Ibid., p
'6. Cf. Ibid., p. 107-108.
■'.l'i LA PHILOSOPHIE MORALE \l \l\ 91ÈCL1
censuré, surveillé par l;i communauté, redoutera le prône, tremblera devant L'excommunication; et ce scia un juste retour contre L'insuffisance des institutions romaines pour améliorer l'individu, o [ci Renan n insinue pas que Jérusalem aurait pu compléter Rome en créant une Eglise qui aurait été une libre réunion de croyants. Non. Jérusalem a remédiée L'insuffisance de Home en créant une Eglise <|ui a été une institution de contrainte : a La question du gouvernement de L'humanité est bien difficile ; L'idéal esl bien haut et l;i terre bien bas : à moins de ne lianter que le désert du philosophe, ce qu'on rencontre à chaque pas, c'est la folie, la sottise et la passion. Les sages antiques ne réussirent à s'attribuer quelque autorité que par des impostures qui, à défaut de la force matérielle, leur donnaient un pouvoir d'imagination. <)ù en serait la civilisation si, durant des siècles, on n'avait cru que le brahmane foudroyait par son regard, si les barbares n'avaient été convaincus des vengeances terribles de saint Martin de Tours? L'homme a besoin d'une pédagogie morale pour laquelle les soins de la famille et ceux de L'Etat ne suffisent pas'. » Quelle distance morale \ a-t-il de ces théories, qui sont bien celles de Renan, aux rêveries de Théoctiste ?
Et celte note lin il par revenir sans cesse «la us les écrits de Renan. Dans la Réforme intellectuelle et morale, il va jusqu'à croire possible le plus étrange des concordats : « \e \ous mêlez pas de ce «pie nous enseignons. de ce que nous écrivons, dit-il à l'Eglise, et non- ne vous disputerons pas le peuple : ne nous contestez pas
l. L'Antéchrist, p. 535.
LA MORALE Kl LA POLITIQUE DE RENAN 2.17
pas notre place à 11 diversité, à I V.cadémie, cl nous vous abandon lierons sans partage l'école de campagne ' . »
Une fois conscient de lui-même, le sentiment antidémocratique ne peut s'en tenir là. Pas plus que d'une instruction utopique des foules, il ne faut se préoccuper trop de leur moralisation. « La vertu rigoureusement correcte est une aristocratie; tout le monde n'y est pas également tenu. Il faut que les masses s'amusent2. » C est ce qu'avait dit Prospero dans L'Eau de Jouvence : « La moralité doit être réservée pour ceux qui ont une mission comme nous. Celui qui occupe un rang à part dans l'humanité doit s'imposer, en retour de ses privilèges, des devoirs austères, un genre de vie astreint à des règles difficiles. Mais les pauvres gens, les gens ordinaires, allez donc ! Ils sont pauvres et vous voulez que par-dessus le marché ils soient vertueux... Ce qu'un peuple donne à la gaieté, il le prend sur la méchanceté \ » C'est la thèse de Métius dans le Prêtre de Némi : « Chacun n'est obligé que dans la mesure de lumière qui lui a été octroyée... Le peuple a le droit d'être immoral. Je dis plus : la garantie de notre liberté, c'est l'immoralité joyeuse du peuple. Il faut que le peuple s'amuse, chante, boive, danse ; pendant ce temps, nous somme libres4. » Et c'est là une pensée que Renan tient à répéter pour son propre compte : « Mieux vaut, écrit-il dans la préface de L'Avenir de In Science, mieux vaut un peuple immoral
i. La Réforme intellectuelle ri morale de lu France, p. 98.