Epist., I, xvii, 3. - 2. Ihid,, I, xx
COUP d'oeil général
Nous finirons par elles, et la dernière» la plus considérable, qui a échangé contre le titre d'Art poétique le titre plus modeste que lui avait donné l'auteur, d'Epître aux Pisons, nous permettra de considérer Horace, déjà si grand dans Tode, dans la satire, dans cette sorte d'épître qui est la poésie gnomique des Romains, comme l'un des maîtres du poëme didactique, comme celui qui, en transportant le premier, ou peu s'en faut, dans les matières de goût, cette propriété piquante, cette énergique concision de style, si propres aux préceptes, dont il avait usé si utilement pour l'enseignement de la morale, a fait en son temps l'une des plus heureuses applications qu'il fût possible de la forme
didactique.
C'est ainsi qu'après des prolégomènes qui ont rempli précédemment plusieurs cours, il sera encore donné à celui-ci de suivre, dans la variété des œuvres d'Horace, tout le développement de son génie, d'en retracer une
image complète.
Ce sera Fimage de Rome elle-même à l'époque où vivait Horace. Ce poète, qui ne voulut guère parler que de lui, a pourtant donné place dans ses vers à une multitude de faits et de personnages contemporains. Bien plus, les traits dont il se peignait complaisamment, il en a peint, sans y penser, sinon tous les hommes de cet âge , les plus distingués du moins et les meilleurs. Cette société vieillie dans la guerre civile, qui se laisse tomber, de lassitude, entre les mains d'Auguste ; qui s'attache par désespoir au pouvoir absolu ; qui remplace le sentiment de la liberté par le dévouement à la grandeur de l'État et à la gloire du prince; qui, exclue presque entièrement de la vie publique, se distrait, se console par les délices d'une vie sensuelle, élégante, noblement passionnée pour les arts ; qui ne voit plus dans le culte antique des dieux de la patrie qu'une magnifique décoration propre à imposer au vulgaire et à charmer les imaginations d'élite, qu'un ressort de gouvernement, qu'un thème poétique; qui, pour toute règle dévie, quand elle songe à se régler, n'a que la morale peu relevée de l'intérêt bien entendu, les maximes aui conseillent la fuite des excès
SUR HORACE ET SES OEUVRES
Tusage modéré des plaisirs, la recherche honnête du bienêtre; celte société, Horace en représente la portion la plus estimable ; il nous en offrira dans ses œuvres, où se réfléchit sa vie, la vivante expression.
Mais c'est Ik un sujet d'études morales, et c'est surtout d'études littéraires que nous sommes appelés à nous occuper ici. Les œuvres d'Horace nous fourniront une favorable occasion de repasser en grande partie cette histoire de la poésie latine, notre objet principal. Horace, en effet, a renouvelé avec originalité des genres à l'origine desquels nous devrons remonter de nouveau, dont il nous faudra rappeler encore le développement depuis les poètes grecs qui les ont fondés jusqu'aux premiers imitateurs latins de ces génies créateurs, et depuis ceux-ci jusqu'à notre poète.
J'ai exposé l'année dern'ère, assez complètement pour n'avoir guère à y revenir, comment, après les ébauches lyriques, originales, mais barbares, dont les Romains, durant les cinq premiers siècles de leur histoire, empruntèrent le sujet à leurs travaux rustiques, à leurs sentiments religieux, à leur esprit militaire, à leur amour pour la patrie et pour la gloire ; comment après les odes, bien grossières encore, que produisirent de temps k autre, dans les deux siècles suivants, sous la discipline des Grecs, une imagination longtemps sèche et pauvre, comme celle d'hommes absorbés dans les travaux de la vie pratique, une langue, une versification bien difficilement polies, Horace reçut enfin de Catulle, déjk montée, pour ainsi dire, déjà savamment touchée, cette lyre latine qu'il ne devait point transmettre à d'autres, à laquelle il devait faire rendre tous ses accords.
J'aurai cette année à retracer une histoire semblable, d'autres genres de poésie qu'Horace a de même amenés à leur perfection, et d'abord de la satire.
Elle était plus ancienne assurément que ne le disaient les Romains ; elle avait dans la malignité naturelle à l'esprit humain, et dans la gaieté railleuse de la muse grecque, de lointaines origines dont ils ne convenaient point assez ; mais enfin ils lui donnèrent, on ne peut le contester, la forme
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particulière qu'elle a toujours gardée. Cette forme, vous la verrez s'assembler pièce à pièce sous la main hardie, mais rude, d'Ennius, de Lucilius surtout, et après un intervalle marqué par les impuissantes tentatives de Varron d'Atax* et les succès en un genre analogue de l'autre Yarron, recevoir d'Horace son entier achèvement.
Lucilius nous est assez connu par les nombreux ^moignages de rantiquiié, et même par le petit nombre de débris qui sont restés de ses ouvrages, pour qu'il nous soit possible de comparer avec sa manière de composer et d'écrire, pleine d'une verve indignée et moqueuse, abondant en traits énergiques, en saillies spirituelles, mais déparée par tous les vices de la précipitation, diffuse, négligée, dure, grossière, la raillerie doucement tempérée d'Horace, ses grâces délicates, son élégance, sa pureté.
Une chose nous frappera: c'est que Lucilius, regardé en son siècle et longtemps après comme le modèle accompli de la plaisanterie romaine, Lucilius que Gicéron, qui s y connaissait, appelait encore perurbanus^ ne satisfaisait plus à cet égard les connaisseurs de l'âge d'Horace, qu'Horace du moins était presque tenté de l'appeler, comme il ne craignait pas d'appeler VhniQ^.'inurbanus. Qu'était-ce donc que cette urbanité, dont quelques années avaient ainsi changé le caractère? Nous aurons à nous le demander.
En tout pays, dans les lieux qui sont considérés comme le centre d'une forte civilisation, se rencontre une certaine fleur de politesse, d'esprit, de langage, qui leur est particulière ; c'est l'atticisme des Grecs, l'urbanité des Romains; c'est, chez nous, cette différence plus ou moins réelle qui sépare ou qui séparait Paris de la province, le Français de France du Français de Bruxelles et de Genève. La révocation de redit de Nantes a dispersé en Europe bon nombre de nos compatriotes qui ont continué, eux et leurs fils, d'y parler, d'y écrire en leur langue avec esprit, avec talent quelquefois, mais d'un style qui a en quelque sorte perdu