Tit.-Liv. //t.s/. vu. 2; Val. Max. II
4. Cic. Brut. XVIII; Horat. Fpist. II, 1,69. h Tit.-Liv. , Hist. XXVII, 37.
F*^st. V. ScrihcV.
Ili$% XXX, 12.
LES ANCIENS POETES LATINS
LIVIUS ANDRONICUS ET NEHUS
origioal de la pensée; il la continué, non pas dans l'ode, mais dans la comédie, la tragédie, l'épopée. Il a eu, comme lui, cette universalité un peu trompeuse des poëfes qui fondent par Tiraitation une littérature. Gomme lui aussi et plus que lui, il n'est pas resté simple traducteur, simple imitateur; il a connu la liberté des inspirations personnelles, soit dans ses imitations de la Moyenne et de la Nouvelle comédie athéuienne, où, sous le pallium de la fabula palliata, il paraît s'être attaqué quelquefois aux choses romaines, et même, avec une hardiesse agressive qui relevait à la fois et de l'antique poésie fescennine, et des exemp^es d'Aristophane, en poète animé de passions démocratiques (l'aristocratie le lui a fait payer cher), à quelques grands, à quelques puissants personnages de Rome; soit surtout dans des ouvrages plus complétemsnt originaux dont Rome lui a fourni le sujet même, des tragédies où, pour la première fois, l'acteur parut revêtu de la prétexte, des fabulx prsetexlœ; un grand poème où l'humble soldat de la première guerre punique s'en rendit au retour, sinon THomère, c'est un titre qui n'a été décerné qu'à l'auteur des Annales, à Ennius, du moins le poétique historien. Névius est le premier en date de ceux dont Horace a pu dire :
Il n'est rien que n'aient tenté nos poètes et ils ne se sont pas fait peu d'honneur, lorsqu'jls ont osé quitter la trace des Grecs et traiter des sujets nationaux, dans b tragédie, dans la comédie, habillant leurs acteurs de la prétexte ou de la toge.
Nil intentatum nostri liquere poetœ, Nec minimum meruere decus, vestigia grasca Ausi deserere et celebrare domestica facta, Vel qui prœtextas, vel qui docuere togatas '.
On conçoit qu'un pcëte de qui la poésie latine, à sa naissance, avait reçu une si heureuse impulsion, ait obtenu des Romains un long souvenir; que Cicéron l'ait compris souvent au nombre de ces vieux auteurs dont il vantait et citait volontiers les ouvrages, avec une sorte de patrio-
l. De arte poct.j v. 285.
lisme littéraire *; qu'il ait eu ses lecteurs persévérants, ses admirateurs enthousiastes dans le siècle même d'Auguste, en dépit des grands poètes du temps, que blessait cette passion affectée pour les œuvres du passé, comme en témoigne la piquante réclamation d'Horace :
Névius n'est-il pas dans toutes les mains, présent à tous les esprits, presque comme un contemporain, tant semble vénérable un vieux poëme quel qu'il soit.
Naevius in manibus non est, et mentibus haeret Paene recens? adeo sanctum est vêtus omne poema».
qu'enfin, bien plus tard encore, il ait tenu tant de place dans les préoccupations archaïques de Fronton et de son impérial élève Marc-Aurèle; celui-ci ccrivaût k son maître que sa lettre l'a rempli, comme dit Névius, d'un amour à mort, amore capitali ; l'autre plaçant Névius parmi ceux des vieux auteurs romains qui ont excellé dans le choix des mots, qui se in eum îahoreni studiwnque et periculum verba indusiriosius qnxrendi sese commisere ; de ces mots qu'il appelle inattendus , inopinés, insperaturn atque inopinatum verbum,,. quod pra^ter si-em atque opinionem audienlium aut Icgentiiim prûjnitur ; nïots vieillis, à la portée seulement des chercheurs opiniâtres, des érudits patients, quœ non nisi ciim studio, atque cura^ atque vigilia, atque umlla veterum carminum memoria indagantur^.
Fronton reproche à Cicéron, si savant dans la vieille langue des Romains, si disposé à en citer partout avec complaisance les monuments, mais qui pour son usage se contentait judiciçusement de la langue de son temps, de n'avoir pas eu ce genre de curiosité. C'est celui des grammairiens qui ont tenu note des expressions de Névius et ont ainsi conservé accidentellement la mémoire de ses
1. Clc, De Senect. c. xiv; Brut. c. xv, xix,- De Orat. m, 12 etc.