‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 111 sur 513 · Sat.j · texte numérisé non relu

Sat.j

D'HORACE CONSIDÉRÉ PRINCIPALEMENT COMME POÈTE DIDACTIQUE (Cours de 1 845-1 846, leçon d'ouverture)

Messieurs,

L'histoire de la poe'sie latine nous ayant amenés, d'époque en époque, à la plus considérable et à la plus écla- , tante, le siècle d'Auguste, et, dans ce siècle, à l'un de ses deux plus grands représentants poétiques, Horace, nous avons d'abord étudié ses odes dans leurs rapports :

Avec les accidents de sa vie et les événements de son temps;

Avec la variété de ses éludes, de ses lectures philosophiques et littéraires ;

Avec le génie de ses modèles grecs;

Avec les etlbrts plus ou moins heureux de ses prédécesseurs latins.

Nous avons soumis à Panalyse, d'une manière générale, les procédés de sa composition et de son style.

Après ces prolégomènes, il fallait aborder les ouvrages eux-mêmes plus directement, en faire l'objet d'un examen plus particulier, en les classant d'après les formes diverses, lyrique, satirique, didactique, que le poëte leur a -données, d'après la diversité des sujets qu'il y a traités. De là une

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revue méthodique de ce que contient, un peu confusément, le recueil d'Horace, revue dont il faut rappeler le commencement avant d'en annoncer la suite.

Nous réglant sur le développement du génie d'Horace, et non sur la disposition de son recueil, qui le contredit quelquefois, nous avons rencontré d'abord ses Épodes^ satires lyriques composées à l'imitation d'Archiloque, dans les premières années de sa jeunesse; pièces remplies des passions emportées de cet âge, où, selon le génie du genre, alliant à des images d'une familiarité grossière, à des expressions d'une crudité cynique l'extrême précision, l'élégance exquise de la forme, il a donné un libre cours à des colères de toute sorte, politiques, morales, littéraires, amoureuses.

Les Épodes sont en petit nombre. Le poëte, qui abandonna (le bonne heure la muse furieuse d'Archiloque, ne compléta pas sans peine le livre qui les devait contenir, et il le publia tardivement, si même il le publia lui-même, ce dont quelques critiques ont douté. Il n'en est pas ainsi des Odes auxquelles, après ses premiers essais ïambiques et satiriques, s'appliqua, sans renoncer toutefois à la satire, le génie du poëte, jusqu'au temps oii l'âge menaça de lui enlever, a-t-il dit, l'inspiration, la verve lyrique, tendunt extorquere poemata, et où il fit retraite dans l'épître et le jjoëme didactique. Dans ces pièces, aussi nombreuses que variées, et qui ne forment pas moins de quatre livres, Horace a pris tous les tons depuis le plus sublime jusqu'au plus folâtre et au plus familier.

Nous l'avons d'abord et surtout considéré dans cette partie de son recueil lyrique, qui nous en a semblé la partie publique, et dans laquelle il a parlé au nom de tous aussi bien qu'en son propre nom, où il a prêté une voix et une voix bien éloquente aux sentiments de la patrie. Telles sont un grand nombre de pièces que l'on peut distinguer des autres par l'appellation générale d'odes religieuses d'odes politiques.

L'histoire de la vie d'Horace nous a appris ce qu'il fallait entendre par ce mot de religieuses appliqué à ses odes, Horace, dans sa jeunesse, est un franc épicurien qui, s'il

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croît à des dieux, les regarde, avec Êpîcure et Lucrèce, comme absents du monde, indifférents à ce qui se passe :

Namque deos didici securum agere aevum, Nec, si quid miri faciat natura, deos id Tristes ex alto cœli demittere tecto'.

Plus tard, la vue de certains phénomènes physiques, la considération de certaines révolutions politiques semblent ramener à reconnaître que la divioité n'est pas si étrangère à notre globe, et qu'elle s*en occupe davantage :

Nunc retrorsum Vêla dare, atque iterare cursus Cogor relictos *.

Il y a loin cependant de ce déisme passager à la dévotion polythéiste qu'on a quelquefois supposée au poëte, et à laquelle certains passages de ses odes pourraient faire croire ; celui, par exemple, où il attribue à la négligence du peuple romain pour le culte des dieux les malheurs de la patrie :

Delicta majorum immeritus lues, Romane, donec templa refeceris *

Mais cette ode elle-même, composée pour servir les desseins politiques d'Auguste auxquels importait le rétablissement des mœurs et de la religion, n'a rien que de politique.

Qu'est-ce donc que la religion dans les odes d'Horace, puisqu'il n'y faut pas chercher un véritable acte de foi et d'adoration? Ce qu'elle était alors pour la haute société romaine, quelque chose de littéraire, de social, de politique. C'est l'emploi littéraire d'une forme consacrée en poésie ; c'est une marque de déférence donnée aux convenances sociales, qui ordonnent de respecter l'objet des adorations de la foule et du culte officiel ; c'est l'expression du dévouement au gouvernement à la fois monarchique et théocratique d'Auguste.

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