De a-te poet
LES ANCIENS POETES LATINS
LIVIUS ANDRuNICUS ET INÉVIUS.
céron, semble avoir quelque souvenir de celte poe'sie patriotique, lorsqu'il dit à Auguste :
Et nous, aux jours de fête et aux jours qui les précèdent, parmi les dons du joyeux Bacchus, invoquant d'abord, avec nos enfants et nos femnaes, selon les rites sacrés, les dieux immortels, nous chantfrons, comme nos pères, dans des vers mêlés aux sons delà flûte lydienne, ces chefs illustres qui ont accompli les devoirs de la vertu, et Troie et Anchise et la postérité de la bienfaiscinte Vénus.
Nosque et profestis lucibus et sacris, Inter jocosi munera Liberi, Gum proie matronisque nostris Rite deos prius apprecati,
Virtute functos, more patrum, duces Lydisremixto carminé tibiis, Trojamque et Anchisen et almse Progeniem Veneris canemus *.
Il semble vouloir la reproduire dans celte autre ode* où de l'éloge des dieux antiques de l'État et de rénumération des héros de la république, il arrive de même, par un^long détour d'élève de Pindare et de courtisan/jusqu'à l'empereur. Aux funérailles se faisait entendre, non pas la plainte efféminée de ce lessus défendu par les Douze Tables 3, mais ce qu'elles permettaient, ce qu'elles ordonnaient, comme une juste récompense des bons citoyens, la mâle nœnia^ transcrite ensuite, on le croit, en inscriptions immortelle?, sur les marbres des tombeaux. Enfin dans ces triomphes que ramenaient chaque année les conquêtes de Rome, la rude voix des soldats célébrait, derrière son char, le général victorieux qu'ils comparaient magnifiquement à ses illustres devanciers, à Romulus surtout, le premier des triomphateurs; non cependant sans quelque mélange de gaieté satirique, pour lui rappeler, comme dit Bossuet, qu'il était homme; non sans admettre parfois malignement au partage de ses louanges telle vertu subalterne qui avait travaillé obscurément à son succès et disparaissait
1. Od., IV, xv, 25 sqq,^2. Od., I, xn. - 3. Cic, de Lcg., II, '^
dans sa gloire. C'était là certainement de l'inspiration lyrique, avec ses cai;acières les plus élevés, religieuse, patriotique et guerrière. Mais qu'eut-elle longtemps pour interprèles? Une imagination pauvre et sèche, une langue rude et barbare, la grossièrtté du mètre saturnien, ou tout au plus de ces vers d'abord si péniblement formés sur le patron grec par Livius Andronicus.
Livius Andronicus, en effet, n'a pas seulement inauguré, au commencement du sixième siècle de Rome, par sa traduction de YOdyssée, l'épopée des Romains, par quelques drames également traduits ou imités du grec, leur tragédie et leur comédie: il a été encore, sans doute d'après les mêmes modèles, le fondateur proprement dit de leur poésie lyrique, tout ce qui avait précédé en ce genre, à une époque barbare, ne pouvant être considéré comme appartenant à l'art et étant resté anonyme.
Tite-Live raconte* qu'en l'an de Rome 547, certains prodiges effrayants firent recourir aux arusoices et, sur leur réponse, à des cérémonies expiatoires. Trois chœurs, composés chacun de neuf jeunes filles, parcoururent la ville, se rendant en grande pompe au temple de Juno Regina, Arrivées sur le Forum, elles s'arrêtèrent, et, les mains entrelacées, formant une sorte de chaîne, accompagnant des mouvements cadencés de leurs pieds les modulations de leurs voix, elles chantèrent un hymne, composé en l'honneur de la déesse par le poète Livius ; hymne, dit l'historien, qui pouvait plaire, en ce temps, à des esprits encore rudes, mais qui semblerait aujourd'hui, si je le rapportais, bien étranger h notre goût, bien grossier. Illa tempesiale forsan laudahile rudibus wgeniis, nunc ahhorrens et incondltum, si referalur. Nous devons bien regretter le scrupule qui nous a privés d'un morceau si curieux; il nous eût fait mesurer l'intervalle qui sépare Tauleur du Carmen sxculare, chargé, en 737, de prêter sa voix harmonieuse à l'expression des sentiments publics de Rome, et son lointain prédécesseur, remplissant