‹ Etudes sur la poésie latine [microform]Chapitre 184 sur 513 · fpisf. II, I, 15G. — 3. A. Gell., A'ocf. aii. XVII · texte numérisé non relu

fpisf. II, I, 15G. — 3. A. Gell., A'ocf. aii. XVII

LES ANCIENS POETES LATINS

ENNIUS

barbare des Romains par la poésie grecque constitue, dans l'histoire de la poésie latine, une seconde époque, dont il faut maintenant esquisser les principaux traits.

Par qui s'accomplit l'invasion, la conquête? Par des Grrecs de l'Italie méridionale, des hommes de la Gampanie*, gens de condition bien humb'e, les uns esclaves et afiVanchis de Rome, les autres soldats, ou tout au plus centurions dans les corps auxiliaires de ses armées; trois surtout, Livius Andronicus, Névius, Ennius.

La poésie n'est déjà plus une œuvre collective et anonyme; ses représentants ont des noms, et des noms restés illustres ; ils ont un rôle assez considérable, bien qu'on les appelle encore des scribes.

Ce rôle est complexe : ils font h la fois office de grammairiens et de poètes. Ils apprennent à de jeunes patriciens la langue grecque, devenue une sorte de luxe aristocratique. Ils fout l'éducation do la langue elle-même, lui enseignant de nouveaux mots, de nouveaux tours. Pur l'introduction de nouveaux mètres, ils ajoutent comme des cordes à la lyre latine. Enfin ils créent une littérature par l'importation des genres qu'ont imaginés les Grecs ; d'abord simples traducte'.irs, ensuite et progressivement imitateurs de plus en plus libres.

Livius Andronicus, fait prisonnier à Tarente, est acheté par Livius ^alinator, dont il élève les enfants et dont il reçoit, en récompense, avec son affranchissement, son nom de Livius. Sa vie d'homme libre est marquée par do grands succès littéraires, débuts véritables de la littérature romaine elle-même et, en particulier, de la poésie latine.

Il ouvre à Rome, en 514, l'ère des pièces régulières. A l'antique satire, à l'atellane , succèdent des tragédies, des comédies, sur le patron grec.

Il inaugure l'épopée, dont Rome avait la matière et que d'elle-mè:ne elle n'a pas su produire. C'est par une traduction, il est vrai, celle de l'Odyssée, monument durable

1. La chose est douteuse pour Névius. Voyez, dans notre tome I p. 338.

malgré sa rudesse (Cicéron le compare à un ouvrage de Dédale*), servant aux études du temps même d'Hcrace, que lui dictait encore, dans son école, son brutal maître Ôrbilius*.

Il commence aussi, véritablement, non pas la poésie lyrique qui s'est éveillée d'elle-même dans les cinq premiers siècles de Rome, mais cette œuvre plus distincte qu'on peut appeler l'ode latine. Il est le lointain précurseur d'Horace dans cet honneur singulier de prêter, en un jour solennel, une voix à la patrie En 545, un hymne religieux est composé par lui, pour être chanté sur les places et dans les temples par les jeunes Romaines. Il pourrait leur tenir le même langage qu'Horace :

Plus tard, nprès ton hymen, ô jeune fille, tu diras: Dans les jours des fêtes solennelles, j'étais de celles qui redisaient les chants aimés des dieux, enseignés par le poète....

Nupta jam dices : Ego, Dis amicum Seculo fcstas referente luces, Reddidi carmen, docilis modorum Vatis (Horati) \

Tite-Live ne croit pas le fait indigne d'avoir place dans son histoire*. Il s'abstient, malheureusement, de redire le pcéme lui-même, « qui pouvait plaire, dit-il, en ce temps, à des esprits encore rudes, mais qui semblerait aujourd'hui, si je le rapportais, bien étranger à notre goût, bien grossier. »

Carmen.... illa tempestate forsan laudabile rudibus ingeniis, nunc abhorrens et inconditum, si referatur.

C'était alors carmen Dis amicum; l'auteur, c'était le viates^ personnage presque sacré! Nous savons, en efiet', que des honneurs religieux furent attribués à Livius Andronicus comme interprète, en cette grande occasion, comme interprète lyrique des sentiments de Rome ; ajou-

Page 1