Brut., XVII, XVIII, XIX
LES ANCIENS PORTES LATINS
LIVIUS ^NDRONICUS ET NÉVIUS.
neur que lui a fait le génie éclectique de Virgile en y cherchant quelques inspirations; par l'attention persévérante des grammairiens et des critiques, jusqu'à Macrobe, qui l'avait encore sous les yeux, et, ne voulant pas tout dire, renvoyait ses lecteurs au texte même toujours subsistant.
Les critiques modernes ne 'pouvaient faire de même; mais, héritant d*uu si légitime intérêt, ils se sont appliqués à recueillir, à expliquer ce qui s'est conservé de ce texte avec un zèle bien digne de notre reconnaissance. Une bonne part en est due à M. Berchem qui, dans sa courte mais substantielle disserlation, a touché à toutes les questions soulevées, en Allemagne particulièrement, au sujet de Névius et de ses ouvrages, a résumé, éclairci, complété les solutions très-nombreuses et très-diverses qu'elles y ont reçues dans ces dernières années, nous faisant en quelque sorte assister au spectacle homérique de cette mêlée savante autour de vénérables restes.
...Il semble que Tode, cetle expression musicale et poétique des sentiments intimes du cœur, cette parole, cette voix prêtées à la religion, au culte de la patiie, delà liberté, de la gloire, de la vertu, à Tamour et à la haine, au plaisir et à la douleur, qu'un genre, en quelque sorte si nécessaire, a dû ne manquer à aucune littérature et même, dans toutes, se montrer le premier. Et, en effet, il n'en est point qui n'offre à son début quelque chose de lyrique, comme aussi, il en est peu chez qui cette inspiration primitive se soit traduite de bonne heure en œuvres diurnes de la perpétuer, en monuments durables. C'est qu'il faut à l'ode un style souple et hardi, un mètre agile et varié qui la suivent dans tous ses mouvements; c'est qu'elle doit s'emparer de l'oreille en même temps que de l'âme par toutes les ressources de l'harmonie, et qu'un peuple, quelque heureuse organisation qu'on lui suppose, ne commence pas par là, qu'il lui faut, pour y arriver, une assez longue éducation. Voyez les Grecs : fut-il jamais un peuple placé, si
on peut s'exprimer ainsi, dans des conditions lyriques plus favorables, et qui apportât à la production de l'ode de plus heureuse> disposilions? Et cependant, avant qu'il y excellât comme il l'a fait sous tant de formes par les efforts de tant de génies divers, il a fallu que les longs développements de la poésie épique eussent d'abord préparé son imagination, formé sa lai.gue et son oreille. Chez les Romains, c'est bien autre chose : Tcde se fait attendre pendant sept siècles entiers, et encore, si elle arrive et prend enfin son rang à la suite des autres genres, il semble que ce soit accidentellement et par l'heureux caprice, la vocation tout individuelle de Catulle ou d'Horace qui croit pouvoir se vanter d'être le premier poète lyrique de Rome sans prévoir qu'il sera aussi le dernier. D'où vient cela? Est-ce donc que chez cette nation agricole, religieuse, guerrière, conquérante, il n'y avait rien qui pût, comme chez les Grecs, éveiller cette sorte d'inspiration? Est-ce même que les chants, que les vers, n'y ont jamais eu leur place, parmi les cérémonies du culte, dans les fêtes de la cité ou de la famille? Non sans doute. Dès l'origine, lorsqu'au retour du printemps, des prêtres couronnés d'épis, prêtres rustiques de la ville naissante de Romulus, qu'on appelait fratres arvales, promenaient autour de ses étroites limites la victime dont le sang répandu devait y appeler l'abondance, ce n'était pas sans des hymnes aux dieux amis des moissons. Lorsque, dans la ville de Numa, d'autres prêtres, au costume guerrier, les Saliens, bondissaient dans les rues avecTépée, la lance et le bouclier sacr é, ce n'était pas non plus sans des hymnes aux dieux protecteurs de l'État. Chaque cérémonie sainte, chaque collège de prêtres, avait de même ses chants consacrés, qui se sont perpétués, quelquefois jusqu'à nous, à travers les âges. A la table frugale des premiers patriciens, les convives, ou quelquefois un chœur modeste de jeunes garçons, chantaient, accompagnés par cette flûte grossière qu'Horace a décrite*, les vertus et les hauts faits des ancêtres. Le même Horace, après Gaton, Varron, Ci-