‹ Études sur la philosophie morale, au XIXe siècleChapitre 30 sur 72 · Justice, voir vol. I. p · texte numérisé non relu

Justice, voir vol. I. p

C'est par une opposition que Proudhon introduit la question. Le problème a toujours été posé ; il n'a pas toujours été résolu de même, et, dans le passé, deux solutions ont prévalu dans les sociétés organisées : celle des sociétés antiques, de la Grèce et de Rome, celle du christianisme et de l'Eglise.

Les anciens affirment la dignité de l'homme et Lui rapportent la justice : c'est, dit Gicéron, « une disposition de l'âme relative à l'intérêt commun, accordant à chacun sa dignité » (animi habitas, commun! atiiitate comparata, suamque cuique trïbaehs dignitatern). Mais, étant donnée l'opposition désintérêts, la justice ne sera assurée que par un principe extérieur, la crainte des dieux. <( La dignité personnelle est placée sous l'égide de la religion. » Pour les anciens, le principe de la dignité personnelle épuise la nature du sujet humain ' ; le sujet de la justice est Dieu ; c'est une mythologie de la justice. « La morale des anciens, avec ses quatre divisions cardinales, Prudence, Justice, Force et Tempérance, est une morale d'individualisme, incapable de faire vivre une nation2. ))

L'antagonisme de l'homme à l'homme subsiste donc; et, en cherchant à l'arrêter, on en fait naître un autre,

i . (Jette interprétation de la morale antique me paraît vraie en partie seulement, et d'une façon indirecte. La morale des philosophes grecs est une morale de la raison impersonnelle plutôt qu'une morale individualiste ; la notion de dignité n'apparaît guère que chez les stoïciens ; et pour eux elle n'a pas la valeur subjective qu'elle a pour nous. Mais, comme le milieu social est généralement peu favorable à l'effort de la pure raison, le sage préférera se retirer à l'écart, ou du moins se créer un milieu restreint propre à la réalisation de la perfection ; ainsi son attitude, tout impersonnelle en principe, aboutit à une pratique individualiste.

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