‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 108 sur 513 · le arlc poct.j · texte numérisé non relu

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SUR HORACE ET SES OEUVRES

son droit de cité, et qu'on qualifie de style réfugié. Quand J. B. Rousseau se retira dans les Pays-Bas, il cessa, rien que par le voyage, d'être un des grands écrivains français, et Voltaire put lui dire avec peu de générosité, mais non de sens littéraire :

Faites tous vos vers à Paris Et n'allez point en Allemagne.

Quand Gresset, après de longues années passées à Amiens, sa ville natale, revint h Paris présider l'Académie française, on ne reconnut plas le goût exquis, la déhcatesse, la grâce de Fauteur de La Chartreuse, et d'une voix unanime le public le renvoya présider l'académie d'Amiens.

Rome était le Paris de l'Italie et du monde entier. On ne vit qu'à Paris et Von végète ailleurs, selon Gresset qui l'éprouva. Urbem, Urbem cole, s'écrie Gicéron, et in hac luce mue*.... Adspectus videlicet Urbis tibi tuam pristinam urbanitatem reddidit^.,.. La grande ville , c'est pour lui, il le répète partout et sous toutes les formes, le séjour unique d'une sorte de grâce et d'élégance suprêmes, d'un agrément singulier auxquels ne peuvent atteindre tout l'esprit, tout le talent des provinces.

Cette urbanité, pour l'appeler par son nom, que Gicéron admirait chez Lucilius et chez d'autres antiques railleurs, dont la tradition avait conservé les bons mots, en quoi la faisait-il consister? A ce qu'il semble, d'après ses définitions et sa pratique, dans un certain franc parler, spirituel, facétieux, plein de sens comme de saillies, dont les traits les plus hasardés étaient autorisés par ce qui pouvait subsister de l'ancienne simplicité, de l'ancienne rudesse des mœurs romaines, par la liberté républicaine, Gicéron ne savait pas, ne pouvait pas savoir, que bientôt des bienséances plus sévères, une élégance plus raffinée, introduites par l'établissement de l'empire, par les habitudes d'une cour, feraient reléguer cette urbanité d'un autre âge parmi les choses surannées, qu'on la taxerait dédaigneusement de

l.Fam., II, \2. — 2.Ibid., III, .

COUP D'OilL GÉNÉRAL

rusticité. Lui-même Tëprouva presque, et plus encore Lucilius, comme on le voit chez Horace. Assurément Horace a su dignement apprécier et louer ses rares mérites de poëte satirique, il en fait surtout l'éloge en Timitant ; toutefois c'est par concession, par grâce, pour ne pas trop choquer l'opinion reçue qu'il dit de lui : fuerit comis et ur~ banusK Dans la même pièce, il retire cette expression, définissant ainsi le ton, le style de la satire:

Ce n'est pas assez, selon moi, de provoquer le rire, quoique ce soit quelque chose. Il faut un tour rapide et feref, qui dégage précipite la pensée et dispense l'oreille d'une vaine surcharge de mots. Il faut un langage quelquefois sérieux, souvent enjoué, où paraisse tantôt l'orateur, le poëte, tantôt aussi l'homme du monde, qui n'use point de toutes ses forces, qui sait même en sacrifier une partie. Mieux vaut souvent, pour trancher les plus grandes difficultés, une saillie qu'un discours acre et véhément.

Ergo non satis est risu diducere rictum Auditoris; et est quaedam tamen hic quoque virtus. Est brevitate opus, ut currat sententia, neu se Impediat verbis lassas onerantibus aures. Et sermone opus est modo tristi, sœpe jocoso, Defendente vicem modo rhetoris atque poetae, Interdum urbani, parcentis viribus, atque Extenuantis eas consulto. Ridiculum acri Fortius et melius magnas plerumque secat res *.

Ces vers, où Horace a si bien dit ce que n'était pas assez la satire de Lucilius, expriment en même temps, on ne peut mieux, ce qu'était la sienne. Il faut toutefois, nous ne Toublierons pas, dans le développement de son talent satirique, distinguer une époque première, où le jeune poëte, à l'âge où Ton imite tout de ses modèles, tout jusqu'à leurs défauts, s'est permis de certains traits, trop peu fins, trop peu délicats, qu'il n'eût pas, un peu plus tard, pardonnes à Lucilius.

Le goût n'a rien à reprendre dans ses épîlres^ productions de sa maturité, chefs-d'œuvre accomphs de raison et

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