‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 137 sur 513 · Cn. Nsevii poetx Romani ritam àcscrivsil rnrminum ^„ii · texte numérisé non relu

Cn. Nsevii poetx Romani ritam àcscrivsil rnrminum ^„ii

LIVIUS ANDRONICUS ET NÉVIUS

nière de la poésie épique, et en tenait la place. Ces premiers siècles n'en ont point connu d'autre.

La poésie était alors dans les spectacles dont la religion animait la vie agricole et la vie civile, dans les fêtes sans nombre, riantes ou majestueuses, que les poètes devaient plus tard expliquer, raconter, décrire avec amour ; elle était, au barreau même, dans cette pantomime symbolique, accompagnement des foi'mules consacrées de la procédure qui des affaires courantes, des procès de chaque jour faisaient des espèces de drames; elle était dans les scènes analogues qui prêtaient un intérêt dramatique aux rapports internationaux, aux conclusions de traités, aux déclarations de guerre : elle était surtout dans ces grandes représentations patriotiques des triomphes et des funérailles, glorifications, apothéoses visibles des grands citoyens, des grandes familles, de l'Etat lui-même.

Voilà quelle fut surtout la poésie dans les premiers siècles de Rome, poésie muette, qui n'avait de voix que dans les cœurs émus.

Cette autre poésie cependant, qui s'explique par la parole et par le mètre, qui agit par l'harmonie, par l'image, par le sentiment, n'était pas absente. Elle existait, mais bien timide, bien inexpérimentée, bien pauvre encore ; capable cependant, si des circonstances favorables survenaient, de croître, de grandir.

Il semble qu'elle répondait, par le double aspect sous lequel on peut la considérer, au grand fait intérieur de l'histoire de Rome, la division des ordres, qu'elle se partageait d'elle-iûème en poésie démocratique et poésie aristocratique.

La pousie démocratique, c'était, pour l'appeler de son nom littéraire, la poésie fescennine, ce dialogue facétieux, licencieux , insolent, né aux champs, transporté dans la ville, mêlé à certains usages de la vie domestique et de la vie publique, osant se faire entendre, avec effronterie, dans la gravité des noces et même dans la majesté des triomphes, où, à la suite du char patricien, il se montrait le libre interprète de la gaieté maligne, et quelquefois de la malveillance, de la rancune plébéienne.

LES ANCIENS POETES LATINS

De cette source sortirent, d'abord, un peu confusément, le drame; plus tard la satire; plus tard encore une des formes de l'églogue, le carmen amœbeum.

A la poésie aristocratique apparlient tout le reste. Par les patriciens, chefs suprêmes de la religion, de la justice, du gouvernement, par eux, ou sous leurs ordres, étaient rédigés les prières, les hymnes d'un rituel invariable; les oracles par lesquels les dieux intervenaient dans la politique, et même dans l'administration; les sentences morales, les préceptes agronomiques, espèce d'enseignement public; les formules législatives et judiciaires qu'on appelait, du nom des vers, carmina; les chants commémoratifs de la gloire et de la vertu patriciennes, dans certains banquets solennels, dans les triomphes, et dans les funérailles; enfin les inscriptions triomphales, les inscriptions funèbres.

Ce fut là comme une autre source qui produisit le poème didactique, le plus approprié qu'il y eut à l'esprit tout positif, tout pratique des anciens Romains; le poëme lyrique, qui n'a jamais pu manquer, même dans la simplicité indigente de leur berceau littéraire, à l'expression du sentiment religieux et du sentiment patriotique.

Voilà donc des genres, déjà assez distincts, qui commencent à se détacher par quelques linéaments du fond un peu confus de cette liltérature primitive. Mais ils sont encore bien imparfaits et bien incomplets. Qui donnera à ceux dont on s'est avisé une forme plus achevée? Qui y ajoutera ceux dont on n'a pas encore l'idée? Qui corrigera l'âpreté, la grossièreté de la poésie démocratique, et, quant à la poésie aristocratique, si grave, si mâle, si énergique, mais qui n'est pas, il s'en faut, sans sécheresse et sans raideur, qui l'initiera au libre mouvement de l'imagination, à la variété, à l'intérêt, à l'harmonie, à l'élégance, aux grâces poétiques? Ce sera la muse grecque, quand elle se sera fait connaître aux Romains, quand elle les aura charmés et subjugués, quand se sera accomplie la conquête intellectuelle des vainqueurs par les vaincus.

Cette conquête se trouve poétiquement exprimée chez les

LIVIUS ANDRONICUS ET NEVIUS

poètes romains eux-mêmes, qui n'ont pas fait difficulté de rendre hommage à leurs conquérants, et d'abord par Porcius Licinius, auteur, à la fin du sixième siècle de Rome, ou au commencement du septième, comme on le conjecture, d'un ouvrage en vers, où il traitait, bien prématurément, des poètes, De poelis.

C'est, a-t-il dit, vers le temps de la seconde guerre punique, que la Muse, d'un pied ailé, d'un essor belliqueux, se porta k la conquête du peuple farouche de Romulus.

Pœnico belle secundo Musa pinnato gradu Intulitse bellicosani inRomuligentem feram*.

Ces vers, d'un beau caractère poétique, ont peut-être inspiré le passage célèbre d'Horace :

La Grèce, subjuguée, à son tour subjugua son farouche vainqueur; elle amena les arts dans le sauvage Latium : ainsi passa lafTreux vers saturnien, ainsi son âpreté s'adoucit, s'elTaça par le progrès de l'élégance. Il resta toutefois longtemps et il reste encore dans notre poésie des traces <!e la rusticité première. C'est assez tard, en effet, que le vainqueur des Grecs porta son attention sur leurs écrits; c'est après les guerres puniques seulement, quand il fut enfin tranquille, qu'il en vint à s'inquiéter de ce qu'il pouvait y avoir de bon chez Sophocle, Thespis, Eschyle. Lui-même, se risquant à leur suite, essaya s'il ne pouvait pas les rendre d'une manière convenable, et fut assez content des premiers fruits de son génie naturellement élevé et ardent; car le souffle tragique, l'heureuse hardiesse ne lui manquent pas; seulement, dans son ignorance, les ratures lui semblent chose honteuse, et il en a peur.

Grœcia capta ferum victorem cepit, et artes

Intulit agresti Latio : sic horridus ille

Defluxit numerus Saturnins, et grave virus

Munditiae pepulere; sed in longum tamen aevum

Manserunt, hodieque manent vestij;ia ruris.

Serus enim graecis admovit acumina chartis,

Et, post punica bella quietus, quasrere cœpit

Quid Sophocles, et Thespis, et iEschylus utile ferrent.

Tentavit quoque rem, si digne vertere posset,

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