Sat., J, IV, 103-139. — 2. Sat., I
ET DE LA SATIRE LATINE
qu'il entend non pas celle d'Homère, mais celle de son plal traducteur Attius Labeon*. C'est de Perse, au même endroit, et s'attaquant à Néron lui-même, que Boileau a imité ces vers :
Ma bile alors s'échauffe, et je brû'e d'écrire; Et, s'il ne m'est permis de le dire au papier' J'irai creuser la terre, et, comme ce barbier, Faire dire aux roseaux, par un nouvel organe : Midas, le roi Midas a des oreilles d'âae^
Auriculas asini Mida rex habet.. . ^
Juvénal se fait violence pour ne pas attacher des noms, des noms de son temps, à ces monstruosités morales, qui affligent, blessent ses regards, et dont il retrace de si affreuses, de si terribles images. Mais ces noms, la terreur les protège et il lui en faut chercher d autres, moins inviolables, dans la génération précédente.
Voyons, j'en veux faire l'épreuve, ce qu'on nous permet contre ceux dont la voie Flaminienne, la voie Latine, cachent les cendres.
Experiar quid concedatur in illos Quorum Flaminia tegitur cinis atque Latina*.
Perse et Juvénal ont donc eux-mêmes leur part, et une forte part, de h malignité souvent reprochée au genre. ]\lais ce qui domine chez eux, ce sont ses passions généreuses, l'horreur du mal, l'amour du bien, l'ardeur à flétrir l'un, à exalter l'autre. Les spectacles auxquels assiste, depuis tant d'années, le vieux Juvénal, ne lui permettent plus le sommeil; il se sent pressé de rallumer la lampe du poëte de Vénuse et de jeter dans des pages vengeresses les vers que lui dicte l'indignation :
Facit indignalio versum*.
1. Sat., I, 50. — 2. Sat , IX. — 3. Sat.^ I, 120; schol. 4. Sat., I, 1G9. — 5. Ibid., 51, 77, 79.
DE LA POESIE SATIRIQUE
Perse échappe à la roideur habituelle de sa poésie, laborieusement concise, énergique, figurée, pour rappeler avec amour ses douces éludes dans la science de la sagesse, sous la discipline d'un sage; pour célébrer la vraie liberté, celle de l'âme soustraite au joug des passions* ; pour vanter les charmes de la vertu, charmes si puissants que, cherchant un supplice pour les tyrans, il n'en peut imaginer de plus cruel que de les forcer à contempler la vertu et à sécher du regret de Tavoir quittée.
Virtutem videant intabescantque relicta'.
L'imitateur, le successeur français d'Horace, de Perse, de Juvénal, s'est pénétré de leurs sentiments, s'est souvenu de leurs exemples, lorsqu'il a écrit :
L'ardeur de se montrer et non pas de médire Arma la vérité du vers de la satire '.
Par cette définition il reléguait dans un rang inférieur la poésie satirique, qui n'est que médisante; il plaçait bien au-dessus celle qui est l'expression de la vérité, d'une vérité vengeresse ou tournée en leçon.
A ces diverses inspirations de la poésie satirique répondent ses caractères généraux.
Gomme maligne et médisante, comme exécutrice des vengeances publiques, elle est personnelle; elle s'attaque aux personnes mômes, les désigne et les nomme sans ménagement.
Gomme chargée d'enseigner la morale, elle est plutôt générale dans ses censures ; elle épargne ou néglige les personnes ; elle s'occupe plutôt des diverses cla-^ses qu'établissent parmi les hommes les vices et les ridicules; de ces vices et de ces ridicules eux-mêmes dont elle parle d'une manière abstraite, ou qu'elle exprime par des personnages fictifs.
Il est bien vrai qu'il n'y a pas de poëts satirique chez qui