Synth, subj, (éd. originale), p
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Enfin le progrès de l'esprit positif favorise encore l'avènement de l'altruisme en nousamenanl à la représentation de l'ordre universel, sans lequel le sentiment el l'action ne comporteraient aucune unité ni aucune fixité1, plus spécialement en nous faisant mieux concevoir, soit à l'aide de la sociologie, l'unité et la continuité de l'humanité, soit dans l'ordre cosinologiquc, notre commune dépendance à L'égard du milieu.
Telle est, peut-on dire, la justification théorique que trouve, dans la philosophie de Comte, la règle de l'altruisme. « Vivre pour autrui », voilà donc In maxime morale fondamentale, et développer l'altruisme, voilà le devoir essentiel que la morale impose à la pédagogie et à la politique. « Subordonner l'égoïsme à 1 altruisme, voilà le grand problème humain»3, la « grande affaire ».
Et A. Comte ne méconnaît pas la difficulté de mener cette œuvre à bien. Car s'il estime l'altruisme aussi primitif que l'égoïsme, cela ne veut pas dire qu'il le croie d'emblée aussi énergique \ De même que la pensée positive a, en un certain sens, toujours existé, sans quoi elle n'aurait jamais pu apparaître, mais ('lait réduite au début à d'insignifiantes manifestations, de même l'altruisme est à l'origine infiniment faible en comparaison de l'égoïsme. \ ouloir lui subordonner ce dernier, c'est donc en un sens renverser l'ordre de la nature. Dans lanature en effet « les plus nobles phénomènes dépendent toujours des plu- grossiers ' »etdans
i . l'nl. pos., I\ , i63.
:>. Catêch., 1 38.
ws, l\ . .">i|!i. Catéch., ibid, i. Catêch., - i
la société elle-même, en tant que fait naturel, il y a une sorte de rapport inverse entre la dignité et la nécessité des fonctions. Dans l'ordre positif, Comte retrouve la grande antithèse des causes finales et des causes efficientes, du réel et de l'idéal, de la raison spéculative et de la raison pratique, de la nature et de la grâce.
L'altruisme est donc un idéal, jamais réalisable absolument, mais dont la force, dans le réel, est d'être susceptible d'un progrès indéfini, comme l'esprit positif auquel nous le comparions. D'une part pour chacun de nous l'altruisme, restreint d'abord à la sphère étroite de la famille, n'a d'autres bornes de son développement que l'humanité totale. Ensuite, dans l'humanité même, ou dans la société, 1 altruisme est harmonique. D une âme à l'autre il se confirme, au lieu que les égoïsmes se limitent et s'affaiblissent mutuellement.
Il ne s'agit pas d'ailleurs de combattre directement l'égoïsme. Ce fut, suivant Comte, le tort des doctrines théologiques de l'avoir essayé. On pourrait répéter ici la maxime que lui-même aimait à emprunter à Danton : « On ne détruit que ce qu'on remplace. » El ici il ne s'agit même pas de détruire, mais seulement de soumettre. « Car en quoi et comment celui qui ne s'aimerait point pourrait-il aimer autrui?... Nous ne saurions habituellement souhaiter pour les autres que ce que nous désirons pour nous-mêmes '. » L'égoïsme ne peut donc et même ne doit être dominé que grâce au développement même de l'altruisme, et c'est s'exposer même à le surexciter que de l'attaquer de front comme le catholicisme l'a tenté".