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faculté juridique, el non pas seulemenl I instinct social, « 1 1 1 1 ferait de nos sociétés des communautés analogues
à relies des abeilles, des groupements suis liberté. L'homme n'accepte la société qu'avec la liberté, H la liberté ne fonde rien sans l'idéal de justice.
Si la justice est une faculté, et que cependant elle ne se réalise pas d'emblée, comme un instinct, si le mal existe, si l'avènement de la justice est lent et pénible, înènie en nous, c'est que nous avons la Liberté. La liberté est dans l'homme ce que la spontanéité est chez ranimai : c'est la synthèse originale de toutes nos puissances, l'essence de notre Aine : c'est la résultante des termes antithétiques qui nous constituent. Ceci revienl à due que nous ne sommes pas un être entièrement défini et fixé, que l'analyse n'épuise pas et ne peut pas épuiser notre nature. Psychologiquement, en dehors de toute métaphysique, nous devons donc affirmer la liberté comme complément de la nécessité dans notre nature. La liberté est notre âme même.
Proudbon pense ici en psychologue; il sent la liberté comme une donnée subjective, comme un fait fonctionnel: il ne comprend pas une liberté posée par une analyse comme indémontrable et cependant manifestée par des faits, par des exceptions absolues à l'ordre de la nature, par des premiers commencements. La doctrine de M. Renouvier sur la liberté lui parait incompatible avec la méthode analytique de ce philosophe '. Mais la polémique soutenue à celle occasion entre les deux penseurs nous prouve qu'un esprit analyste éprouve beaucoup de peine à reconnaître des réalités positives
i. Justice, voir vol. III. [>. 199, et vol. VI, p. 70 et suivantes.
LA MORALE DE l'iioi !>ll<>\ 1 3 1
qui ne soient pas définies ou définissables. Sans vouloir ici prendre parti dans ce débat, je ferai seulement remarquer que Proudhon parait avoir mieux compris la position de son contradicteur que celui-ci ne comprenait celle de Proudhon.
Si la liberté est 1 essentiel de notre âme, quelle en sera la fonction? La fonction de la liberté, c'est l'idéal. La liberté n'est pas une chose, mais une manière d'être ; elle ne crée rien, mais elle transfigure ce à quoi elle s'applique ; c'est l'imagination s'ajoutant à la sensation, à l'intelligence. Grâce à elle, la justice n'est pas seulement pour nous un objet supérieur et trop parfait, une question posée, sans solution, un simple concept: mais un idéal à réaliser; la liberté eu l'idéalisant lui donne sa majesté et sa forme.
Ainsi la liberté, unité de notre âme, ne subsiste cependant pas par elle seule : élevée à l'absolu, elle disparait; elle ne subsiste qu'adossée à la nécessité, qui en est la matière et la contre-partie ; elle ne dure qu'en se limitant et se critiquant elle-même, en se faisant relative, et par suite sociale ; et c'est ainsi qu'elle a sa fin dans la justice.
Idéalisant nos actions, elle nous permet aussi de varier nos opérations en utilisant nos diverses fonctions pour préparer notre affranchissement.
De tout cela résulte le caractère progressif de la justice : une faculté de l'âme est une fonction dont la nature est de ne pouvoir se réaliser qu'avec le temps, puisqu'elle n'est pas une fatalité, mais une liberté, et qu'elle ne peut se réaliser que par la position d'un idéal et l'action vers cet idéal. « S'il est vrai que la justice soit innée au cœur de l'homme, il ne s'ensuit
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pas que ces lois aient été dès L'origine déterminées dans l'esprit humain avec uetteté el pour toutes les catégories d'applications : ce n'est que peu à peu que nous en acquérons l'intelligence, et leur formule esl le prix d'un long travail \ »
Les ressorts du progrès de la justice sont de deux sortes, naturels ou rationnels: la recherche de l'intérêt général, la sociabilité comme base, c'est-à-dire le lait psychologique naturel ; l'idéal de la justice poursuivi par la liberté, comme fin. .Maison ne peut confondre l'un avec l'autre, ni se contenter du premier, qui n'est qu'un fait sans valeur morale, sans généralité, et dont l'homme s'empare pour le transformer en le rationalisant, grâce à son libre arbitre2.
Si l'on veut bien remarquer que dans l'idéal et par la liberté le progrès remplace la perfection, on dira qu'alors « la théorie de la raison pratique subsiste par elle-même: elle ne requiert ni l'existence de Dieu, ni l'immortalité des âmes; elle serait un mensonge, si elle avait besoin de pareils étais : ».
C'est une réalité humaine ; mais dès lors la réalisation en est illimitée. « Nous ne saurons jamais la fin du droit, parce (pic nous ne cesserons jamais de créer entre nous de nouveaux rapports ; nous sommes nés perfectibles, nous ne serons jamais parfaits : la perfection, l'immobilité sciaient la mort*. »
On voit ici clairement comment ce concepl absolu, mais encore vide, se change en une réalité touterelative
i . Justice, vol. I, |». 100.