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Philosophie Morale.
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s'insurge contre l'ordre, contre le mensonge qu'il \ ;i au fond de tout ordre «le choses, de toute institution, de lou le réalité ; — elle est, en un mot, le pire de tous les vrices, si on l'apprécie d'après le degré de nocivité de ses effets sur les autres ' ». I ne telle vertu n'est plus « morale » : elle participe de l'immoralité foncière de l'existence, «-lie esl une ruineuse extravagance à laquelle on se prête comme à une passion ou à un vice, o un luxe de première catégorie, la forme la plus aristocratique, la plus coûteuse, la plus rare du vice. Nous lui avons ôté ses rides et son froc, nous l'avons délivrée de l'importunité do la multitude, nous lui avons enlevé sa stupido rigidité, ses yeux vides, sa raide coiffure, ses formes hiératiques2 ». La vertu a désormais l'attrait pervers du fruit défendu. Les immoralistes ont aussi peu nui à la vertu que les anarchistes aux princes : « depuis qu'on leur lire dessus, ils sont mieux assis que jamais sur leurs trônes'. »
En face du médiocre débonnaire et faible, le type supérieur incarne un degré éminent de volonté de puissance. Il n'a pas pour la vérité le culte enthousiaste que lui voue le médiocre : il sait en effet que la connaissance n'est qu'un instrument au service de la volonté : il se servira donc de la science, mais ne la servira pas. Il n'est pas davantage un sensitif tyrannisé par ses instincts et ses inclinations, à la merci de ses impressions du moment ; les excitations venues du dehors ne provoquent pas chez lui de réflexe immédiat ; d peut
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suspendre sa décision au lieu de réagir sur-le-champ : il est volontiers lent à prendre une détermination, mais il est capable, en revanche, de vouloir longtemps et fortement ce qu'il aura une fois décidé. Il n'a pas la nature complexe et polyphone du faible : il a le goût classique, l'amour de la simplicité et des grandes lignes. Partout chez lui se manifeste la force. Il a un tempérament puissant, capable des passions les plus violentes, capable aussi de les maîtriser à tout instant et de les utiliser comme instruments de sa volonté de puissance sans jamais se laisser dominer par elles. Il est essentiellement « guerrier» ; non qu'il faille nécessairement . voir en lui le « fauve blond », la bète de proie qui s'abandonne à ses instincts de destruction ; mais il est combatif, bien armé soit pour l'attaque soit pour la défense ; et, loin de considérer la guerre comme une calamité à laquelle on tâche de se soustraire par tous les moyens, il aime au contraire la lutte et cherche toujours instinctivement un ennemi digne de lui avec qui il puisse se mesurer. Et s'il est redoulable, il est aussi bont: il a la grandeur d'âme, la magnifique prodigalité qui ont leur source dans la surabondante richesse d'une personnalité où déborde la vie.
Comment cette race supérieure prendra-t-elle naissance et se développera-t-elle ? Par une longue contrainte exercée sur soi-même, par l'épreuve, le péril, la souffrance. Dès sa jeunesse, l'aristocrate doit être dressé à la maîtrise de soi : « Rien n'est, dans tous les cas, plus souhaitable que d'être soumis à une discipline stricte en temps voulu, c'est-à-dire à l'âge où l'on est lier de ce que les maîtres exigent beaucoup de vous. Ce qui fait de l'école dure la bonne école et la distingue
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entre toutes Les autres, c'est que l'on exige beaucoup, c'esl que l'on exige sévèrement : c'esl que le bon, l'excellent même soient exigés comme chose normale;
c'est que la louange soit raie et que L'indulgence Lasse défaut : c'est que le blâme soitsévère, objectif, distribué sans égards au talent ou à la naissance. I ne telle école est nécessaire à tous égards, pour les choses du corps comme pour celles de l'esprit : il serai! funeste de vouloir établir une distinction sur ce point ! La même discipline fait le bon soldat et le bon savant : et tout bien considéré, il n'y a pas de bon savant qui n'ait en lui les instincts d'un bon soldat... Savoir ordonner, mais aussi obéir sans bassesse ; se tenir dans le rang, mais pouvoir aussi d'un moment à l'autre prendre le commandement : préférer le péril au bien-être : ne pas peser dans la balance du marchand le permis et le défendu : être plus ennemi de L'habileté, de la mesquinerie, du parasitisme que du mal... Qu'apprend-on dans une école dure? A obéir et à commander1. » Sans doute l'homme supérieur n'est rien moins qu'un « renonçant » à la façon du chrétien qui se prive des joies naturelles par esprit de pénitence : mais il est toujours prêt, pourtant, à sacrifier son honbeur, son confort à sa volonté de puissance: il est, lui aussi, une manière d'ascète <pii saura s imposer de son plein gré « une gymnastique de la volonté », des jeûnes el deprivations (matérielles et spirituelles), des aventures et des dangers affrontés de gaieté de cœur, uniquement pour éprouver el accroître sa force d'endurance J. C est
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parmi les pires périls, sous la menace d'une destruction imminente que se développe le mieux l'homme supérieur : (( La forme la plus haute de liberté individuelle, de souveraineté, ne croit selon toute apparence qu'à cinq pas à peine de son contraire ; elle s'épanouit là où la menace de l'esclavage est suspendue, comme cent épées de Damoclès, au-dessus de l'humanité. Que l'on parcoure l'histoire : les époques où 1' « individu » atteint sa parfaite maturité, où il devient libre, où se réalise le type classique de l'homme souverain, ces époques-là ne furent jamais « humaines », oh non! » ' Une race qui veut grandir doit « se placer dans des conditions où il ne lui est pas permis de ne pas être barbare 2 » ; il faut qu'elle se voie dans l'alternative de vaincre ou de périr, qu'elle n'aie le choix qu'entre la souveraineté et l'asservissement. La valeur d'un homme ou d'une race se mesure à la somme de résistance qu'il peut surmonter, à la somme de douleur qu'il sait faire tourner à son profit ; ne reprochons donc pas à l'existence d'être douloureuse et mauvaise, mais sachons espérer qu'elle deviendra pire encore et plus douloureuse : « A ceux qui m'intéressent tant soit peu, dit Nietzsche, je souhaite la souffrance, l'isolement, la maladie, les mauvais traitements, l'opprobre ; je souhaite qu'ils connaissent par expérience le profond mépris de soi, la torture et la défiance de soi, la détresse de la défaite ; je n'ai pointde pitié pour eux, car je leur souhaite ce qui seul peut montrer s'ils ont ou non de la valeur : — qu'ils tiennent bon 3. »
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