‹ Études sur la philosophie morale, au XIXe siècleChapitre 48 sur 72 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

Contre celte idolâtrie matérialiste, qui risque de prendre la direction de l'humanité, Renan veut maintenir que « l'homme est icirbas pour une fin idéale, transcendante, supérieure à la jouissance et aux intérêts ». « Une helle pensée, répète-t-il, un noble sentiment, un acte de vertu, font bien mieux de l'homme le roi de la création que la faculté de faire parvenir instantanément au bout du monde ses commandes et ses désirs. Cette royauté est dans notre âme : l'ascète des déserts de la Thébaïde, le contemplatif des sommets de l'Himalaya, esclaves à tant d'égards de la nature, en étaient mieux les souverains et les interprètes selon l'esprit que le matérialiste qui bouleverse la surface du globe sans comprendre le sens divin de la vie1. » Mais, de tous ces interprètes, il y en a un qui, par définition môme, est supérieur à tous. C'est celui qui a compris que « le plus noble emploi de la vie humaine est de pénétrer l'énigme de l'univers2 ». Etranger aux passions de secte ou de parti, ouvert à la vérité, de quelque part qu'elle vienne, il voit tout comparaître à son tribunal, et lui-même ne relève de personne. Le bien, le mal, le beau, le laid, le médiocre même, tout l'intéresse : car toute chose a son prix, quand on l'envisage comme partie intégrante de l'univers. La curiosité philosophique devient ainsi le plus sûr exercice de la pensée. « Quand même tout le reste serait vanité, il semble que la curiosité ne le serait pas ; et quand même elle le serait, cette façon d'écouler la vie aura toujours été la plus douce manière d'exister3. »

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