‹ Études sur la philosophie morale, au XIXe siècleChapitre 68 sur 72 · XV · texte numérisé non relu

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LA PHILOSOPHIE \H»H\l.i: M \IV

ressant1 ». accueillir enfin, sans terreur d'abord, puis avec une ivresse infinie l'idée du retour éternel. Et par là il s'élève, selon Nietzsche; bien au-dessus de l'idéal chrétien. Le disciple du Christ dit en effet « non » au mal : il condamne la vie dans la mesure où elle est corrompue par le péché. Or c'est là pour Nietzsche, un blasphème contre la vie ou, si l'on préfère, un degré insuffisant de résignation. Le chrétien est encore un révolté. Pour atteindre à la suprême sagesse, il ne surfil pas d'accepter la souffrance, il Tant aussi accepter le mal, comprendre que le mal est le « revers » nécessaire du bien : il faut se pénétrer de l'hypothèse nihiliste du devenir absolu sans unité et sans finalité, mais, au lieu de la maudire comme le nihiliste pessimiste, il faut abjurer tout pessimisme, promener sur l'univers un regard plein d'amour, de bonne volonté, de reconnaissance, dire « oui » à la réalité tout entière, consentir joyeusement au recommencement de toute chose, justifier et sanctifier « l'Anneau des Anneaux », le cycle éternel et sans cesse renaissant de la vie. en promettant « de se vouloir soi-même toujours et encore; de vouloir encore une fois toul ce qui aété: de vouloir d'avance tout ce qui sera2! » Le culte de la \ie. La religion de Dionysos que connaissaient el pratiquaient les Grecs, ce peuple de génies qui, il y a plus de deux mille ans déjà, avait su déchiffrer l'énigme de l'existence : telle est la foi que Nietzsche oppose à la religion du Christ « Dionysos contre le Crucifié voilà le suprême contraste. Ce qui les sépare ce n'est pas le

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fait du martyre : — c'est que leur martyre n'a pas le même sens. D'une part, c'est la vie elle-même, dans sa fécondité et son recommencement éternels, qui entraîne avec elle le supplice, la destruction, la volonté d'anéantissement... Dans l'autre cas, la souffrance, « le Juste mis en croix », apparaît comme une protestation contre la vie, comme la formule de sa condamnation. On le voit donc : le problème qui se pose est celui du sens de la soulTrance : a-t-elle un sens chrétien, a-t-elle un sens tragique ? Dans le premier cas, elle est la route qui mène à la vie sainte, dans le second cas la vie est assez sainte par elle-même pour justifier même une somme immense de douleur. L'homme tragique dit (( oui » même à la soulTrance la plus amère : il le peut, tant est grande sa force, sa richesse, sa puissance d'enthousiasme. Le chrétien dit « non » à la vie terrestre la plus heureuse : si grande est sa faiblesse, sa misère, son dénuement que la vie sous toutes ses formes lui est une souffrance... Le Dieu crucifié est un anathème sur la vie, un avertissement que nous devons nous déprendre d'elle : Dionysos mis en pièces est une promesse de vie, ■ — ■ de vie indestructible, éternellement renaissante'... »

Si maintenant, revenant à la question que nous nous étions posée au début de cette conférence, nous essayons, pour conclure, de démêler la raison essentielle du succès présent de Nietzsche, il nous semble que 1 opinion contemporaine ait surtout salué en lui l'interprète éloquent et passionné des doutes les plus poi-

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