‹ Études sur la philosophie morale, au XIXe siècleChapitre 67 sur 72 · XV · texte numérisé non relu

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ferait la réalisation <l un ci idéal « où il m- subsisterait iicn de nuisible, de mauvais, de dangereux, de problématique, de destructeur. Orc'estlà une pure impossibilité. I. immoraliste sait que I homme, pour grandir, doit fatalement croître à la lois en bien el en mal, devenir selon la formule de Nietzsche, a meilleur et pin- H besser and bôser : il est pareil à mi arbre qui plonge ses racines crantant plus profondément dan- le sol que sa cime se dresse plu- fièrement dans les air-: a L'homme, dit Nietzsche, est le monstre cl le butanimal unthier und iiberthier : l'homme supérieur esl l'inhumain et le surhumain unmensch und ûbermensch : cela va de pair. Chaque lois (pic l'homme se développe vers en liant, vers la grandeur, il se développe aussi vers en bas, \ ci s le mal : il ne faut pas vouloir l'un sans l'autre. — ou plutôt : mieux on veut 1 un cl mieux on atteint précisément l'autre1. » Le plus haut exemplaire d'humanité n'est pas le « bon » de la morale traditionnelle, mais l'homme qui incarnera le plus pleinement celle identité des contraires qui esl la loi de 1 existence, le fort tout à la l'ois débordant de suprême bonté, et aussi redoutable au plus haut point, capable de nuire et de détruire, en un mol — « mauvais ». Uors que le médiocre n'est lui-même qu'un mince fragment de réalité, faible dans le bien comme dan- le mal. incapable de supporter sans être brisé celle « tension des éléments antagonistes3 » qui grandit dans tout être humain à mesure que grandit sa valeur, le puissant résumera en sa personnalité harmonieuse cl complexe

les deux aspects contradictoires de la vie, sa fécondité créatrice et son pouvoir de destruction.

Devenu conscient de L'identité dernière du bien et du mal, le puissant s'élèvera dès lors aussi à Yumor fati, à l'acceptation joyeuse de la vie tout entière. Dire « non » est toujours un signe de faiblesse. Le « royaume du mal ' » est immense cliez le médiocre, le faible, le dépendant, le lâche; il décroît à mesure que croît la culture et se fortifie la volonté de puissance ; il s'annule chez l'homme dionysien. Le faible maudit la souffrance et le mal : il est incapable de supporter sans sombrer dans le nihilisme la vision redoutable de la réalité, l'idée du devenir indifférent et morne qui se déroule à l'infini, épuisant sans se lasser la série des combinaisons possibles, recommençant éternellement le cycle immense de l'existence, sans jamais évoluer vers un but ni aboutir à une fin ; surtout il est hors d'état d'affronter sans s'engloutir dans un abîme de désespoir la grande idée du retour éternel, de la perpétuité du devenir, la conviction que le méprisable et douloureux non-sens d'une existence inutile et sans but recommence sans cesse, éternellement pareil à luimême, sans qu'une catastrophe, un saut dans le néant puisse jamais mettre fin a ce cauchemar. Seul le puissant qui sent bouillonner en lui la force créatrice, qui sait sa volonté capable d'imposer des lois à l'univers et de donner un sens à la vie, saura aussi s'élever peu à peu au « pessimisme de la force», admettre que la souffrance et le mal n'ont pas besoin d'être justifiés, trouver « que le mal dénué de sens est aussi le plus inté-

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