DE> ÉTUDES CLASSIQUES
ser ni l'un ni l'autre. Or, c'est précisément, c'est surtout à cette culture générale de l'intelligence, à part toute vue intéressée d'utilité pratique, qu'est utile l'éducation, avec cette variété de connaissances qu'elle comprend; sans excepter, ce qui nous intéresse plus particulièrement, la connaissance des langues et des littératures de l'antiquité, de l'éloquence et de la poésie des Grecs et des Romains.
Qui voudrait, à moins de se résigner à vivre ici-bas en étranger, ignorer complètement et son être et la nature, et ce globe et les races diverses, les générations successives de ses habitants? Or, parmi les objets qu'embrasse une curiosité si légitime et si nécessaire, et que nous énumérions tout à l'heure, on comprendra sans doute les sentiments et les idées qui, en divers lieux, à diverses époques, ont occupé l'âme humaine, et se sont traduits dans les monuments des arts et de la pensée; on comprendra ces monuments des sciences qui sont les matériaux et le complément de l'histoire.
Mais ce n'est pas seulement parce qu'elles satisfont au besoin que nous avons de connaître la vérité, que nous intéressent ou ont droit de nous intéresser ces études; c'est encore parce qu'elles répondent au sentiment qui nous emporte à la poursuite du beau, sentiment inquiet de sa nature, qui ne se repose pas volontiers dans les productions contemporaines et compatriotes, qui aime à s'expatrier, à se dépayser, pour le temps comme pour l'espace, à parcourir toutes les formes que l'art peut revêtir, depuis les plus récentes jusqu'aux plus anciennes, jusqu'à Shakespeare, jusqu'à Homère, ces deux points de départ de l'imagination humaine.
De tels besoins de l'esprit ne sont point à coup sûr une illusion, et ce qui y satisfait ne peut sans une légèreté singulière être traité d'inutile.
Mais voici une utilité, une utilité vraiment pratique, dont on ne tient point assez de compte quand on déprécie les études classiques. Par la lutte qu'elles établissent entre nos langues modernes et les langues de l'antiquité, qui en
SUR l'UIILITiÎ
diffèrent si complètement pour la forme et pour Tesprit, par le commerce où elles nous font vivre avec les plus rares intelligences qui aient honoré Thumanité, elles sont éminemment propres h donner à l'esprit de la rectitude, de l'étendue, de la sapjacité, de la force, de l'élévation. Sans doute on n en retire pas des connaissances positives, applicables à Tinstant même dans les diverses carrières de la vie sociale; non, mais on y forme l'instrument avec lequel s'acquièrent ces connaissances, avec lequel s'opèrent tous les travaux de la pensée; elles sont par là une merveilleuse préparation aux éducations spéciales qni nous attendent tous en entrant dans le monde. Ainsi l'entendaient nos pères, dont nous sommes trop portés aujourd'hui à suspecter le sens commun, lorsque, par un excès blâmable sans doute, ils faisaient de l'antiquité l'objet unique de l'enseignement. Ne les imitons pas dans cette prédilection exclusive ; mais aussi, par un autre excès, ne rejetons pas légèrement ce qui durant des siècles a doté notre pays d'une si grande quantité d'hommes distingués en tout genre, que ce que nous pouvons espérer de m^ieux de la perfection de nos systèmes et de nos méthodes d'éducation, c'est d'égaler un jour cette fécondité, cette richesse de
résultats.
Je borne ici ces réflexions. Je n'ai voulu que témoigner, en ce qui me concerne, comme chargé dans cette Faculté de l'enseignement d'une partie des lettres latines, que je ne me sens nullement touché de ces déclamations banales dont on poursuit aujourd'hui nos études classiques. Au contraire, c'est avec une pleine et entière confiance que je reviens m'asseoir dans cette chaire, et si j'y apporte quelque trouble, il vient uniquement de la crainte bien naturelle de ne pas répondre, comme je le voudrais, à l'intérêt du sujet dont j'ai à vous entretenir.
Il y a peu de jours que, parcourant l'Italie, en partie dans le dessein de me rendre moins indigne de vous parler de l'antiquité latine, ce sujet, l'histoire des différents âge3 de la poésie des Romains, m'apparaissait dans sa variété et sa grandeur, comme empreint sur ces monuments de