‹ Études sur la philosophie morale, au XIXe siècleChapitre 35 sur 72 · I.\ Mim ILE DE l'Util DHOIS · texte numérisé non relu

I.\ Mim ILE DE l'Util DHOIS

et progressive, en tant que faculté de l'aine libre. Il ne s'agit pas, renonçant au Dieu irrationnel des chrétiens, d'élever une nouvelle idole, un nouvel absolu, le moi divinisé, L'humanité. Si l'individu est un absolu, le respect mutuel des individus devient impossible ; pour chacun, hors de soi il n'existe plus que des choses, simples instruments de sa puissance. Le moi et la liberté, le droit, que je respecte en autrui, limitent mon propre moi, ma propre liberté, mon propre droit.

La justice n'est pas seulement liée à la dignité ; elle n'en est pas l'extension logique hors de moi ; elle la suppose, mais elle la réalise et contient plus qu'elle. Par la justice, la personne se dépasse elle-même au dedans. Il y a en nous, non seulement un instinct social, mais une raison collective, qui limite notre personne par les autres, et qui n'est pas à construire, à expliquer par le sentiment de la personne isolée et de sa dignité; c'est cette faculté qui exprime notre concept de justice.

C'est là ce que Proudhon regarde comme le point essentiel et le plus nouveau de sa conception morale ; c'est ici qu'il s'oppose à la fois aux individualistes libertaires, qui croient pouvoir passer analytiquement de la dignité à la justice, et aux communistes autoritaires qui, reconnaissant l'impossibilité de ce passage, sacrifient l'individu et sa dignité à un être objectif imaginaire, la société.

La conciliation, pour Proudhon, a lieu dans le sujet lui-même, et, si dans la science elle se dégage lentement, dans les sentiments, c'est-à-dire dans la réalité même du sujet, elle est cependant toute primitive et fondamentale. Le rapport exprimé dans la formule de

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La justice: respect égalel réciproque des personnes, es! contemporain de ses termes ; ni la personne n'est posée en réalitéavanl La société, ce qui rendrail La justice el La société incompréhensibles, ni La société avant les personnes,ce qui supprimerai! La moralitéel Injustice. C es! l'idée mutuelliste el commutative qui es1 L'essentiel.

De ce point de vue. Proudhon définil et rejette l'assimilation de la société à un organisme el toutes Les doctrines autoritaires <jui s'appuienl sur celle assimilation; c'est sur la personnalité libre que se fondent la société el la justice, mais sur la personnalité prise dans Le groupe, et non sur la personnalité isolée: et c'est Là une réalité : car « la puissance effective du groupe excède la somme des forces individuelles qui le composent ' ». L'âme de l'homme est déjà une force de collectivité; les individus ont des rapports, forment an groupe qui est autre qu'eux et plus qu'eux.

La raison collective élimine l'absolu du moi, en L'opposanl à un autre moi: et ainsi elle corrige les excès de l'individualisme; à la propriété absolue, elle substitue la propriété simple délégation; à l'usure Légale, le crédit mutuel gratuit, à L'absolutisme d'Etat, le gouvernement balance de forces; à la charité, le droit; à la concurrence, la solidarité.

Mais celle conversion n'implique pas la condamnation de l'individualité; elle la suppose, non comme antécédent, mais comme élément".

« La liberté, disciplinée par elle-même, c'est le fonds el le tréfonds de notre philosophie révolutionnaire3. »

i. Justice, vol. III, p. n4- Cf. vol. II, p. 99 et sqq.

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