‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 102 sur 513 · Od., I, XVI, 24 sqq · texte numérisé non relu

Od., I, XVI, 24 sqq

SUR HORACE ET SES OEUVRES

Ces tyrans effrontés de la France asservie,

Égorgée !... ô mon cher trésor, 0 ma plume ! fiel, bile, horreur, dieux de ma vie,

Par vous seuls je respire encor *

Ces vers d'André Chénier nous ont offert une bien frappante définition du genre, et par l'entrelacement de mesures inégales, par une verve emportée et furieuse, ils nous ont paru reproduire heureusement quelque chose des ïambes d'Archiloque et des Épodes d'Horace. Nous n'avons pas jugé toutefois que la reproduction fût complète, iLitiés par le poëte latin à l'esprit de cette poésie étrarge que caractérisait che^ les anciens, plus que chez nous, l'union d'une passion violente et emportée, d'images d'une familiarité grossière, d'une crudité cynique, avec l'extrême précision, l'exquise élégance de la forme.

A d'autres inspirations appartiennent les quatre livres diodes, que nous avons ensuite commencé à étudier.

Ici encore se présentait une question chronologique : à quelles époques, plus ou moins certaines, ces compositions, qui ont chacune leur date, curieusement cherchée, ardemment discutée par la critique, ont-elles paru sous forme de recueils? Cette question, noi^s nous sommes appliqué à la résoudre, autant que la chose est aujourd'hui possible, et ce qu'elle avait d'aride a disparu dans l'intérêt de quelques-unes des pièces justificatives dont nous avions à faire usage ; je veux dire ces morceaux si pleins d'enthousiasme, d'orgueil poétique qui, au début et à la fin des livres, en offrent le plus souvent comme la préface et l'épilogue.

Nous avions, d'après Horace lui-même, placé ses Épodes en quelque sorte sous l'invocation d'Archiloque. Nous avons dû rechercher quels autres grands noms de la poésie grecque servaient de décoration , de recommandation, d'inspiration à ses odes, et nous avons formé pour ainsi dire une galerie des portraits tracés par lui de ces lyriques, qu'il reconnaissait comme ses modèles, à qui il se proclamait si

1, André Chenier, lamheSj III.

2'-ik

COUP d'oeil général

radevable, d'xVlc^e et de Sapho avant tous, de Simonide, d'Anacréon, de Pindare.

Leurs œuvres sont en grande partie perdues, il n'en reste le plus souvent que des ruines, que des débris informes; de là l'extrême difficulté d'apprécier l'étendue des obligations qu'Horace leur pouvait avoir, de faire chez lui la part de l'originalité et de l'imitation, de marquer le caractère, de décrire les procédés de cette imitation.

Nous n'avons cep9Qdant point décliné cette tâche préliminaire, et, décomposant le recueil d'Horace, nous y avons distingué quelques pièces qu'on sait avoir été directement traduites, ou du moins imitées des lyriques grecs ; d'autres, un peu plus nombreuses, dont ces lyriques n'ont fourni que le point de départ, que le cadre; enfin un très-grand nombre qui leur doivent certains ornements de détail. Di cette espèce de statistique a résulté pour nous, avec évidence, la conclusion, qu'Horace, peu favorable aux imitateurs, qui a maudit ou bafoué, selon l'occasion, leur servum pecuSy leur sot bétail, comme a traduit la Fontaine, n'a pas mérité d'y être lui-même confondu, qu'il a su conserver dans l'imitation les libres allures d'un poète

original.

Une autre conclusion à laquelle nous avons été amenés, c'est que de ces lyriques grecs, dont il s'est si librement inspiré, nul précisément ne lui a plus profité que Pindare, avec lequel il jugeait bien téméraire, bien périlleux, d'entrer en lutte.

Pindarum quisquis studet œmulari Iule, ceratis ope dœdalea Nititur pennis, vitreo daturus Nomina ponto'.

Non-seulement, comme cette diligente abeille, à laquelle dans cette ode même il se compare, il butine abondamment dans le champ même de Pindare et lui emprunte force détails ; mais il lui doit visiblement quelque chose de la précision, de la hardiesse figurée de son style^ bien que

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