DE LA POÉSIE SATIRIQUE ET DE LA SATIRE LATIN
L'originalité de la satire latine ainsi réduite à sa juste mesure, il faut chercher comment les Romains sont arrivés à ce genre, dont ils revendiquent avec quelque orgueil rinvenlion.
Mais c'est là une question nouvelle, dans laquelle je ne veux pas, je ne dois pas m'engager aujourd'hui. Elle est obscure, comme toutes les questions d'origine; elle a été fort débattue, et les disputes de la critique n'ont pas contribué à réclaircir; elle a du reste son importance et même son intérêt, pour ceux du moins qui, comme nous, veulent faire de l'histoire de la satire latine une étude particulière. Avec ce dessein, il ne peut être indifférent de savoir quel a été le point de départ incertain et confus d'un genre auquel le génie divers de Lucilius, d'Horace, de Perse, de Juvénal a donné des formes distinctes, précises, arrêtées, des formes durables, en dehors desquelles les imaginations modernes les plus heureuses, les plus originales, n'ont pu se produire. Cette question, au reste, nous n'y insisterons pas plus que de raison, et nous nous hâterons d'arriver à ces œuvres, notre objet principal, où la censure, tantôt rude, âpre, mordante, tantôt indulgente, discrète, délicate, enjouée, tantôt grave et austère, tantôt véhémente et emportée des vices et des ridicules contemporains, a servi comme de cadre à des peintures de la nature humaine d'une éternelle vérité, à d'immortelles expressions du beau moral et du beau littéraire.