Dialogues et Fragments philosophiques, p. 3ii
bien connu : « Il se peut que ces voi\ intérieures proviennent d'illusions honnêtes, entretenues par l'habitude, et que le inonde ne soit qu'une amusante féerie dont aucun dieu ne se soucie. Il faut donc nous arranger de manière que dans les deux hypothèses nous n'ayons pas eu complètement tort. Il faut écouter les voix supérieures, mais de façon que, dans le cas où la seconde hypothèse serait la vraie, nous n'ayons pas été trop dupés ' . »
Comment peut-on rendre compte d'une modification si évidente dans l'attitude du moraliste ')
Il y a eu des gens pour dire : « C'est le châtiment de la rupture avec l'Eglise. Renan était condamné à descendre peu à peu jusqu'au fond d'un scepticisme dont son sourire dissimule mal la désolation. » Cette explication est psychologiquement inadmissible. Il y a des cas où la répudiation de l'état ecclésiastique peut avoir les conséquences dont on voudrait parler ici. C'est quand elle est inspirée par des motifs peu nobles, quand elle est une façon, non pas de suivre sa conscience, mais d'obéir à des instincts inférieurs, quand elle est une chute sous la domination de la chair au lieu d'être un effort conscient vers la liberté de l'esprit. Il n'est pas juste d'identifier ces deux catégories de cas. Tout acte qui est dicté par un motif de conscience a pour effet nécessaire de fortifier la conscience et d'en affiner la délicatesse. S'il y a eu, comme c'est incontestable, une sorte de désagrégation dans les idées morales de Renan, on ne saurait en chercher l'origine et la cause dans une décision de loyauté.