Sat.y I,x, 64. — 2. Ibid.j 7 sqq
SUR HORACE ET SES OEUVRES
d'agrément. Plus qu'ailleurs peut-être il y paraît créateur, bien que ce genre se rattachât à la poésie gnomique aes Grecs et que, dans une ville où longtemps, selon Horace, les vieillards s'étaient plu a enseigner, et les jeunes gens à apprendre d'eux comment on pouvait accroître son patnmoine, vertu romaine par excellence, et retrancher de ses
passions ruineuses,
Per quae Grescere res posset, minui damnosa libido', •
les poètes eussent dû s'aviser de bonne heure de rédiger en vers les conseils utiles à la vie. Nous rechercherons si l'on ne pourrait pas faire remonter, par une sorte de généalogie, les Épitres d'Horace aux Prœcepta, aux Protreptica, du reste bien peu connus, d'Ennius, et dans des époques encore plus reculées, à ce poëme vénérable d Appius Glaudius Cœcus, que Gicéron quahfie de pythagorique* à ces maximes du devin Marcius% qui devaient être dans les premiers siècles de Rome ce que furent pour nos aïeux, selon un personnage de Molière,
Les quatrains de Pibrac et les doctes sentences Du conseiller Mathieu.
Horace n'avait pas prétendu aux honneurs de la poésie didactique proprement dite ; c'est la postérité qui l'y a appelé, je l'ai déjà dit, en décorant son Epitre aux Pisons du titre à' Art poétique: je ne contredirai pas ce jugement; ie m'en autoriserai au contraire pour retracer rapidement l'histoire d'un genre qui devait plaire à l'esprit pratique de^ Romains; qui se produisit à Rome sous les trois formes, gnomique, scientifique, descriptive, qu'il avait successivement affectées chez les Grecs ; qui enrichit la littérature latine, après une longue suite de productions plus
l: Tiilc:; ^kST'^^- SaUust., Ve Hep. ordr, Fest. Non. Pris-
''3";Frav''Mall. Theodorus, De metris, éd. Heuzinger, 1755 in.40, p, 95. Cf. G. Heimann, Elément, doclr. metr. lU, ix, p. àôiS,
COUP d'oeil général
ou moins estimables, peu épargnées par le temps, de quelques chefs-d'œuvre destinés à toujours vivre. Ce n'est pas seulement dans VEpicharmus d'Ennius, dans la Chorographia, dans les Libri navales de Varron d'Atax, dans les Phnomèms, les Pronostics de Cicéron, dans ce qui effaça ces ouvrages et tant d'autres, dans le poème De la Nature et les Gcorgiques, qu'il faut chercher les antécédents de VArt poétique d'Horace. Horace, je le ferai voir, n'était pas le pre:mer des poètes romains qui eût songé à exprimer en vers des idées appartenant à la littérature elle-même. Mais nul avant lui ne l'avait fait avec autant de suite, dans un ouvrage de telles proportions et de si grande portée par la valeur des préceptes et l'autorité d'une expression qui est toute seule une leçon vivante de goût. Horace n'avait été devancé par personne dans l'art, qu'il a si bien défini, de cette brièveté pénétrante qui fait arriver à l'instant le précepte à l'intelligence et l'y grave en traits ineffaçables, qui la rend docile à comprendre et fidèle à retenir :
Quidquid praecipies, este brevis, ut cite dicta Percipiant animi dociles teneantque fidèles'.
Horace n'avait non plus appris de personne et il a enseigné à bien peu comment on peut énoncer, non-seulement avec clarté, mais avec intérêt, animer d'une sorte de vie les notions les plus abstraites, les prescriptions les plus sèches de la poétique.
On le voit, à l'histoire particulière des poèmes d'Horace se liera naturellement l'histoire généiale de la poésie latine elle-même. Il suffirait d'ailleurs pour nous y ramener des passages nombreux dans lesquels l'auteur des Satires des Epitres, de VArt poétique, en a caractérisé les différents âges et les principaux représentants. Plusieurs de ces jugements seront à discuter, peut-être à contester. Il a quelquefois traité ses prédécesseurs, Lucilius d'abord, et ensuite la plupart des anciens poètes de Rome, avec cette justice rigoureuse dont on peut dire : Summum jus,