Sat.j V. — 2. ]bid., 11 J, 38. — 3. Art poétique, cb
ET DE LA SATIRE LATINE
ces deux manières ne soient mêlées; mais chez les uns cependant domine la personnalité, chez les autres la censure générale.
Gette diiîérence, qui sert encore à classer les poètes satiriques, tient à la diversité des caractères, plus ou moins doux ou indulgents, et à la différence des temps, de mœurs plus ou moins rudes. La douceur croissante des mœurs, le progrès de l'ordre public, amènent par degrés, dans les productions satiriques, quelque chose de moins direct et de moins blessant. La liberté, l'âpreté des mœurs républicaines, a pu permettre à Lucilius de s'attaquer en face aux personnes, de les traîner elles-mêmes au tribunal du public, comme faisait au forum, dans une cause politique, un accusateur; de les dégrader du rang avili, profané par elles, comme faisait le censeur; mais dans Rome pacifiée par Auguste, de telles violences ne seraient plus permises à l'honnêteté, d'ailleurs plus accommodante, à l'indignation plus tempérée d'Horace.
Une autre différence est dans le ton, plus enjoué, ou plus amer et plus véhément. Gela dépend encore du génie divers et particulier des poètes, et aussi de la nature diverse des sujets. Le vice indigne, le ridicule égayé; il y a une corruption, une dégradation, dont on serait comme complice en se bornant à en rire. Juvénal, sous Domitien, ne pouvait se jouer, ainsi qu'Horace, circum prœcordia^; il était comme condamné à l'emportement.
Cela nous corjduit à un dernier caractère de la poésie satirique. A quelque inspiration qu'elle appartienne, un peu d'exagération lui est permis dans l'intérêt du plaisir malin qu'elle donne, de la vengeance qu'elle exerce, de la leçon qu'elle veut rendre profitable. L'hyperbole est un de ses moyens. Boileau ne reproche point à Juvénal l'hyperbole elle-même, mais l'excès de l'hyperbole.
Juvénal, élevé dans les cris de l'école. Poussa jusqu'à l'excès sa mordante hyperbole *•