XV
256 LA PHILOSOPHIE MORALE kl \l\ SIÈCLE
pour réaliser la beauté, la vaillance, La culture. Le raffinement poussé à L'extrême spiritualité; une race qui dil « oui ». <|ui s'octroie tous Les luxes, assez forte pour pouvoir rejeter la t\ ranniede L'impératif du devoir, assez riche pour pouvoir s'épargner la parcimonie el Le pédantisme ; une race vivant par delà Le bien et le mal, une pépinière de plantes étranges cl rares1. >> I ! (vite race supérieure que Nietzsche a désignée dans son Zarathustra par L'expression symbolique il*- a Burhomme ». La grande mission à Laquelle doivent Be vouer les « libres esprits », c'est de préparer l'avènement delà « nouvelle noblesse», de cette aristocratie future qui peut seule donner un sens à la vie. Jusqu'à présent c'est toujours au hasard ou à la nécessité qu'à été due l'apparition des puissants et des races fortes : aujourd'hui les hommes sont en état de travailler consciemment à produire les conditions qui rendent possible une amélioration du type humain.
Quels seront les caractères distinctifs de ce type supérieur? — Il possédera au [tins haut degré Les qualités qui font le plus défaut au type inférieur : la force de volonté, l'autonomie, la confiance en soi. Alors que le médiocre est « bète de troupeau » et ne vaut que comme rouage de la machine sociale, le puissant est un solitaire, une personnalité originale, « unique », qui vaut par elle-même indépendamment de son utilité sociale: parvenu à son entier développement, il est une créature harmonieuse et achevée, il est « L'homme synthétique » qui surgit çà et là au cours des siècles, magnifique et isolé, résumant en sa personne les pro-
grès accomplis, par l'espèce, le « Meilensteinmensch » qui marque une étape nouvelle sur la voie où chemine noire race1. En face du médiocre égalitaire, il est l'aristocrate qui croit à l'inégalité naturelle des individus et travaille à augmenter cette inégalité, à élargir toujours davantage la distance qui sépare l'élite de la masse. Il ne fraie sur pied d'égalité qu'avec a ses pairs », avec le petit nombre de ceux qu'il tient pour ses égaux. 11 n'admet pas qu'entre lui et les inférieurs il puisse y avoir réciprocité des droits et des devoirs : il conteste qu'il y ait équivalence entre ses actes et ceux d'un autre; ses actes sont en effet « uniques », étant l'expression d'une personnalité « unique" ». Il n'est pas non plus de ces idéalistes qui « font de la propagande pour leur idéal 3 » ; il sait que sa « vertu » à lui est un privilège et ne songe pas à la proposer comme un modèle pour tous. Il se garde bien, de même, d' « ambitionner les vertus d'autrui '" » ; une vertu qui serait la vertu de tous n'aurait plus d'attrait pour lui. Sa vertu est la « virtù » de la Renaissance : elle ne demande pas à être reconnue ; elle n'est pas une loi pour tous ; elle est quelque chose d'individuel, une « noble folie ». une « belle exception " ». Elle a contre elle tous les instincts de la masse : « elle est désavantageuse et insensée, elle isole ; elle est proche parente de la passion et peu accessible à la raison ; elle corrompt le caractère, trouble la raison et le bon sens...; elle
t. XV, 18a.