‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 134 sur 513 · Hor., De artepoet · texte numérisé non relu

Hor., De artepoet

DE LA POESIE SATIRIQUE

particulièrement, qu'on lui opposait, dans des parallèles malveillants.

Mais, à cette époque, la poésie satirique a un genre qui lui appartient en propre, la comédie, celle qu'on a désignée par le nom d'Ancienne comédie.

Apportée de Mégare par Susarion, d*abord dans les bourgs de l'Attique, ensuite dans Athènes même, elle y était devenue, à l'exemple de la comédie mégarienne, espèce de bouffonnerie insolente contre les grands, l'instrument de la liberté et même de la licence démocratique. Son objet était la satire de la vie publique, satire personnelle dans ses attaques, qui n'épargnait aucun vice, aucun ridicule, quelquefois aucune vertu, on peut ajouter aucune supériorité sociale; c'était une justice et souvent une vengeance démocratique , et sous I3 niveau auquel elle soumettait toutes choses passaient même les dieux de l'État, obligés, comme les citoyens, d'entendre la plaisanterie.

Dans ces personnalités n'étaient pas oubliés les poètes, surtout les poètes tragiques. Venue après la tragédie, la comédie affectait d'en parodier les formes générales et les scènes les plus célèbres, à divers titres, par leur beauté ou par leur ridicule.

Quelquefois cette comédie, satire démocratique, fat tournée courageusement contre les flatteurs du peuple et contre le peuple lui-même, qu'Aristophane a si énergiquement représenté comme un vieillard imbécile mené par ses valets.

Ce genre éiait attaché à la fortune de la démocratie ; il devait se modifier, passer avec elle. Chaque réforme sociale, dans un sens aristocratique, oligarchique, lui enleva quelque chose, par exemple le droit de nommer ceux qu'elle attaquait; le droit de les faire reconnaître par le masque; la personnalité. De là, après une comédie de transition, moitié personnelle, moitié générale, la Comédie moyenne, une troisième, la Comédie nouvelle, imitation de la vie privée, n'offrant plus, sous des personnages fictifs, que des peintures abstraites, la vraie comédie et l'analogue dramatique d'une des formes les plus élevées de la satire.

ET DE LA SATIRE LATINE

La Comédie nouvelle nous conduit au temps de la poésie alexandrine, où Timon de Phlionte» philosophe et poète, s'illustre dans un geure de poésie satirique appelé Silles^

On dispute beaucoup sur l'étymologie de ce mot, s'accordant sur le sens, qui en fait un synonyme du mot Satire.

Quant au genre, on le fait remonter, par extension, à des poètes qui ont été satiriques, et que, pour cela, on appelle, mais probablement à tort, siilographes, par exemple Xénophane de Colophon, qui attaqua dans des vers satiriques Homère et Hésiode sur leurs opinions à l'égard des dieux. On a été même jusqu'à appeler Homère, à cause du portrait de Thersite et de passades analogues, un sillographe. Il n'y a de sillographe, d'écrivain qui ait composé un ouvrage spécial du nom de Silles, que Timon de Phhonte. Ses Silles avaient pour sujet la philosophie ou plutôt les philosophes, dont il raillait les systèmes et les disputes. Cet ouvrage, assez étendu,— il comprenait trois livres, — était de formes variées, mêlé de récils, de dialogues; il était écrit, sur le ton de la parodie surtout, dans le mètre homérique ; des vers d'Homère y étaient introduits avec changements ou pour la forme ou pour le sens, et appliqués plaisammeut, avec leur dignité épique, à la guerre des philosophes.

Qui les poussa à ces discordes, à ces combats funestes ? Le trouble, qui marche avec le bruit; c'est lui qui, par la haine du silence, envoya aux hommes le bavardage, fléau funeste, dont beaucoup moururent*.

Quelles querelles, quelles misérables disputes vous égarent, mortels insensés, outres gonfl(^es de pensées vaines*?

.... Platon.... l'harmonieux orateur, semblable aux cigales, qui, posées sur les arbres du bosquet d'Académus, font entendre leur douce voix*.

Timon n'épargnait que son maître Pyrrhon et les pyrrho-

1. Sur les Silles, voyez Fr. Paul, De Sillis Grcccorum, Berlin, 1821. '

2. Fr. Paul, 4« fragm. — 3. Ibid., 5* fragm. — 4. Ibid., 23^ fragm.

DE LA POESIE SATIRIQUE

niens; tous les autres étaient traités sans ménagement et fort plaisamment tournés en ridicule.

Reçu par Ptolémée Pliiladelphe, le poëte sillographe n'épargna pas davantage les savants, les philosophes, les littérateurs du Musée, oiseaux savants qu'il représentait gaiement comme enfermés dans la volière des Muses.

L'Egypte aux nombreuses tribus nourrit un grand nombre de savants copistes se disputant sans fin dans la volière des Muses'.

De tels fragments et d'autres encore sont propres a faire regretter la perte de ce poënae célèbre, qui devait être fort divertissant, et dont nous pouvons nous former quelque idée en réunissant à la verve moqueuse de Voltaire, dans sa pièce des Systèmes, les formes héroï-comiques de Boileau dans le Lutrin.

Un des habitants de la volière des Muses, c'était le fameux Gallimaque, qui composa, contre un disciple ingrat, Apollonius de Rhodes, un poëme satirique intitulé, comme une pièce d'Ovide qui eu était probablement imitée, Ibis. Ajoutons-le donc à cette liste si nombreuse des poètes grecs, qui, à toutes les époques, ont fait de la poésie satirique.

Dans cette énumération, nous ne comprenons pas, comme on a fait quelquefois, par exemple Le Batteux, le drame satyrique, drame de nature mixte, dans lequel reparaissaient les personnages habituels de la tragédie, ses dieux et ses héros, avec la dignité de leurs noms et de leur langage, mais un peu compromis cependant, un peu rabaissés par la familiarité de Tintrigue, par le commerce de personnages d'ordre subalterne, quelquefois risiblement effrayants, centaures, cyclopes, brigands, tyrans fameux et autres; enfin par la pétulante gaieté d'un chœur, témoin consacré de ce genre d'actions, qui donnait à la composition, plus que toute autre chose, sa forme et son caractère, qui lui imposa son nom, d'un chœur de satyres. Le drame

J. Ibid., 2* fragm.

ET DE LA SATIRE LATINE

satyrique, c'était, selon l'expression d'un ancien rhéteur, Démélrius*, la tragédie en belle humeur, iz'xi^oxjGcc Tpaywoia. Horace, qui en a tracé la poétique à l'usage des imitateurs romains, ne le regarde que comme appartenant au genre dramatique. Si les moqueries de ces satyres, qu'il appelle risoreSy dicaces, eussent eu quelque rapport avec la poésie satirique, avec la satire proprement dite, il n'eût pas manqué de le dire, lui qui rapproche, non pas pour la forme, mais pour l'esprit de la composition, LuciUus des poètes de l'Ancienne comédie :

Eupolis, Cratinus, Aristophane, tous les poètes de Tancienne comédie, lorsqu'il s'offrait à leurs pinceaux un fourbe, un voleur, un adultère, un assassin, quelque homme infâme et décrié, n'hésitaient point à le flétrir sans ménagement. C'est là tout Lucilius. Voilà ceux qu'il a suivis en vers d'autre mesure seulement.... >

Eupolis, atque Cratinus, Aristophanesque poetae, etc.*.

Le même Horace dit quelque part que les Grecs n'avaient pas touché au genre de la satire :

Et Graecis intacti carminis auctor'. et, après lui, Quintilien a écrit : Satira tota nostra est^.

On peut, d'après ce qui a été dit, apprécier la valeur de cette assertion par trop nationale, et la restreindre dans de justes limites. Ce qui appartient aux Romains, c'est uniquement cette forme de discours suivi, en hexamètres le plus souvent, sous laquelle se montre la satire chez Lucilius, Horace, Perse, Juvénal, et, depuis, chez tous les satiriques. Et cette forme encore, on a pu voir que Gallimaque, que Timon n'étaient pas loin de l'avoir rencontrée. Il y a des critiques qui ne font point de différence^ ou qui en font peu® entre les Silles grecs et les satires.

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