devrait être objet de commerce. Toute estimation vénale de La qualité du travail est un prélèvement injuste de l'espèce d'un travail sur une autre espèce, c'est-à-dire au fond de l'homme sur l'homme.

Et sur celle base se fixerait le juste prix des produits. Il n'y aurait qu'à y faire entrer le prix des matières premières calculé en sommes de travail, le prix des travaux divers de la production, les frais d'amortissement, l'intérêt du capital. Lin juste commerce ne ferait payer que son travail estimé au taux commun, ses frais et ses loyers.

On voit si nous sommes loin de l'état social actuel ! L'antinomie éclate dans toute son étendue entre 1 idéal de justice et l'état de fait.

Mais, à mesure, la solution recule, de plus en plus insaisissable. Car. pour rendre tout d'un coup 1 état de paix conforme à l'idéal il n'y aurait d'autre ressource que de substituer au régime de la liberté de fait qui est imparfait, mais auquel nous devons tout notre progrès social, le régime de l'autorité qui est mortel. La seule socialisation du commerce opérée par l'Etat accroîtrait d'une manière effrayante la puissance des gouvernants et de tous ceux, grands électeurs ou fonctionnaires, qui auraient part au gouvernement ; alors qu en fait la classe libre des commerçants a toujours été de celles qui opposent la plus grande; résistance aux usurpations du pouvoir1.

De même, la fixation des valeurs cl des prix par 1 au-

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-o l\ PHILOSOPHIE MORALE U \l\ SIÈCLE

torité publique réclamerail des statistiques minutieuses, incessammenl tenues au courant, à peine concevables en imagination; un calcul <lu revenu net* presque impossible, puisqu il y faudrait supposer connus les prix qui, eux-mêmes, dépendraient «lu revenu nel : elle exigerai! des déclarations sincères de tous !<•> intéressés on une inquisition insupportable... Bref, «'Ile supposerail un étal généra] de vertu H «I honnêteté qui, dès lors, ht rendait inutile, ou elle atteindrai! la liberté individuelle jusque dans sa source.

I ) ailleurs, en l'ail, c'est par des stipulations libres

attribuan! des valeurs inégales e! variables à des ira\ aux différents en qualité que ses! constituée de bonne heure une classe d'hommes d élite qui ont procuré à la société des biens qu'elle ne poursuivai! pas directement ou (|ii elle ignorait, el que se son! accumulées les connaissances ( j 1 1 i semblent totalement désintéressées, et, par dessus tout, des biens de nature intellectuelle ou morale qui n'ont pas de prix vénal. Faut-il, en supprimant les loisirs et les apprentissages longs, abstraits et -uns ulililé sensible, risquer de découronner l'humanité de ses plus hauts attributs ' ?

Enfin, el c'est la difficulté suprême à laquelle nous nous heurtons toujours, la morale ne pou! prescrire à une personne OU à un groupe de personnes la conduite qu'elles ne pourraient tenir effecl i\ emenl que sous condition de la réforme de tous. Le commerçanl qui voudrai! renoncer, pour sa part, au régime de la concurrence avec son cortège d'injustices de Ion! genre, irai! à la ruine. L'industriel, le groupe de producteurs, le pays

i. T. II, p. 119.

LA MORALE UK ItKNOUYlEIt

même ([ni voudrail établir la justice dans le régime du travail succomberai! à la majoration inévitable du prix des produits sur le marché universel. Quant au recours à la violence, la révolution, la l'évolution sociale serait le pire des remèdes: car fatalement elle détruirait ce qu'il y a de paix consolidée dans l'état de guerre actuel.

Il y a clans l'idée de la révolution sociale une contradiction interne qui la condamne. Elle suppose que la société, c'est-à-dire toutes les personnes réunies, dans leur même état de moralité actuelle, seraient capables de faire ce bon usage de la liberté qu'elles ne font pas isolément, et qui, s'il était possible, rendrait la révolution inutile. Voilà le vice commun des utopies: « elles demandent à une action extérieure, c'est-à-dire à quelque autre chose qu à la vertu, les conséquences de la vertu sur la terre. »

Le mal que la liberté a causé, il n'y a que la liberté qui puisse le réparer. Le moraliste doit compter sur l'amélioration des mœurs, sur la bonne volonté des meilleurs citoyens, sur l'effort des travailleurs euxmêmes. Il doit rappeler sans cesse à l'industriel le devoir moral qui lui incombe d'appeler, autant que possible, les salariés au partage du revenu net, par exemple, par la participation aux bénéfices (ce qui n implique nullement la participation aux pertes); au commerçant le devoir impérieux, quoique non précis, d'apprécier le plus équilablemcnt possible le droit de l'acheteur ; à tous, ù chacun, le devoir d'agir selon ses forces, sur la marche des institutions et des lois, en vue d'amener la reconnaissance du droit . si restreinte que soit celleaclion, si lente et réduite que puisse être cette transformation.

Mais, surtout, il lui appartient de recommander le

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