‹ Études sur la philosophie morale, au XIXe siècleChapitre 9 sur 72 · Ibid., 3og · texte numérisé non relu

Ibid., 3og

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contente. Qu'il s'agisse du choix du successeur parle prédécesseur, qu'il s'agisse des devoirs de I écrivain et de l'organisation, au moins transitoire, de la presse1, de l'organisation du mariage et de la famille*, c'est toujours une « règle morale » qu'il préfère à une « règle politique ». c'est-à-dire une libre acceptation <lc- principes d'ordre social à une réglementation extérieure. Onpeul croire qu'il j a là beaucoup d'utopie el d'optimisme; mais il faut du moins reconnaître que rien ne ressemble moins a un système qui tendrai! à étouffer la personnalité.

Peut-rire l'impression contraire résulte-t-elle d'une confusion fréquente. Si. en parlant du développement de la personnalité, on entend \iscr sous ce mot ce qui différencie les esprits et les caractères, ce qui nous rend dissemblables les uns des autres et parfois presque étrangers les uns aux autres, il est très clair que toul opposé est L'idéal de Comte. Il poursuit dès le début de sa carrière philosophique le rêve d'un état de parfaite el définitive homogénéité mentale el ce qui fait la valeur essentielle de la posilivilé. à ses yeux, c'esl beaucoup moins sa vérité objective que son aptitude à rallier entre eux, comme à organiser intérieurement tous les esprits. Mais précisément parce que Comte, dans Bes théories morales el politiques, se représente un étal de la société où toutes les personnes humâmes penseraient de i ne i ne. où. devenues toutes semblables, elles seraient, comme des monades Leibriiziennes, naturellement en

i. Cf. Caléch., 293. /'"/. /»'.-.. I. a36, l\. 38a, '|."",i- etc. ■ Pol. pos., [V, 019.

I I notre étude précédemment citée, Congres de Philosophie, t [Y,

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harmonie les unes avec les autres, il croit pouvoir, sans crainte de désordre, abandonner beaucoup à L'initiative

de l'iiiclh idu et faire fond sur le sentiment de la responsabilité : l'autorité serait aussi librement et aussi volontiers acceptée qu'elle serait sagement et uniformément exercée.

Ainsi l'on peut soutenir que la négation du droit chez Comte porte beaucoup moins sur la réalité même du droit, que sur une théorie individualiste, qui ferait du droit une arme donnée à l'individu contre l'ordre social, en le fondant sur le caractère absolu de la personne et de la volonté individuelles. Mais d'une part on ne peut nier qu'une telle théorie ne soit en effet le produit d'une spéculation métaphysique assez peu solide ; d'autre part on peut penser, avec Comte, que cette théorie transportée telle quelle dans la pratique, présenterait de réels périls en exposant non seulement l'ordre et la discipline sociale, mais aussi le progrès et les réformes, à être compromis par la résistance des prétentions intéressées ou capricieuses des individus, érigées en intangibles libertés. Ce n'est pas de nos jours qu'on pourrait méconnaître un tel danger, lorsqu'on voit, sur le terrain économique comme sur le terrain moral ou religieux, les revendications les moins rationnelles et parfois les plus rétrogrades, décorées du nom de droits ou de libertés, paralyser les efforts qui tendent à un meilleur équilibre économique ou à une plus réelle autonomie des consciences. Aussi voyons-nous, chez les sociologues ou chez les moralistes, la théorie individualiste du droit perdre chaque jour du terrain au profit d'une théorie tout opposée. On comprend de mieux en mieux, semble- t-il, que, bien qu'individuel dans son

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application, le droil esl Bocial dans son fondement el dans ses déterminations. Comte reconnaîtrait-il dans la notion contemporaine de justice sociale la conception étroite <|u il attaquai! ?

Ne confondons pas. inversement, le droit qu'il écarte avec celui que la conscience contemporaine s'efforce de maintenir, de développer el d'organiser.

2. G'esl d'une manière analogue que nous devons rectifier la première impression que pourrait nous produire l'aversion de Comte pour lu liberté de penser. Certes il l'a critiquée d'une manière âpre ei virulente. Elle lui apparaît comme une prétention affichée par l'individu de mettre ses exigences intellectuelles audessus de l'ordre social et des nécessités morales. En ce sens, on pourrait dire qu'à sa manière Comte a proclame une espèce «le primai de la raison pratique sur la raison spéculative.

Mais ici encore, il faut éviter, si nous voulons être historiens équitables, d'imposer nos catégories à la pensée «le Comte. Nier la liberté de penser, professer la nécessité d'un pouvoir spirituel, il nous semble que ce soit proclamer le régime de l'intolérance. Il est soutenante, en effet, que, à moins d'improbables modifications dans la mentalité générale des hommes, I m tolérance ne tarderait pas à s'inslallt r au sein de la République positiviste. Mais, encore une fois, la question ainsi posée esl sans valeur el sans intérêt, et la seule qu'il convienne historiquement d examiner, c esl

celle de sa\oir si Comte a conclu en cil cl de la négation

île la Liberté dépensera un système d'intolérance. Or,

L'examen le plus superficiel sullil à établir le contraire.

Tout d'abord, L'insistance avec Laquelle d affirme la

nécessité de la séparation dos deux pouvoirs spirituel cl temporel, atteste suffisamment combien il est éloigné de vouloir mettre la force au service de la doctrine. Il redoute autant l'hypocrisie que l'oppression '.

Il y a plus : il reconnaît, au moins pour le présent, l'utilité de la discussion 2. Adversaire infatigable de toute institution académique, de toute Université3, de toute science officielle (il croyait avoir eu beaucoup à s'en plaindre), il requiert, du moins pour la période de transition, la liberté complète d'enseigner ; sa confiance inébranlable dans la vérité et la clarté de sa doctrine lui fait considérer cette liberté comme la meilleure garantie de sa victoire. 11 n'est pas jusqu'à la liberté de la presse, que, pour la même période, il n'accepte pleinement, avec ce seul correctif: l'obligation de tout signer \ qui développe le sentiment de la responsabilité et donne toute, sa force à la sanction de l'opinion publique.

Ainsi l'on voit déjà que Comte ne veut demander qu'à la liberté d'exposition et d'enseignement le triomphe complet du positivisme. Intolérant, il eût prétendu conquérir la force politique pour la mettre au service de sa doctrine. Mais si, pour supprimer l'anarchie, il aspire à une dictature, et s'il a un instant compté sur celle de i852, il ne lui demande pas, tant s'en faut, d'organiser l'oppression des consciences. A celle dictature purement temporelle, il donne au contraire pour mission, en même temps que pour correctif, d'organi-

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