‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 113 sur 513 · LA POÉSIE DIDACTIQUE CHEZ LES ROMAINS · texte numérisé non relu

LA POÉSIE DIDACTIQUE CHEZ LES ROMAINS

société, lesquelles semblent autant de merveilles. Il y en a une autre, dont les auteurs, longtemps après, au milieu du raffinement social, cherchent par un effort savant, rarement heureux, à se replacer dans une situation devenue impossible, à retrouver l'inspiration naïve des premiers âges. Telle est l'épopée de Virgile, bien belle, mais autrement que celle d'Homère. .

Il y a une ode où, primitivement aussi, s'expriment par le chant et la danse, avec un emportement hardi, les affections publiques et les sentiments intimes de l'âme. Il y en a une autre, venue beaucoup plus tard, qui ne chante plus que par métaphore, dont les hardiesses, les transports, les écarts, le désordre, sont U7i effet de rart. TzV.Z est l'ode d'Horace, belle d'une autre beauté assurément que celle de ses maîtres Alcée, Sapho, Anacréon, Pindare.

On peut faire une distinction pareille pour la poésie didactique. Il y en a une qui, à certaines époques, dans certains sujets, est vraiment Finstitutrice des hommes; il yen a une autre qui n'enseigne, ne veut rien enseigner à personne, dont les leçons, toutes fictives, sont un prétexte aux jeux de l'imagination, à l'application de l'art des vers. A la première conviendrait le nom de poésie didactique naturelle, à la seconde celui de poésie didactique artificielle.

Gela n'est point une théorie arbitraire ; c'est la formule d'une histoire dont les poètes se sont chargés, comme il leur convenait, de raconter les temps fabuleux.

Les hommes, errant dans les forêts, apprirent d'un fils, d'un interprète des dieux, à s'abstenir du meurtre, à renoncer aux habitudes d'une vie grossière. Voilà pourquoi on a dit qu'Orphée savait apprivoiser les tigres et les lions. On a dit aussi d'Amphion, le fondateur de Thèbes, qu'il faisait mouvoir les pierres au son de sa lyre, et par ses douces paroles les menait où il voulait. Ce fut, en ces temps reculés, l'œuvre de la sagesse de distinguer le b'.en public de l'intérêt privé, le sacré du profane, d'interdire les unions brutales, d'établir le mariage, d'entourer les villes do remparts, de graver sur le bois les premiers codes. Par là tant d'honneur et de gloire s'attacha au nom des chantres divirs et à leurs vers.

LA POESIE DIDACTIQUE

Ainsi parle Horace*, et Boileau, on le sait, l'a répété en beaux vers *. L'un et l'autre, si nous continuons de les citer, nous amèneront jusqu'à Tâge historique du genre dont nous recherchons Torigine, dont nous voulons suivre les développements divers.

Il se produit presque en même temps que le genre épique, que le genre lyrique, et pour caractériser son rôle, Horace se sert d'une expression remarquable qu'un grand poëte, son prédécesseur et son maître, avait créée. Lucrèce avait dit, plein de pitié, des hommes vainement fourvoyés à la poursuite du bonheur : « Hs errent, ils cherchent çà et là la route de la vie. »

Errare, atque viam palantes quœrere vitae*.

Horace, reprenant l'expression de Lucrèce, dit de la poésie didactique du premier âge, qu'il lui fut donné d'enseigner cette route :

Vinrent Homère et Tyrtée qui, par des vers aussi, animèrent aux combats les courages. C'est en vers que se rendirent les oracles, que s'enseigna la route de la vie.

Et vitae monstrata via est *.

A cet énoncé général, Boileau, dans son imitation, ajoute le grand nom d'Hésiode, principal représentant de cette poésie didactique, institutrice des hommes aux anciens jours.

Hésiode à son tour, par d'utiles leçons,

Des champs trop paresseux vint hâter les moissons.

En mille écrits fameux la sagesse tracée

Fut à l'aide des vers aux mortels annoncée*.

L'histoire dont ces beaux vers d'Horace et de Boileau sont comme l'introduction, se divise, chez les Grecs, en

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