‹ Études sur la philosophie morale, au XIXe siècleChapitre 5 sur 72 · Vol. pos., II, io · texte numérisé non relu

Vol. pos., II, io

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beaucoup plus désintéressé que le -impie instincl de reproduction ne peut l'être, suscite L'abnégation et le dévouement véritables. G'esl pourquoi le règne spirituel de la femme esl finalement aux yeux de Comte l;i formule du triomphe de L'altruisme : el il se plaîl à en symboliser les trois aspects: « attachemenl ». « vénération)), <( bonté », par les figures de L'épouse, de la mère, «le la lille.

En second lieu L'altruisme se développe sous L'action d'une cause économique, la division du travail. Sans doute Comte esl bien éloigné de confondre la simple coopération intéressée avec L'altruisme véritable et n'est pas disposé à réduire la vie sociale, comme il le reproche aux économistes, à «d'ignobles coalitions d'intérêts privés1)). Cependant il \ a là une sorte d'altruisme de l'ail qui éveille et doit développer le sentiment proprement moral que comporte cette collaboration nécessaire ~.

Enfin le progrès intellectuel contribue aussi à sa manière au développement de l'altruisme. D'un côté, au fureta mesure que la pensée devient plus positive, la similitude mentale s'établit entre les hommes et cette homogénéité même favorise la sympathie. La pensée positive est, aux yeux de Comle el presque par définition . le seul terrain sur Lequel l'accord de tous les esprits puisse s'établir d'une manière définitive. La

i . Cours, III . 553.

a. Pol. pos., II. i5q.

3 Puisque, en effet, c'est le l>ut premier de Comte d'établir un régime d'homogénéité mentale, pour obtenir une politique sur les principes de laquelle tous soient d'accord, et que la pensée positive se justifie essentiellement, pour Comte, par son aptitude à résoudre la question, ains

MORALE POSITIVISTE ET CONSCIENCE CONTEMPORAINE l5

théologie ne saurait obtenir qu'un accord partiel et précaire, et la métaphysique de son côté est le domaine de la critique négative, de l'opinion individuelle et dissolvante. L'intelligence, Comte ne la considère pas, tant s'en faut, comme le fondement de la moralité, et même, dès qu'elle prétend travailler d'une manière en quelque sorte indépendante, elle serait plutôt sujette à des aberrations antisociales. Elle s est d'ailleurs surtout développée sous l'impulsion de mobiles égoïstes1. Elle peut cependant, à sa façon, collaborer aux progrès de l'altruisme, en préparant une plus parfaite fraternité par une plus complète et plus stable similitude. Dans l'individu même le progrès intellectuel équivaut au développement des sentiments bienveillants (( soit en augmentant la domination de l'homme sur ses passions, soit en rendant plus net et plus vif le sentiment habituel des réactions déterminées parles divers contacts sociaux». Et de même inversement «si l'homme devenait plus bienveillant, cela équivaudrait dans la pratique sociale à le supposer plus intelligent » parce que l'altruisme, en disciplinant sa conduite, libérerait une partie de sa force intellectuelle. Et ainsi « on doit concevoir... l'instinct sympathique et l'activité intellectuelle comme destinés à suppléer mutuellement à leur commune insuffisance sociale2». Par elle-même d'ailleurs l'intelligence individuelle éprouve un constant besoin de se sentir soutenue dans son travail par la collaboration des autres esprits et dans ses convictions par leur assentiment \

i. Pol. pos., II, 386.

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