‹ Études sur la philosophie morale, au XIXe siècleChapitre 23 sur 72 · LA MORALE OK RENOUVIER · texte numérisé non relu

LA MORALE OK RENOUVIER

1897 qu'il les tenail toujours pour vraies. Il ajoutait seulemenl qu'il était plus frappé aujourd'hui « du danger (juo fait courir à la civilisation la mauvaise volonté des classes dirigeantes d'entrer dans la voie des réformes économiques sérieuses' », jugement qui paraîtra considérable, si le rapide aperçu que j'ai donné de sa théorie du droit économique a tait sentir la modération de sa pensée, et la pondération de l'inspiration de justice et du sens fort des réalités et nécessités sociales qui la caractérise.

Dans la théorie du droit politique, qui me parait la partie la plus faible de l'ouvrage, il y aurait cependant à relever des considérations d'un intérêt toujours actuel, relatives à l'idée de la représentation politique, au principe des majorités, et, notamment au droit pénal. Je signalerai aussi dans la théorie du droit domestique des pages presque charmantes, dans lesquelles un sentiment délicat de l'amour et un parfum d'honnêteté tempèrent la gravité habituelle du philosophe, sur les règles que la morale impose à 1 union des sexes, sans aucun esprit d'ascétisme, sur le mariage, sur le droit égal de la femme dans le mariage, etc. Mais il faut s'arrêter. Je me contenterai de rapporter les conclusions de la théorie du droit international.

Renouvier condamne au nom de la justice la guerre entre les peuples, du moins toutes les formes de la guerre offensive, guerres d'expansion, guerres pré tendues civilisatrices, guerres coloniales. Il condamne

i. Philosophie analytique de l'histoire, t. IV, p. 620.

7 \ LA PHILOSOPHIE MORAL! \l XIX sii.ii

les armées permanentes. [1 condamne l'espril militaire.

Il parle a\cc dureté des généraux qui <>nl besoin a de justifier leurs plumets el Leurs épaulettes ». I n Etat juste no devrait avoir de soldais <|ue volontaires. Les institutions militaires el la diplomatie sont les deux moyens, liés ensemble, <jui corrompent La morale publique: « d'un côté, la violence organisée à laide dune discipline toute matérielle el qui va jusqu'à la destruction de la volonté; de L'autre, la ruse appliquée aux relations de la paix, si bien que La guerre esl partout, tantôt sous l'une et tantôt sous l'autre de ses deux formes essentielles1. » Toutes ces pages datent d'avant la guerre de 1870: elles reflètent Les idées du parti républicain sous le second empire. Mais, ou le voit peut-être, il ne tient qu'à nous d\ retrouver nos préoccupations actuelles. El elles sont sui\ ies d'autres pages sur les conditions de la paix perpétuelle qui resteront longtemps à méditer, non seulement pour les apologistes de la guerre. mais encore el surloul pour les amis de la paix internationale, pour ceux qui nous recommandent le désarmement .N'est-ce pas à tel de nos bommes publics, à L'orateur éloquent du parti socialiste français que s'adressent ces réflexions de Renouvier : « Des esprits semblenl croire que le progrès naturel des rapports internationaux et du droit <\i-s gens, le lieu croissant des intérêts, la raison des gouvernements, plus éclairés qu'ils ne Furent dans le passé, sont des hases suffisantes d'un commencement de fédération européenne... I ne nation comme la France pourrait donner le grand exemple en se renfermant tout d'abord dans une attitude strictement défen-

Page 1