Epht. ad Quint, fr., III
goricienne, qu'il ait eu le droit de dire, comme Lucrèce : Obscura de re liicida pango carmina. Les ténèbres ou les lueurs douteuses de son exposition désespéraient encore, au quatrième siècle de notre ère, Licentius, qui écrivait i lui-même assez obscurément à son ami Augustin, déjà évêque en Afrique :
Quand je veux pénétrer dans les mystérieuses profondeurs du livre où voyage Varron, la vue de mon esprit est comme émoussée, il recule plein d'effroi devant la lumière qui le frappe. Faut-il s'en étonner? Chez moi languit l'ardeur de ^'étude, quand tu ne lui tends pas la main; elle n'ose seule prei:dre Pes-or. A peine un savant désir m'a-t-il poussé à parcourir la suite dilfjcile des démonsti ations d'un si grand homme, à en chercher, à travers leurs saints voiles, le sens caché, à apprendre de lui quels tons composent l'harmonie qui règle le chœur des astres et charment Toreille du dieu de la foudre, que la grandeur de ces ohjets accable mon inlelligence et l'enveloppe comme d'un nuage. Alors, tout hors de moi, j'ai recours aux fi;^^ures que l'on trace sur le sable et rencontre encore d'épaisses ténèbre^; je veux dire, en somme, la cause des lumineuses révolutions de ces astres, qu'il nous montre à travers les nuages comme perdus dans l'espace ^
Les autres vers de Varron nous sont connus, pour la plupart, ou par Virgile, qui leur a fait grand honneur en les copiant, ou par ses scoliastes, Servius et autres, qui nous ont dénoncé son larcin. On y remarque, fort élégamment exprimés, quelques-uns de ces pronostics qui, avant d'arriver à Virgile par Varron, étaient venus à ce dernier, par Cicéron, d'Aratus, leur premier interprète, si toutefois c'est bien Aratus qui, pour en orner ses vers, les a le premier tirés des ouvrages météorologiques d'Aristote et de Théophraste. Varron les avait-il insérés dans sa Chorégraphia ? Cela est douteux. Ces pronostics semblent mieux convenir à ses Libri navales, navigation poétique, de mers ^ en mers, d'îles en îles, sur tous tes rivages, qui lui avait probablement mérité de la part d'Ovide le litre de velivoli
Licent. Carm. ad Augustinum, 1 sqq. Voy. Wernsdorf, Poet, lat. minor.
\.i^'ïff*-«f^
LA POÉSIE DIDACTIQUE
CHEZ LES ROMAINS
maris vates, et où nous savons qu'il avait décrit les signes
de la tempête.
Ainsi, dans le septième sièc'e de Rome, où finissaient sa tragédie et sa comédie, laissant Ja place aux autres genres longtemps supprimés par leurs succès et particulièrement au genre didactique, la navigation et les voyages, la description de la terre et du ciel, les sciences géographiques, physiques, astronomiques, étaient une des préoccu*pations habituelles de la poésie. Gela tenait à rinflLience des modèles alexandrins, les plus voisins par la date, et dont il était plus facile aussi d'enlever Tartificielle élégance. Gela tenait de plus à la mystérieuse nouveauté de ces connaissances, pour l'ignorance romaine du moins, qu elles séduisaient par un charme encore poétique. On comprend comment plus tard Virgile se sentait de même attiré vers elles et y touchait, en passant, avec discrétion,
mais avec amour.
Chose remarquable, qui tient à l'inégalité des deux sociétés auxquelles s'adressaient tour à tour, et dans leur propre langue, et dans des traductions, les poètes alexandrins : en passant des Grecs aux Romains, moins polis, moins savants, ils devenaient, par cela même, moins exclusivement descriptifs, plus didactiques. Ils étaient , comme avaient été les poètes philosophes, des révélateurs de la science, des initiateurs de Tignorance à ses merveilleux secrets.
D'autres poésies didactiques de la même époque, qui avaient la littérature pour objet, et témoignaient, par cela même, du progrès de l'esprit littéraire à Rome : — un poëme où Porcins Licinius écrivait bien prématurément l'histoire de la poésie latine encore à son berceau ; — les inscriptions souvent versifiées, des images recueillies par Varron dans ses HebdomadeSy et dont bon nombre représentaient des écrivains et des poètes ; — celles du même genre, dont Atticus avait décoré son Amaltheinn, c'est-hdire sa bibhothèque* ; — le Aeiuiojv, sorte de guirlande