Justice, vol. III, p. ioo
|,'!(i l \ PHILOSOPHIE MORALE \l \IV SIÈCLE
chacun de ses membres, qu'il en ressorte une transfiguration intérieure des individus.
Toutefois, si ce progrès esl possible par l;i liberté, dépendanl de la liberté il n'est pas nécessaire : il rencontre un obstacle dans la splendeur même de l'idée qui le dirige, ci Les premiers qui sous le coup de cette illumination radieuse du sens moral s'organisèrent en sociétés furenl si ravis qu'ils prirenl l'émotion de leur cœur pour une inspiration surnaturelle, témoignage d'une volonté divine devanl laquelle ils ne surent qu'humilier leurs fronts et frapper leurs poitrines'.» La théorie de la justice humaine immanente suffit donc à expliquer les fictions de la prétendue révélation; et inversement celle-ci constitue une première mythologie de la justice qu'il faut respecter. « Dieu est l'ombre delà conscience projetée sur le champ de l'imagination \ »
La décadence est ainsi toujours près du progrès : elle est l'autre lace de la liberté. La première image de la justice esl fautive : l'homme qui aperçoit l'erreur à ses effets renonce alors à l'idée elle-même: il cesse d'idéaliser la justice qu'il avait mal comprise : et ainsi se produit la décadence. En renonçant à l'idée, il ne peul renoncera la liberté, c'est-à-dire à l'idéalisme; il s'attache alors à l'idéal, qui n'est rien en soi, pour luimême ; il en fait une chose, un être et lui rend un culte. Aussi peut-on dire que « toute société progresse par le travail, la raison cl le droit idéalisés, que toute société rétrograde par la prépondérance de l'idéal3».