Od., II, xviT, 1 sqq. — 2. Sat., V
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trième et dernière classe d'ornements qui occupe , chez Horace, plus de place encore que les trois autres.
Horace ne parle pas si souvent, dans ses odes, des constellations du ciel, des phénomènes, des saisons, des travaux, des destinées auxquelles elles président; il n'y transporte pas k tout instant ses lecteurs dans des lieux divers; il n'y introduit pas sans cesse la foule des dieux de la fable sans que ces détails mythologiques, géographiques, astronomiques, revêtent sous sa plume une image sensible, sans qu'il nous les fasse voir. La description s'y trouve toujours mêlée, et, lorsqu'ils manquent, les remplace. C'est l'ornement le plus habituel, le plus continuel des odes d'Horace, qui ne cesse jamais de peindre; c'est celui qui nous y attire le plus.
Notre imagination n'est plus maintenant assez païenne pour se plaire beaucoup, malgré l'exquise beauté de la forme, à la mythologie d'PIorace.
Nous ne sommes point des Romains, pour être transportés de cette géographie patriotique par laquelle il faisait parcourir à ses lecteurs la frontière de l'empire, mesurer sa grandeur.
Son astronomie n'a plus pour nous de sens religieux, d'application usuelle ; nous ne la comprenons plus que par l'érudition, nous n'en sommes que médiocrement charmés.
Son astrologie, qui n'était pas sérieuse, a perdu plus encore de sa valeur, depuis que cette prétendue science a perdu tout crédit sur l'esprit humain.
Mais il n'en est pas de même de ces traits descriptifs dont se composent en grande partie ses odes, et qui n'ont pas plus vieilli que la nature, leur modèle, que l'attrait inépuisable qui nous appelle au spectacle de ses accidents divers, de ses phénomènes.
Le recueil d'Horace est bien peu considérable, mais combien il a paru s'ygrandir à nos yeux, lorsque nous l'avons considéré sous re rapport! Nous y avons trouvé la nature sensible exprimée, çà et là, tout entière^ sous tous ses grands aspects, avec toutes ses magnificences et toutes SCS grâces.
SUR HORACE ET SES OEUVRES
Ce n'est pas, nous l'avons vu, qu'Horace soit descriptif à la manière des modernes. Jamais il ne décrit pour décrire; il n'est jamais long, il s'en faut de tout, minutieux dans ses descriptions. Sa manière est celle de Virgile, celle que l'un et l'autre avaient empruntée au goût des Grecs, L t qui remontait, par la tradition, au maître commun de tous, le grand Homère. Le plus souvent une épithète caractérisque, d'autres fois un petit nombre de circonstances, choisies parmi les plus frappantes, rangées dans l'ordre qui les découvre à une observation rapide, groupées de telle sorte qu'elles révèlent l'idée de l'ensemble, et que le tableau, largement ébauché par le poète, s'achève dans l'esprit du lecteur, voilà la vraie, la grande description de Virgile et d'Horace. Cette description est chez Horace, où nous l'avons plus particulièrement étudiée, toute passionnée, animée par un sentiment vif des scènes qu'elle reproduit, par l'amour de quelques lieux préférés, par le goût de la nature champêtre et de la vie rustique.
Tels sont, Messieurs, les aspects généraux sous lesquels, dans les leçons qui ont terminé le cours précédent, j'ai considéré les odes d'Horace. Ces leçons étaient elles-mêmes des prolégomènes destinés à expliquer d'avance les procédés de composition du grand lyrique, pour ainsi dire son dessin et sa couleur.
Que resle-t-il à faire, sinon de substituer à cette analyse une vue plus synthétique des ouvrages eux-mêmes, de les aborder plus directement, plus complètement, de contempler chacun d'eux dans cet harmonieux ensemble, que détruit en l'étudiant, par la préoccupation de beautés partielles, de mérites isolés, la curiosité de la critique?
Mais ces ouvrages sont nombreux; si Ton écarte les Epodes, sur lesquelles il ne sera pas souvent nécessaire de revenir, si on se réduit aux Odes, il n'y en a pas moins de cent vingt et un. Comment s'occuper de tous, et, d'autre part, comment se résoudre à en négliger une partie? Ce n'est pas dans le livre d'Horace qu'on peut choisir.
Nous concilierons, je pense, et la nécessité de renfermer notre sujet dans des limites de temps assez étroites, et la
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convenance de Tembrasser dans toute son étendue, en ne nous astreignant point à l'ordre capricieux, ou, pour mieux dire, au désordre prémédité que présente le recueil lyrique d'Horace, disposé uniquement dans la vue de faire ressortir la souplesse du génie du poète et la variété de ses compositions; en y introduisant cette distribution méthodique, qu'il s'est précisément appliqué à éviter; en rapprochant, en rassemblant sous un même point de vue les pièces qui se ressemblent par la nature des sujets; en les classant en quelque i orte par genres et par esjjèces.
Quel sera le principe de cette classification? Il nous sera indiqué par Horace lui-même, et par son habile traducteur, Boileau. Tous deux, dans les belles définitions qu'ils ont données de l'ode, ont établi deux classes principales de poëmes lyriques, distingué la haute vocation du genre, celle de célébrer, au nom de tous, les dieux, les héros de la patiie, la patrie elle-même, d'une vocation plus famiUère qui le rend l'interprète des affections privées et intimes du poète, jusqu'aux moics sérieuses, jusqu'aux plus folâtres.
D'après cette division, je chercherai d'abord dans le recueil d'Horace les odes du premier genre , ses odes religieuses, ses odes politiques, pour redescendre de là à celles où s'expriment ses amitiés et ses haines, ses amours, son goût pour le plaisir, les principes, les convictions de sa morale épicurienne.
Les premières nous frapperont par l'élévation de la pensée, la hardiesse des mouvements et des images, la précision éclatante du style; mais nous en pourrons dire, sans sacrilège, comme Fénelon des harangues du grand orateur romam, que l'art y est merveilleux, mais qu'on l'entrevoit; que le poëte, dans son transport, se souvient visiblement de Pindare; qu'il se souvient aussi d'Auguste, réglant non moins visiblement les écarts de sa muse sur les volontés, les intérêts du prince.
Arrivés à la partie en quelque sorte privée du recueil, il ne s'offrira plus à nous de traces d'une théorie littéraire empruntée à l'imitation sur les allures qui conviennent à l'ode; plus de traces non plus d'une inspiration conseillée,
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commandée par le pouvoir. Tout nous y paraîtra spontané, libre, original. Nous y verrons, je puis l'annoncer d'avance, et contredire dès aujourd'hui l'opinion commune qui ne règle pas toujours ainsi les rangs, ce qu'il y a chez Horace de plus véritablement lyrique.
Si ces pièces sont telles, c'est qu'elles traduisent, qu'elles expriment les sentiments mêmes du poëte, qu'elles font entendre comme le cri involontaire de son âme. Or, ce caractère les rapproche d'autres morceaux, de genres bien différents il est vrai, auxquels elles nous conduiront. Je veux parler, chacun le comprend, de ceux où Horace, dans des vers très-poétiques encore, mais qui affectent avec grâce la familiarilé, l'abandon du langage ordinaire et même la négligence de la versification, dans des vers qui ont reçu de leur auteur même le nom de causerie, s'entretient avec son lecteur de la nature humaine et de la société, des vices, des travers de lune et de l'autre, de ce que doit fuir le sage, de ce qu'il doit rechercher, de ce que l'expérience lui conseille pour arriver par des voies honnêtes à l'aisance, à la considération,
... decus et pretium recte petet experiens vir>;
et, si le sort contraire, ou plutôt favorable, ne lui a fait échoir qu'une condition médiocre, pour savoir l'accepter de bonne grâce, s'en contenter, s'y trouver heureux, sans ajourner imprudemment le bonheur, sans le chercher, le poursuivre follement où il est rare qu'il se trouve.
Quod satis est cui contingit, nihil amplius optet*.
Tu quamcunque deus tibi fortunaverit horam, Grata sume manu, nec dulcia difler in annum*.
Les leçons de morale, si sensées, si spirituelles, si pleines de charme, dont Horace a su animer, a su varier la forme, par des artifices de composition et de style fort nombreux, qu'il serait long de compter en ce moment, mais sur lesquels nous reviendrons plus à loisir, ces le-
1. Epist., I, XVII, 42. — 2. Ibid.y I, n, 46. — 3. Ihid., I, xi, 22 sq.
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çons, il les a elles-mêmes, comme ses odes, jetées assez confusément dans ses livres de satires et d'épUrcs, Nous devrons leur rendre leur ordre naturel, celui que leur assignent à la fois et la chronologie probable de cette portion des œuvres du poète, et le perfectionnement continu de son caractère, le progrès constant de sa raison. Il dit quelque part à un ami :
T'aperçois-tu que le cours des années, rapproche de la vieillesse, te rendent et plus doux et meilleur?
Lenior et melior fis accedente senectâ' ? ^
C'est que lui-même, grâce à la lecture assidue des maîtres dans l'art de vivre, à l'observation attentive du monde, à l'étude sérieuse de son propre cœur, au désir sincère du bien, à un effort persévérant pour l'atteindre, sentait s'accomplir enlui, plus lentement, il est vrai, qu'il n'eûtvoulu, cette heureuse révolution. Eh bien 1 dans ce changement insensible est le passage que nous devrons chercher et qu'il ne sera pas diflicile de trouver, d'une satire âpre, mordante, à la manière de Lucilius, par laquelle commença Horace, à une autre qui suivit bientôt, plus enjouée, plumaligne que cruelle, amusant de son innocente raillerie ceux-là mêmes auxquels elle s'attaquait, pénétrant, en se jouant, comme par surprise, sans qu'on songeât à lui en interdire l'entrée, dans le secret de l'âme humaine, en touchant doucement, délicatement, les plaies cachées.
Secuit Lucilius urbem, Te, Lupe, te, Muti; et genuinum fregit in illis : Omne vafer vitium ridenti Flaccus amico Taogit, et admissus circum praecordia ludit*.
Ce développement moral d'Horace auquel a exactement correspondu celui de son talent d'écrivain morali te, nous le montrera ensuite, qui, se retirant de la satire et se reposant dans l'épître, renonce à la correction du ridicule et du