Lucret. De Nat,rer. Ill, 10ô
ENNIUS. 7
arrivé, ce qui est une loi de l'histoire, en vertu de laquelle la civilisation la plus avancée subjugue inévitablement celle qui l'est moins, quel que soit d'ailleurs le sort des armes, de sorte que le vainqueur peut se trouver intellectuellement, littérairement, le vaincu. C'est ce qui advint aux Romains, surpris dans leur barbarie par la politesse de la Grèce, et, dès le premier contact, conquis à ses arts, à sa philosophie, h. sa littérature, à sa poésie.
Galon le comprenait bien, lui à qui Tite-Live fait dire, sans doute d'après ses propres discours : « Je crains bien que ces belles choses que nous pensons conquérir ne fassent de nous leur conquête. »
Eo plus horreo, ne illae magis res nos ceperint, quam nos illas •.
Qu'on remarque ce ceperint; c'est le mot même d'Horace, racontant cette révolution :
La Grèce soumise se soumit à son tour son farouche vainqueur et porta les arts dans le sauvage Latium.
Graecia capta ferum victorem cepit et artes Intulit agresti Latio'^.
Et Horace n'était pas le premier qui consacrât dans des vers ce grand fait de l'hislore de la poésie latine. Avant lui, au commencement du sepiième siècle ou à la fin du sixième, dans un poème dont les poêles étaient le sujet. De poetis, Porcius Licinius l'avait exprimé sous une forme vive et piquante :
C'est vers le temps de la seconde gaerre punique que la Muse, d'un pied ailé, d'un essor belliqueux, se porta à la conquête du peuple farouche de Komulus.
Pœnico belle secundo. Musa, pinnato gradu, Intulit se bellicosam in Romuii gentem feram *.
Cette prise de possession de l'imagination encore rude et