‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 115 sur 513 · Sext. Empir., Adv. Ualh., VII, m · texte numérisé non relu

Sext. Empir., Adv. Ualh., VII, m

POÉSIE LATl.NE

290 LA POÉSIE DIDACTIQUE

La philosophie, non plus que l'histoire, ne peuvent longtemps parler en vers. Un moment arrive en Grèce où Tune et Tautre passent à la prose, rhistoire d'abord, ensuite la philosophie. Le poème didactique cède tout à fait la place à des genres d'une inspiration plus vive, plus animée, qui captivent dIus puissamment la curiosité et Tintérêt, qui exercent plus d'empire sur les esprits, au genre dramatique surtout, dans lequel semble se concentrer tout entière la faculté poétique des Grecs. Quand, après un long temps, linit son règne exclusif, ei que de la poésie, qu'il a comme épuisée, il ne reste plus que la versification, l'école alexandrine en applique industrieusement les formes à la science, dans de nouveaux poèmes didactiques, qui sont comma la dernière ressource d'une littérature en détresse : poèmes dont rérudidon, l'archéologie, les connaissances géographiques, physiques, astronomiques, la médecine, l'histoire naturelle, fournissent la matière, mais où l'instruction n'est qu'un prétexte, où le but véritable, c'est l'exercice, trop peu involontaire, de l'art inoccupé des vers, la recherche plus curieuse qu'inspirée d'agréables détails, par-dessus tout le travail ingénieux, mais froid, de la description. C'étaient, on peut le croire, des compositions presque entièrement descriptives que les poèmes savants d'Ératosthène, de Nicandre, de Gallimaque, d'Apollonius. Nous le savons par Aratus dont le poème venu jusqu'à nous, et dans son texte élégant et dans les traductions quelquefois d'une rudesse énergique, quelquefois d'une élégance effacée, qu'en firent à l'envi les Romains, nous représente seul toute cette littérature artificiellement didactique. D'Aratus à Oppien, écrivain autant romain que grec, qui écrit sous Septime Sévère, sous Garacalla, souvent à l'imitation des poètes latins, ses poëines de la Chasse et de la Pêche, le poème didactique devient une production tout h fait factice, qui ne donne plus guère ni instruction, ni plaisir, qui demeure également étrangère à la poésie et à la science, et offre tout au plus le mérite d'une expression ingénieuse et l'intérêt de la difficulté vaincue. Les sujets les plus prosaïques et les plus futiles lui conviendront désormais, pour pdu

CHEZ LES ROMAINS

qu'ils se prêtent k ces procédés descriptifs qui ont remplacé le grand art de peindre.

Cette succession des poèmes gnomiques, des poèmes philosophiques et scientifiques, des poèmes purement descriptifs, que je viens de signaler rapidement dans l'histoire générale de la poésie didactique chez les Grecs, a quelque chose de nécessaire qui se retrouve partout. Elle n'a pas manqué, par exemple, à notre littérature.

Nous avons eu, au seizième siècle, des livres de morale rédigés en vers, sous forme de maximes détachées. Ils exposaient sous cette forme brève, favorable à la mémoire, pour l'enfance, la jeunesse, et même l'âge mûr, la science de la vie. Ce sont nos poèmes gnomiques.

Tels sont les Mimes de J. A. de Baïf, le meilleur de ses ouvrages, renfermant seize cent soixante sixains d'une bonne morale pratique, et quelquefois, dans leur tour, d'une forme poétique agréable. En voici un échantillon :

Ce n'est pas moy, mais c'est mon livre. Si tu veux, qui t'apprend à vivre.

Mon livre est plus savant que moy.

Bien souvent mon livre m'enseigne, Et son conseil je ne dédaigne, Qui m'a souvent tiré d'émoy.

Tels sont encore les Quatrains de Pibrac*, cités et vantés par Montaigne ^ ; ceux du président Favre , le père du grammairien Vaugelas'^; ceux de P. Matthieu, conseiller historiographe de Henri IV*, appelés aussi ses Tablettes. Ces trois recueils, qui eurent un grand succès, ont été quelquefois réunis en un seul. C'était un manuel de morale qui servait à l'éducation, comme chez les Grecs les vers d'Hésiode ou de Théognis. Il y a de cela un témoi-

1. Cinquante quatrains contenant préceptes et enseignements utiles pour la vie de l'Iiomme, composés à l'imitation de Pfiocilides, Epicharmus et autres poètes grecs. Paris, 1554^ in^".

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