Cic. ad Âttic, 1, 16; Cf. ibid. II, i
poétique, où Cicéron avait encadré l'éloge de Térence, principale préoccupation d'un temps qui ne comptait guère d'autre grand poète ; — l'épigramme dans laquelle César, semblant répondre à Cicéron, refuse à Térence la force comique ; — enfin le catalogue, envers techniques, oùVolcatius Sedigitus, que rien n'empêche de rapporter à ce siècle, a rangé, un peu arbitrairement, ce semble, les poètes de la fabula palliata ; — tous ces morceaux, de mérite inégal, mais de sujet pareil, conduisent par une autre voie jusqu'à cette partie des œuvres d'Horace qui en semble la continuation, et où il développe, il applique en critique les règles du goût. Les grands poètes, si originaux qu'ils soient, ne procèdent pas seulement de leur génie. Ils ont toujours, même dans les œuvres qui leur semblent le plus propres, des prédécesseurs auxquels les rattache une sorte de généalogie. L'histoire qui vient d'être retracée détruit, on Ta vu, cette espèce d'isolement glorieux où le temps, qui ne laisse guère subsister que les chefs-d'œuvre, a placé, avec le poëme De la Nature^ les Géorgiques eil' Art poétique, Virgile, au temps de sa jeunesse, lorsqu'il cherchait encore sa voie, avait été fort préoccupé de la gloire de Lucrèce, fort tenté de la grandeur d'un poëme où il aurait à son tour développé les phénomènes, les merveilles de la nature. Il y a de cette vocation passagère des traces frappantes dans ses Géorgiques^ où, tout en parlant avec charme du sujet auquel il s'est restreint, il. ne laisse pas de regretter éloquemment celui qu'il a quitté et ne néglige pas l'occasion de s'en rapprocher un instant, où il associe aux connaissances pratiques du simple cultivateur quel • ques notions savantes, magnifiquement exprimées. On se rappelle les vers dont nous montrions tout à l'heure l'imitation chez La Fontaine, et que Delille a ainsi traduits :
0 vous à qui j'offris mes premiers sacrifices, Muses, soyez toujours mes plus chères délices! Dites-moi quelle cause éclipse dans leur cours Le clair flambeau des nuits, l'astre pompeux des jours; Pourquoi la terre tremble et pourquoi la mer gronde; Quel pouvoir fait enfler, fait décroître son onde;
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304 LA POÉSIE DIDACTIQUE
Comment de nos soleils l'inégale clarté S'abrège dans l'hiver, se prolonge en été, Gomment roulent les cieux, et quel puissant génie Des sphères dans leur cours entretient l'harmonie. Mais, dans mon corps glacé, si mon sang refroidi Me défend de tenter un effort si hardi, C'est vous que j'aimerai, prés fleuris, onde pure, J'irai dans les forets couler ma vie obscure'.
Ainsi donc les Géorgiques liennent par certains côtés à ces compositions scientifiques imitées, à la fm du siècle précédent, de Térudite Alexandrie. Elles se rattachent, d'autre part, par des rapports plus lointains, à ces poëmes où, dans les premiers âges, se déposaient, se conservaient les notions pratiques acquises par l'expérience. Elles s'y rattachent, mais, cela était inévitable, un peu artificiellement. Au temps oii écrivait Virgile, le rôle d'Hésiode, comme celui d-Homère auquel il passa ensuite, n'était plus possible que par une sorte de supposition, de convention littéraire. Après les traités de Caton et de Varron, que suivra bientôt celui de Columelle, il n'y a plus place véritablement pour renseignement de la vie rustique par la poésie. Cet enseigner eut est fictif; il s'adresse à ceux qui n'en profiteront pas, pour l'appliquer du moins. Les Géorgiques sont un prétexte à des peintures, pleines de vérité et de charme, de la nature et des travaux de la campagne.
Ce poème toutefois, plus heureux que les poèmes de Delille, peut 5e disculptr d'appartenir au genre, toujours quelque peu frappé de froideur, que l'on appelle descriptif, La description qui le remplit y est animée par un intérêt tout présent, intérêt patriotique, intérêt social. L'agriculture, ce travail de Rome naissante, d'où sont sorties ses fortes vertus et sa gloire, est impuissante même à nourrir sa décadence. Bien des causes en ont précipité le déclin : rétendue toujours croissante des possessions, la substitution du travail des esclaves au travail des iiommes libres,
CHEZ LES ROMAINS
la transformation des terres labourables en pâturages, des fermes en maisons de plaisance, en parcs, en jardins; les dévastations de la guerre civile, la dépossession violente des anciens propriétaires remplacés par les vétérans de Sylla, de César, d'Octave, cultivateurs négligents et malhabiles. L'agriculture n'existe donc plus en Itahe ; il faut la remettre en honneur, la faire revivre. Virgile, qui a plaidé dans ses èglogues la cause des habitants de la campagne, plaide ici celle de la campagne elle-même, de la campagne abandonnée, devenue déserte, stérile :
Squalent abductis arva colonis».
Il a reçu cette mission de son génie, qui y est si propre :
Molle atque facetum Virgilio annuerunt gaudentes rure Gamœnae*;
A Virgile les muses rustiques ont accordé le don des grâces touchantes, de l'exquise élégance.
Il Ta reçue du prince qui a entrepris la tâche, impossible à la politique aussi bien qu'à la poésie, de faire revivre les mœurs primitives, les vieilles vertus. Il l'a reçue de son temps, d'une société fatiguée de guerres, de politique, de discordes, que l'ennui des jouissances du luxe précipite, en imagination du moins, vers la simplicité des champs, la vie rustique, la nature. Quel à-propos ! quelle source féconde d'intérêt I
Il n'y en a pas moins, mais d'une autre sorte, dans fArt foèlique d'Horace et dans les belles épitres à Auguste, h Florus, qu'il y faut associer. On doit y voir autre chuse que l'industrie d'un écrivain habile, qui enferme dans des vers précis, élégants, pleins de sens et d'énergie, des idées jusque-là rebelles à l'expression poétique. Ces idées répondent aux préoccupations d'un public métromane et critique, qui compose et qui juge, qui compare avec passion les
Me yero primum dulces ante omnia musae, etc.
(Virgil., Georg., II, 475-486.)