De artepoet , 40'i
ENNIUS. 5
Des formules législatives, qui n'étaient point des vers assurément, mais qui, par de certaines formes précises, arrêtées, presque mesurées, en avaient l'apparence, qu'on appelait du nom de carmcn, comme les vers ; lex horrendi carmiîiis, dit Tite-Live*, en parlant de la loi à laquelle devait satisfaire Horace, meurtrier de sa sœur ; necessarium carmcn, dit Gicéron*, en parlant du texte des douze tables que les jeunes Romains devaient apprendre par cœur et retenir mvariablement ;
Des chants qui, à la table des patriciens, célébraient les vertus politiques et guerrières des aïeux ; d'autres chants, dans les triomphes, entrecoupés par les réclamations malignes permises à la libre gaieté des soldats ; des complaintes dans les funérailles qu'on appelait nénies; des tables triomphales attachées aux murs des temples en l'honneur des généraux victorieux ; des épitaphes qui perpétuaient, sur le marbre des tombeaux, les titres des grands citoyens.
Voilà tout, ou à peu près tout. Dans cette énumération, on distingue quelque chose qui ressemble à la poésie lyrique et à la poésie didactique. La poésie épique s'y trouve-, t-elle aussi? On l'a beaucoup dit, mais il faut se garder de le croire sur la foi d'une hypothèse fameuse. En y regardant de plus près, on arrive à constater que Rome, qui faisait alors de si grandes choses, et des choses dont le premier commencement se perdait dans le lointain mystérieux des légendes fabuleuses, qui possédait par conséquent la matière de l'épopée, n'a pu cependant d'elle-même produire un genre qui ^a manqué aux débuts d'aucun peuple.
Du moins s'est-elle avisée elle-même de la poésie dramatique, ou de ce qui devait l'y conduire. Je veux parler de ces vers fescennins, dialogues malicieux, licencieux, en usage dans les fêtes de la moisson et de la vendange, dans les noces, et, nous le disions tout à l'heure, dans les triomphes. Liés, en 391, à certaines formes scéniques, emprun-